[Quête] L'Oracle [PV:Invest]

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Ashryn - Avaenn - I
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Au cours de la vie d’un homme arrive forcément le moment des questions. De ces interrogations insolubles qui vous attrapent les tripes et s’amusent à vous les triturer encore et encore pour en faire couler ce nectar si savoureux, la peur. Aujourd’hui, Jafnhar vivait l’expérience de la peur. Allongé dans son lit, au côté de sa tendre Elvir, on pouvait se demander qui aurait raisonnablement peur à sa place ? Cela rendait l’expérience encore plus insupportable. Le sculpteur n’avait qu’une envie, saisir son crâne des deux mains, l’arracher de sa colonne vertébrale pour pouvoir enfin l’interroger en face à face sur les motifs d’une terreur pareille. En tout cas, il devait faire quelque chose. Un jour ou l’autre sa douce se rendrait compte que les nuits de Jafnhar ne voyaient jamais le sommeil apaiser le pauvre homme. Elle dormait si bien... par tous les astres, qu’elle était merveilleuse. Et dire que le lendemain, il allait se trouver face à son visage, le visage de la belle Elvir, et lui dire qu’il allait partir.

Les questions fusèrent, alors que c’était justement à cause de ses interrogations intérieures que Jafnhar prenait cette dure décision. Où aller ? Quoi y faire ? Allait-il revenir ? Allait-il survivre ? Elvir était de ces femmes fortes, mais aussi pragmatiques. Là où son mari voulait aller, elle s’en doutait bien, c’était à l’extérieur des Tréfonds. Une terre que lui comme elle n’avaient vus que très peu de fois dans leurs courtes vies. Mais à la différence de Jafnhar, Elvir ne voyait pas cet isolement comme une mauvaise chose. Aller dehors, c’était s’exposer au péril, à l’inconnu, de ces choses dont il vaut mieux se prémunir. L’étrange sculpteur pensait tout autrement, mais depuis le jour de leur mariage il se gardait bien de donner cette source d’inquiétude à sa tendre Elvir. Malheureusement, elle avait bien assez d’indices pour se la créer elle-même cette appréhension. Jafnhar savait faire beaucoup de choses, mais certainement pas mentir.

Et pourtant, pourtant elle le laissa. Elle laissa l’homme qu’elle aimait risquer sa peau pour chercher les réponses à ses questions. Elle lui raconta même une légende, alors que Jafnhar préparait ses maigres affaires de voyage et écrivait mentalement une liste de fournitures qu’il lui faudrait acquérir avant de faire ses premiers pas dans le véritable monde. La douce guerrière, assise sur une chaise, les yeux dans le vague, raconta à son mari la célèbre histoire du troll des neiges du Mont des Souvenirs. Selon cette très ancienne légende, là-haut, perché dans les cimes enneigées, une créature immense promet de révéler l’avenir des braves qui vont jusqu’à elle si on lui offre les tripes d’un animal en échange de sa divination. Ce troll existait bel et bien, et s’il y avait un être au monde capable d’apaiser l’esprit du sculpteur, c’était bien lui. Voilà pourquoi Elvir prenait autant de risques, pour le bonheur de ce mari qui lui était si cher.

Ce fut la première fois en deux ans que le couple se séparait pour un long moment, mais ce fut étrangement digne comme déclaration d’adieu. Leurs mains restèrent jointes longtemps, de même que leurs lèvres et la prunelle de leurs yeux si bleus alors. Chaque lien fut douloureux à défaire, mais pas une fois ils ne gémirent, préférant se laisser une dernière image de paix et de bonheur commun dans l’esprit de l'autre plutôt que des larmes brûlantes et de la souffrance. C’était le cœur toujours lourd de ses angoisses, mais libéré de l’appréhension du départ, que Jafnhar Barham quitta sa femme sans savoir quand est-ce qu’il la reverrait.

Avant de partir, il lui fallut tout de même faire quelques achats. Il n’avait aucune certitude sur ce qu’il trouverait là-haut, hormis que l’air serait respirable, et que le ciel serait toujours au-dessus de sa tête et non pas sous ses bottes. Il n’hésita donc pas à s’acheter un assez grand sac de cuir en bandoulière, un canif solide pour découper ce qui aurait besoin de l’être –sa hache n’étant pas très précise dans la tâche- et enfin du matériel d’escalade, puisqu’il était conscient que les chemins soyeux et propres ne seraient pas toujours là pour l’aider dans son ascension. L’aventurier en herbe s’équipa également d’une grande fourrure grise, probablement de loup, pour se protéger du froid qui régnerait certainement dans les hauteurs. Le tout termina dans sa besace nouvellement acquise, et il était fin prêt pour sortir à la surface.

Heureusement pour lui, des navettes permettaient à qui le voulait –c’est-à-dire relativement peu de monde- de sortir des Tréfonds pour arriver au pied du Mont des Souvenirs. Combien de temps était passé depuis la dernière fois qu’il avait vu le ciel d'azur ? Peut-être trop. Le soleil était éclatant, aveuglant, écrasant. Les premiers rayons semblaient lui traverser la peau, si bien que le bon Jafnhar se protégea le visage tout ce qu’il put avec ses deux mains poussiéreuses. L’homme qui l’avait amené ici était amusé d’une réaction aussi extrême, mais il se garda bien de rire ouvertement du sculpteur. Ce dernier fut aussi ébahi par la chaleur qui régnait au dehors. Sa fourrure de loup était posée sur son sac, et heureusement pour lui. Ce voyage s’annonçait pénible, mais au moins serait-il le centre d’attention de toute la taverne à son retour. Une motivation suffisante pour qu’il subisse en silence le poids de la boule de feu qui trônait dans le ciel en fusion.

Au moins, le Mont des Souvenirs ne nécessitait pas de carte pour être trouvé, il était tout bonnement impossible de le louper, et c’est le pas léger, bien que les yeux à demi-clos, que Jafnhar le Sculpteur avança sur les routes de terre, et ce pour la première fois de sa vie. Tout était si vert, si éblouissant. Il lui semblait qu’il deviendrait aveugle en seulement quelques instants s’il lui prenait le délire d’ouvrir en grand les paupières. Le jeune homme vivait son rêve de gosse, il s’en rendait compte maintenant, et la joie soudaine le fit sautiller en criant, se sachant suffisamment loin de toute présence humaine pour s’autoriser ce plaisir. Dans un tel accoutrement, avec son long manteau de cuir, son épée au côté, sa petite hache et son marteau glissé dans sa ceinture, qui sait comment les gens réagiraient en voyant un animal pareil…

1049 mots



" Ta réputation te précède, Jafnhar, et elle a plus d'écho que la maudite cornemuse de Draig Bon-Dhu. Et aussi peu de notes agréables."
- Un homme
Lun 19 Juin - 23:45
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Ashryn - Avaenn - I
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Les oracles...ils représentaient tout ce que je détestais en ce monde. Détenteurs de toutes vérités, ils savaient comment percer le voile des illusions et mettre le tricheur à nu, le dévoiler aux yeux du monde en éclairant l'obscurité de ceux qui, comme moi, se tapissaient dans l'ombre dans le but de tromper l'autre...ou même la vie et la réalité dans une moindre mesure. Alors que l'illusioniste créait un monde d'incertitude et de probabilités aléatoires, le devin lui s'assurait de montrer la voie à ceux qui la quémandait. Apportant la clairvoyance en échange d'une contribution...voir même rien du tout pour les plus pieux d'entre eux. Pieux envers leur propre fois en ce qu'ils appelaient "destin". Alors que nous, sculpteurs de mensonges, n'avions aucune notion de ce qu'était "le destin". Non...car nous forgions notre vie tout comme nous forgions nos propres opportunité, trompant le cours naturel des choses à notre guise...du moins...pour les plus puissant d'entre nous. Mais, comment est-ce que le fait d'être un menteur et un tricheur pouvait avoir autant de poids sur le monde? Tout simplement parce que tout ce qui vie, aspire à mieux, à plus grand, à plus...plus et plus encore. Plus dans la sinplicité ou plus dans la complexité ou l'abondance. Et nous...nous faisons miroiter ces désirs à l'homme...qui est si fragile à l'irréel, à ses rêves...au mensonge.

Cependant, Invest n'était pas encore prêt à devenir un maître dans son art. Si j'étais l'un des plus grands, et j'en suis plus que certain, l'esprit de ce simplet agissait tel une barrière à mon pouvoir, limitant la puissance que je pouvais réellement déployer. Heureusement, je savais qu'en repoussant ses limites, il finirait par débloquer et voir le monde à ma manière et là...nous ne formerions plus qu'un. Nihil, moi, absorberait Invest une bonne fois pour toute et ce puissant corps qu'était le sien deviendrait mien. Car là était la véritable force de Invest. Il était rapide, fort et endurant, mais si fragile à la fois...et c'était pour cette raison que je l'avais choisis. Un être aussi fragile dans sa propre estime ne pourrait que finir écraser sous le poid de ma conscience. Mais pour cela, il me fallait renforcer ses talents, afin de me les accaparer.

C'était donc la raison de notre visite chez cet Oracle. Les légendes que l'on racontait à son sujet restaient nébuleuse, mais une choses était certaine: il existait! Des témoignages en prouvaient son existences, et tous étaient similaires. Peu de gens revenaient de leur pélerinages en sa présence, alors un test devait s'imposer. Un test dangereux, qui mettrait sans doutes toutes mes connaissances à l'épreuve, et peut-être même les capacités de ce cher Invest. D'ailleurs, cette promenade avait éveillé ses sens. Je pouvais le sentir tenter de prendre contrôle de notre corps, il voulait explorer les bois, sentir le toucher des feuilles des arbres, les caresses du vent et  l'odeur de la terre humide, mais libérer son esprit ne ferait que nous retarder. Quoique...

-Nihil
Vas-y, mais n'oublie pas que nous ne sommes pas venus ici pour nous amuser Invest. Je veux voir cet Oracle et me mesurer à son pouvoir. Dis-je sur un ton sérieux, laissant mon hôte reprendre possession de son corps.


-Ivest
D'accord! Moi aller vers où tu veux!


-Nihil
Alors continue tout droit, et ne traîne pas!

Chose qui était impossible...et je le savais bien. Ce grand enfant ne pourrait se retenir de bifurquer à droite et à gauche, attirer par les moindres bruits anormaux ou intéressants que l'on retrouvaient dans la nature. Qu'il s'agissent du son d'un oiseau étrange et le simple craquement d'un tronc d'arbre poussé par le vent et travaillé par l'humidité, il y porterait une attention bien particulière. Mais en même temps, il s'agissait aussi là d'une force qu'avait le simplet. Il était attentif, ses sens de la perception étaient bons. Heureusement qu'il était facilement influençable, car il aurait pu être difficile de cohabiter dans d'autres circonstances.

C'est donc tranquillement, mais sans trop prendre son temps non plus, que Invest continua la marche dans les directions qui nous avaient été donnés au village précédent. Prenant un sentier en pente, montant sur la base du Mont Des Souvenirs, le simplet laissa notre main passer sur l'écorce rude des arbres sur son chemin. Il était très tactile, aimait se mémoriser la sensation au touché de chaque chose. Un véritable passionné...si ça n'avait été de mon intervention dans sa vie dû à la stupidité de ses parents, il aurait fait lui-même un excellent illusionniste, du moins sur le point intellectuel de la chose. Peut-être lui-aurait-il manqué ce charisme, mais à g repenser j'en doute fort. Sans cette peau brûlé et sans être le martyr qu'il était aujourd'hui...il aurait été beau et distingué probablement. Enfin...ce n'était pas plus grave non plus car aujourd'hui...il inspirait l'horreur et la terreur. Deux autres armes aussi puissante pour un maître du faux-semblant, seulement dans un style plus "sombre"...un style qui me ressemble plus finalement.

Enfin, et un peu contre toute attente, ce voyage semblait ne pas vouloir suivre son cours dans la solitude. Alors que nous nous dirigions vers ce qui me semblait être une caverne creusée à même le roc de la montagne, tel une gueule béante prête à avaler les pauvres aventuriers en quêtes de secrets inédits, des bruits de pas attirèrent l'attention de Invest vers sa droite. Surpris, il respira plus fort que voulu, mais heureusement ce masque de fer qui nous cachait le visage absorba le bruit de son souffle, nous laissant le temps de prendre appuie derrière le tronc d'un énorme conifère et, subtilement, nous observâmes l'avancée de l'inconnu, qui avait lui aussi été attiré par la caverne.

Vêtu d'un long manteau de cuir, il traînait avec lui des armes sommes toutes rudimentaires. Des haches, pour être plus précis. Sans aucun doutes, il était lui aussi un ashryne venu des Tréfonds, un homme aux capacités incroyable donc, surpassant peut-être même celles du grand Invest...qui n'avait en rien l'air d'un pur guerrier lui non plus, mais qui avait toujours et surtout été quelqu'un sans réel talent. Ses seules particularités lui venaient de moi et de mon contrôle sur les supercheries.

Attendant donc derrière le tronc, nous observâmes le maraudeur avancer vers notre même destination. Sa démarche ressemblait à celle d'un chasseur plus qu'un véritable combattant. Son grand corps élancé et son pas feutré démontrait là un homme discret et subtil de nature. Il se savait probablement pas le seul dans les environs...peut-être serait-il donc mieux de voir s'il venait, lui aussi, pour le devin?


-Nihil
On dirait que je ne suis pas seul à chercher l'Oracle de la montagne. À moins que vous ne chassiez le petit gibier... Invest avait compris qu'il lui valait peut-être mieux me laisser prendre la parole. Ce fut donc une voix rauque et profonde qui s'échappa de la fente buccale du masque de fer, alors que ma silhouette noire sortait de derrière le conifère. Cane à la main, prenant appuie sur celle-ci, je restai néanmoins en retrait...attendant une quelconque réaction de celui que j'avais interpellé.


1193 mots
Mar 20 Juin - 15:45
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Ashryn - Avaenn - I
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Petit à petit, des nuages fins et blanchâtres commencèrent à recouvrir le ciel. Jafnhar remercia silencieusement ce qu’il ne qualifiait pas autrement que « d’amas de fumées astrales ». Le ciel le fascinait tant, c’était compréhensible. Jamais dans sa vie il n’eut de raisons de lever la nuque. Le plafond des cavernes dans les Tréfonds n’avait d’éclatant que son humidité scintillante à la lumière des activités humaines. Il avait une fin, le plafond, pas comme ce qu’il avait sous les yeux à présent. Maintenant que le soleil avait cessé son emprise tyrannique sur le monde, au moins pour un temps, l’Ashryn pouvait enfin s’autoriser à admirer l’océan céleste et ses îles d’albâtres. Mais cela faisait décidément trop de lumière pour ses pauvres yeux, et il fut contraint de continuer sa route en regardant la poussière du chemin soulevée par le vent.

Malheureusement, la curiosité de Jafnhar était trop forte. S’il ne pouvait la satisfaire dans les cieux, il se contenterait bien de ce qui tapissait le sol. S’éloignant un peu de la route, il se laissa aller à examiner de plus près toutes ces plantes et ces insectes qui ne cessaient de lui passer sous le nez. A l’image de ces  papillons dont il tentait de percer le secret en s’accroupissant au milieu de la végétation, le sculpteur allait de curiosité en curiosité. Et qui savait à quel point tout dans ce nouveau monde lui paraissait curieux… Ses mains habiles au labeur s’empressaient de tout toucher du doigt, tout ce qu’il y avait autour de lui, et il affichait un large sourire alors que son esprit s’emplissait de sensations nouvelles. Soudain, un petit bruit, horriblement aigu, attira son oreille attentive. A sa gauche, une forme indistincte prenait la fuite entre les herbes hautes. Jafnhar eut tôt fait de sauter sur la créature pour l’attraper avant qu’elle ne s’enfuie pour toujours, le tout dans le fracas métallique de ses armes et de son matériel.

Il tenait désormais entre ses mains un petit mulot. Un simple cousin de ces rats immondes qui trainaient dans les crevasses des Tréfonds, mais cet animal avait l’air beaucoup plus naïf et fragile que les pique-assiettes sous la surface. Il ne se débattait plus, au bout de seulement un instant de captivité, attendant la mort avec un stoïcisme admirable et quelques couinements furtifs. Le jeune homme approcha si prêt son visage du quadrupède minuscule qu’on eut dit qu’il comptait la dévorer.

- Je t’ai attrapé facilement. Dit-il finalement à ce simple mulot. Tu vas mourir si tu n’apprends pas à être plus rapide, ou moins bruyant.

Jafnhar esquissa alors une grimace compatissante, puis, d’un ample mouvement des mains, il jeta l’animal loin derrière lui. Une attitude barbare, vous me direz, mais autre temps, autre mœurs. Et puis il avait raison, dans le fond. Combien de temps de plus aurait survécu cette chose si minuscule ? L’esprit serein, sachant le monde épargné d’une faiblesse de plus, Jafnhar considéra qu’il était temps pour lui de reprendre son chemin. Loin devant lui, une gueule béante dans la roche commençait à se dessiner. Une porte vers un autre monde souterrain, mais ce n’est pas là qu’il voulait se rendre. Lui visait plus haut. De mémoire d’homme, il serait d’ailleurs bien le premier de sa famille à monter en altitude. L’ironie de la vie parfois, sachant que même dans les Tréfonds, Jafnhar a souvent été considéré très bon grimpeur.

Progressant sur le chemin cahoteux, le bruit que produisaient ses pas ne l’empêcha pas, pour autant, de voir du coin de l’œil que quelqu’un se cachait à l’orée des conifères. Le sculpteur ne comptait pas y prêter attention, au départ, se contentant simplement de glisser son pouce derrière sa ceinture, un très vieux réflexe pour augmenter son sentiment de sécurité, puisqu’il y avait toujours glissé quelque chose qui pourrait servir d’arme, que ce soit sa hachette, son marteau pour la sculpture, ou son couteau nouvellement acquis. Mis à part ce simple geste, on ne pouvait pas vraiment deviner qu’il avait senti la présence du rôdeur derrière les arbres. Seulement, là où il n’était pas très affecté par la présence de cet homme, cela changea radicalement lorsque celui-ci se mit à héler Jafnhar de là où il était.

Le sculpteur ralentit lentement, puis s’arrêta finalement en tournant la tête vers l’inconnu, sa main toujours prévoyante face à l’imprévu. L’homme qui l’interpellait ainsi était franchement des plus étranges. Jafnhar esquissa très rapidement une grimace circonspecte, dévisageant sans aucun scrupule son vis-à-vis de la tête au pied. Mais qu’en dire de bien utile, de tout ceci ? Il n’y avait pas un centimètre carré de son corps qui fût exposé à la lumière du jour. Son visage était caché par un masque de fer pour le moins singulier, et une longue robe noire cachait tout le reste. Aucun moyen de savoir si l’homme possédait une arme ou était susceptible d’être dangereux d’une autre manière. Tout l’esprit de Jafnhar travaillait pour essayer de deviner les intentions de l’Homme au Masque, mais rien ne lui vint. Il devait, de toute évidence, l’interroger pour comprendre tout ceci. D’une démarche prudente, mais toujours aussi féline, le voyageur en herbe s’approcha lentement de l’inconnu, tout en continuant à lui lancer des regards méfiants accentués par la peinture qui lui barrait le visage. Il ne prononça aucun mot, pas même une salutation, mais plaça son visage à quelques centimètres à peine du masque métallique, comme s’il essayait de voir au travers.

- Pourquoi porter un tel masque, mon ami ? Prononça-t-il à voix basse et songeuse. Il passa une main curieuse devant la parure, sans pour autant la toucher ou même la frôler. Tu veux demander à l’Oracle où est passé ton visage ? Il renifla deux ou trois fois en fronçant les sourcils. Tu as une odeur… bizarre, mais tu es un Ashryn toi aussi, alors je ne vais pas t’embêter. Il acheva sa phrase avec un sourire large, soudain, et énigmatique.

Jafnhar tourna ensuite les talons aussi vite qu’il avait dégainé sa grimace d’amabilité, reprenant le chemin de la route d’un pas rapide, jusqu’à ce qu’il se rende compte que le rôdeur ne le suivait pas. Encore une fois, le voilà qui pivote la tête pour pouvoir avoir l’étrange homme en vue. Son sourire si bizarre revint lui « illuminer » le visage.

- Eh bien, tu ne viens pas ? Je ne compte pas te servir d’éclaireur pour savoir si y’a un Troll ou pas, mon ami. Lança-t-il comme une touche d’humour sur ce tableau vraiment peu banal.

1089 mots



" Ta réputation te précède, Jafnhar, et elle a plus d'écho que la maudite cornemuse de Draig Bon-Dhu. Et aussi peu de notes agréables."
- Un homme
Mar 20 Juin - 23:38
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Ashryn - Avaenn - I
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Quel étrange personnage. Autant pouvais-je probablement susciter cette même réaction chez celui que j'avais interpellé, que les actions qu'il entreprenait maintenant avaient tôt fait de mettre non seulement Invest, mais moi-même mal à l'aise. Son regard curieux, voir même malicieux, ses manières excentriques et sa nature qui me semblait tout simplement aléatoire me fit reculer d'un pas alors qu'il tendait la main vers mon masque. Heureusement, son mouvement ne fut pas brusque, car la lame à l'intérieur de ma cane aurait tôt fait de glisser hors de sa cachette et s'appuyer sur son torse pour le maintenir à distance. Non, il était seulement très tactile...un peu comme Invest au final. Lui et mon hôte avaient de nombreuses similitudes, malgré le fait que ce premier semblait beaucoup plus étrange qu'enfantin.

Reculant d'un pas, donc, je le laissai m'observer puis...me sentir? Car il huma l'air, comme à la recherche d'une ôdeur singulière, puis devina tout simplement de quelle origine j'étais issu. La même que la sienne apparemment, car bien peu d'individus pouvaient se vanter d'avoir de tels sens. Les Ashrynes voyaient, sentaient, entendaient mieux que la plupart des vivants...si l'on comptait seulement les humanoïdes du moins. Un seul genre, une seule race pouvait nous surclasser dans ce domaine probablement, mais celui-ci n'en était pas un. Il venait directement des Tréfonds...et cela se voyait. Peut-être était-ce là la raison de son émerveillement de l'extérieur ainsi que  sa difficulté à soutenir la lumière du jour plus de quelques minutes. Enfin, cette odeur étrange dont il parlait venait probablement de la raison pour laquelle je portais cette toge noire et épaisse ainsi que le reste...



-Invest

Moi bru-KOFFF-KFFF...moi devoir porté masque.


Et mon cri résonna, intérieurement...en pensé, tel la fureur d'un dieu, renvoyant Invest dans le coin de notre esprit, le taisant aussitôt. De quel droit se permettait-il d'intervenir et de dévoiler notre condition à un parfait inconnu. Saleté de gamin, il réussissait toujours ce tour de force au moment où je m'y en attendais le moins pour reprendre momentanément le contrôle. Vivement le jour où j'allais réussir à l'absorber totalement.

Afin de sauver la mise, je simulai donc une quinte de toux sévère afin de couper sa parole et faire comme si de rien n'était. Toussant à plusieurs reprises, je n'arrêtai que lorsqu'il avoua ne pas vouloir m'embêter pendant qu'il reprenait la route. Décidément, il savait exactement où il s'en allait et sans savoir s'il était sérieux ou non, il laissa planer la possibilité de voir des trolls dans les environs. À dire vrai, je ne connaissais pas très bien les contrés sauvages entourant le Mont Des Souvenirs. S'il y avait ici de ces terribles créatures, je l'apprenais à l'instant même et je me souhaitais la chance de ne pas en croiser. Tous savaient que ces bêtes ignobles et sauvages étaient dotés d'une force inimaginable et d'une capacité régénératrice inhumaine. Le cauchemar de tout aventurier...et c'était donc une raison plus que suffisante de peut-être continuer la route avec cet autre représentant de ma race. Après tout, n'allait-il pas à la rencontre de cet Oracle lui aussi? Ses intentions ne se voulaient pas assassine, ni même liées au banditisme...

Ni les miennes d'ailleurs.

Ce fut donc en sa compagnie que nous avançâmes dans le sentier le plus proche qui semblait vouloir nous guider jusqu'à plus haut sur la montagne. Ignorant donc la caverne que nous avions aperçus plus tôt, semblant ne pas être la demeure du devin que nous cherchions, nous finîmes par nous retrouver devant un pont brisé qui, habituellement, était sensé nous faire traverser un précipice et où la route reprenait de l'autre côté. Une situation fâcheuse...probablement autant pour lui que pour nous.

-Nihil
Et bien évidemment, que serait l'aventure sans quelques difficultés...Une réflexion à voix haute alors que, dans toute sa curiosité possible, Invest nous faisait lever la tête afin de nous faire réaliser que nous étions encore bien loin du sommet.


-Invest
Oooh...passage plus haut!


Si l'envie me prit de le renvoyer encore une fois dans les abysses de notre esprit, je ne pouvais néanmoins m'empêcher d'esquisser un sourire derrière ce visage d'acier. Pur hasard ou simple observation liée à ses talents naturel, Invest avait bien fait de remarquer cette corniche à quelques mètres de hauteur qui nous serait facilement accessible grâce à la corde et aux pics d'escalade que nous avions. Tournant donc le dos à notre nouveau compagnon de voyage, nous écartèrent quelques pans de notre grande toge comme s'il s'agissait d'une cape. À l'intérieur, une grande poche agissait tel un véritable sac sans fond dans lequel tout m'était facilement accessible. Cet objet magique se révélait hautement pratique...et figurait probablement parmi mes items favoris. Encore aujourd'hui, je n'y avais jamais reconnu un fond...logique vu le nom qu'il portait me direz vous.

De cette poche en sortit donc le matériel nécessaire pour notre ascension. Du moins...la mienne en premier au cas où l'autre Ashryne n'avait rien pour l'y aider.


-Nihil
Il y a une corniche plus haut qui nous donnera accès au reste de la route, si nous redescendons à son autre extrémité. Si tu n'as pas ce qu'il faut, je monterai en premier et tu pourras venir par la suite.

Mais allait-il faire confiance à un inconnu si c'était le cas? Car après tout...couper la corde pendant son ascension lui serait fatal. Une mauvaise chute peut si facilement entrainer la mort...et quelques richesse supplémentaire pour celui qui survie.
Je ne pu m'empêcher de ricaner à cette simple idée...


924 mots
Jeu 22 Juin - 15:39
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Ashryn - Avaenn - I
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Ainsi donc, Jafnhar avait gagné un compagnon de voyage quelques heures à peine après avoir quitté la gueule béante dans le roc qui menait jusqu’aux sombres Tréfonds. Un partenaire de choix dans cet univers totalement inconnu, et qui pourtant lui semblait si doux sous les doigts alors qu’il ne pouvait s’empêcher de caresser le sommet granuleux des hautes herbes à ses côtés. On aurait vraiment dit un enfant, tout du moins dans le comportement, car si l’on prenait le temps de remonter vers son visage crasseux et buriné il n’y avait plus le moindre doute. Il ne fallait pas sous-estimer cet homme. Pour votre sécurité, prenez cette précaution avec tous les Ashrynes que vous rencontrez d’ailleurs, c’est plus prudent. Même notre ami sculpteur, pourtant vigoureux membre de cet espèce, ne comptait pas prendre l’inconnu à la légère. S’il avait accepté de prendre la route en sa compagnie, il était évident qu’aucun des deux ne faisait encore confiance à l’autre. C’était là un comportement des plus logiques. Qui de mieux que les gens dangereux pour évaluer le risque d’une situation ?

Plus ils s’élevaient vers le mont, plus sa taille semblait irréaliste. La légende de sa tendre Elvir mentionnait le fait que le prétendu oracle se trouvait au sommet de cette montagne. Hors, le sommet demeurait pratiquement invisible à leurs yeux, et hors de question que Jafnhar lève la tête pour encore être assommé par la lumière. Il n’avait pas encore très bien compris que ses yeux s’habituaient plutôt vite à ce nouvel environnement lumineux, mais l’idée de les voir se consumer spontanément sous l’effet de la boule de feu ne l’enchantait pas, elle l’effrayait même. Au moins pu-t-il, grâce à cela, remarquer que le chemin qu’ils empruntaient s’arrêtait à un pont en miettes. Jafnhar grogna, il ne voyait pas vraiment comment emprunter une autre route, jusqu’à ce que son discret compagnon lui fasse lever les yeux –quel exploit- vers une possible autre voie. Il fallait cependant escalader jusqu’à la corniche, mais Jafnhar avait prévu ce genre de scénario. Tandis que l’homme au masque utilisait son artefact sans fond pour récupérer son matériel d’escalade, le sculpteur s’afférait à sortir le sien de sa besace, qui, elle, avait un fond bien défini, ce qui s’annonçait plus compliqué que prévu. Il y parvint cependant, sans prendre beaucoup plus de temps que son compagnon.

Lorsque ce dernier proposa gentiment à Jafnhar de partager son matériel, le jeune homme tourna la tête dans sa direction et lui adressa un sourire bienveillant, la tête légèrement inclinée vers le bas, comme à son habitude.

- Je te remercie, dit-il, mais j’ai mon propre matériel. Je l’ai acheté pour cette expédition, autant se faire la main. J’ai pas eu l’occasion de m’entrainer avant, alors si tu pouvais passer devant... Avoua le sculpteur.

Car en réalité, le matériel d’escalade se divisait en deux parties : Des pieux en métal à planter dans la paroi, ainsi qu’une corde afin de les relier entre eux et permettre à ses compagnons élagueurs de suivre le chemin ainsi tracé, puis il y avait la simple paire de piolets en bon acier, dentelés, qui étaient bien plus pratiques pour les escalades en solitaire, ou avec deux hommes plutôt en forme comme c’était le cas ici. C’est pourquoi Jafnhar préféra ne se satisfaire que des piolets, et il rangea le reste dans son sac. La montagne ne manquait pas d’aspérités où ils pourraient s’accrocher grâce à ces instruments. Grimper quelques portions de rocher ne serait donc pas si gênant que cela, mais le jeune homme espérait tout de même ne pas se farcir des centaines de mètres d’escalade, au risque de bien s’abîmer les bras, voire de mourir accessoirement. Mais ça, c’était un risque omniprésent, de toute façon.

Curieux, Jafnhar s’approcha tout de même de la paroi, avant de laisser son compagnon le précéder dans son franchissement. On ne pouvait voir, d’ici-bas, si quelque chose se trouvait en haut, malheureusement. Une situation qui amusa le voyageur en herbe, et il ne put s’empêcher de glisser un avertissement à peine voilé à l’homme au masque de fer.

- Je ne sais pas comment tu vois derrière ce morceau de métal, mais garde bien les yeux ouverts. Si ça se trouve, arrivé là-haut, tu auras le droit au gentil accueil du troll !

Il gloussa à sa propre blague. C’était à-demi du réflexe, à-demi de la nervosité masquée. Faire de l’humour était le meilleur moyen de palier à la peur d’une mort proche, car aucun des deux n’était vraiment certain de ce qu’ils cherchaient dans leur quête de l’Oracle, et surtout pas de ce qu’ils pourraient trouver en route. Un mystère absolu comprimait les neurones de Jafnhar, tandis qu’il touchait la pierre du bout des doigts pour en mesurer la solidité. Peut-être que, au final, ce n’était que de la gelée grise. Il constata cependant, et avec soulagement, qu’elle serait parfaitement en mesure de porter le sculpteur, et surtout la large silhouette de son compagnon de fortune ! Néanmoins, il n’arrivait toujours pas à être totalement serein. Quelque chose l’en empêchait. Peut-être cette hypothèse impossible à réfuter qui s’était installée dans son esprit. Il se voyait mal agripper une prise potentielle, puis tomber de plusieurs mètres sur un sol hostile. Il ne put s’empêcher d’invectiver l’inconnu pour être certain qu’il tente la chose en premier.

- Aller, mon ami ! Fais pas dans tes braies à cause de quatre mètres de caillou. Lança-t-il, jovial.

Il recula même de deux pas, laissant son compagnon occuper complètement son champ de vision, et ainsi s’assurer que ce dernier n’allait pas se dégonfler, ce qui poserait de nombreux problèmes d’inconfort au jeune et inexpérimenté Jafnhar.

944 mots



" Ta réputation te précède, Jafnhar, et elle a plus d'écho que la maudite cornemuse de Draig Bon-Dhu. Et aussi peu de notes agréables."
- Un homme
Ven 23 Juin - 19:12
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