Comme tu as de grandes dents... | PV Jeremiah

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Comme tu as de grandes dents...

Les îlots de pierre surplombaient le vide immense, s'installant en maître des lieux. Les seules lumières étaient celles des cristaux luminescents. J'étais partie des souterrains interdits en quête de ma nouvelle identité, savoir ce que je vaux désormais. Mais arrivée au mont des souvenirs, je dû partir m'abriter dans une grotte, le soleil se levant. Plusieurs fois sur mon trajet je dû me cacher, mais cet endroit était incontestablement le plus beau. Dès que le soleil se montrait, je devais me cacher. Je ne voyais plus le lever de soleil, je le fuyais, et son coucher était ma libération, car enfin je pouvais vivre et sortir.

Par moment, et ce durant des nuits complètes, je restais sans bouger au même endroit. Restreint mais sombre, je ne pouvais sortir de ma cachette et m'ennuyais durant des heures. J'avais parcouru tant de distance, et je me trouvais désormais là où la lumière de cet astre ne pouvait m'atteindre, dans cet endroit magnifique.

Bien que possédant des ailes, je les savais trop faible pour me porter sur une longue distance. Aussi faisais-je attention à ne pas tomber. Je ne pourrais que me rattraper de justesse et en quelques secondes, sans quoi s'en serait fini de moi.

La faim commençait doucement à me tenailler. Je devais me nourrir. Ici, il n'y avait sans doute que trop peu de proies, mais au moins le peu que j'aurais sera facile à avoir car il ne saura protégé par d'autres. Enfin je l'espérais.

Il me fallait trouver l'endroit parfait. Ma petite harpe dans mon dos, tenue par un simple bout de tissu noué, je marchais sur le sol mousseux en toute délicatesse, admirant ce paysage qui s'offrait à moi. Bientôt le sang coulera, cet endroit pur sera touché à jamais, je voulais en profiter avant de devoir me sustenter.

Je souffrais toujours de devoir tuer, mais ainsi est faite ma nouvelle vie. Je laisse sur mon passage des corps séchés, morts car n'ayant plus de sang pour l'irriguer. Après tout, nous devons tous mourir un jour, je ne fais qu'avancer la date fatidique. Car je dois tuer pour vivre. Sombre dessein.

Enfin l'endroit parfait se dévoila. Un arbre s'élevait haut pour ensuite laisser retomber ses branches qui venaient caresser le sol. Les cristaux lumineux y laissaient une douce ambiance tamisée. Et au centre de tout ceci, proche de l'épais tronc du saule pleureur, était posé un rocher couvert d'une mousse bien verte. Très douce, elle était faite de promesse. Ainsi ce rocher, solide et fort, s'adoucissait sous cette mousse, offrant le confort d'un édredon. Comme quoi le luxe peut se trouver à chaque endroit de cette terre, nul besoin de fortune.

C'est ici que je décidais de m'installer. Je mis la harpe sur mes genoux et commençais à jouer quelques notes. Le son se déplaçait sur tout le territoire, mais sans créer nul écho. Parfait appât pour une proie, qui serait attirée par la mélodie. Une fois la chanson lancée, ma voix accompagna les cordes qui glissaient sur mes doigts.

Je tentais de capter un esprit, furetait et guettait. Avec le peu de pouvoir dont j'étais capable, je rendrais à ces yeux la beauté des lieux encore plus grandiose, ainsi que ma propre beauté. Je voulais rendre cet instant mystique, magnifique. Je donnerais l'illusion d'un univers encore plus merveilleux, tandis que tout ce qui serait autour de ce coin de paradis, ainsi que de moi-même, semblera bien fade.

Voilà tout ce dont je suis capable. Mais ce sont déjà des mailles solides que j'ai tissé pour capturer dans mes filets une proie à dévorer.
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Nombre de mots : 625


A BLACK ROSE IN THE DARK
Une rose noire pour l'obscurité. L'obscurité qui m'a infectée.
Celle-là seule qui repousse ma lucidité.
Une rose noire pour la déchéance. La déchéance qui m'a gagnée avec aisance.
Cella-là seule qui m'a conduit à la démence.
Une rose noire pour la folie. La folie qui traîne dans mon esprit.
Cella-là seule qui agrémente mes nuits.


THÈME MUSICAL
Nobel
Mar 13 Juin - 22:57
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Jeremiah l'Hirondelle
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Jeremiah l'Hirondelle
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Jeremiah était d'excellente humeur. Rien ne semblait pouvoir entamer l'éclat particulier de cette journée. Deux semaines durant, il avait subit la vie de cantonnement, le quotidien étriqué d'une force armée au campement, la rugosité de la couche et du sol de terre battue, ces jours si semblables dans un périmètre si restreint ne trouvaient leur intérêt que dans le soin aux montures, tâche pour laquelle Jeremiah montrait un enthousiasme bien comique aux yeux de ses coreligionnaires. La Milice Frontalière est une accueillante famille, mais Jeremiah savait dès le premier jour qu'il n'était pas voué à y prendre racine, aussi avait-il saisi la première occasion pour retrouver les siennes. Dans l'heure même où prenait effet sa permission, il était déjà sur les routes, et quelques heures plus tard encore, il était de nouveau un enfant.

C'est une chose merveilleuse que d'assister aux épisodes régressifs de l'Hirondelle. Bien sûr, le terme ne pourrait être plus mal employé, selon sa propre perception, Jeremiah n'a cessé d'être un enfant, ou plutôt l'enfant est dans sa nature, ancré au plus profond de son être. Cet enfant ne grandira jamais, l'adulte ne prendra jamais sa place. Il s'y superposera peut-être, mais cette étincelle de puérilité, de candeur et d'innocence, est à jamais chevillée à l'âme, à l'essence même de cet être singulier. Quoi d'étonnant alors à voir ce colosse mal charpenté, cette immense carcasse aux bras trop longs, au torse trop large, la barbe hirsute, folâtrer parmi les herbes hautes, un grand sourire aux lèvres et un chant dans la gorge. Il avait prit le chemin de l'Ouest, vers les hauteurs, s'élançant à l'assaut des premiers contreforts avec entrain, et sa progression n'était ralentie que par les merveilles qu'il découvrait sur son chemin. Ici, la pureté d'un cours d'eau. Là, les complexes rameaux d'un arbre solitaire et élancé, comme froissé par les vents secs et froids de la montagne. Là encore, un miroitement scintillant sur une paroi rocheuse l'avait conduit à observer l'affleurement d'une veine minérale brillante, de la pyrite de fer sans doute, l'or des fous, mais rien n'empêchait jamais l'Hirondelle de contempler ce qu'il trouvait beau. Ou encore là, quand il découvrit au creux d'une fleur une colonie de petits insectes noirs qu'il n'avait jamais vus, et qui le fascinèrent pendant une bonne heure. La Nature, l'air et le vent, le Monde en somme, alimente continuellement sa machinerie intérieure, cette mécanique qui le pousse toujours plus en avant, dans sa quête perpétuelle d'émerveillement. Et chaque fleur insolite, chaque beauté naturelle, chaque vie, lui procure une joie immense. Plus qu'un état d'esprit, c'était presque une foi que cet amour du merveilleux, un sacerdoce du beau, un culte du joyeux, une dévotion à l'enchantement. Ainsi, jour après jour stimulé par ces petites découvertes, ces petites joies enfantines, Jeremiah progressait. Il arpente chemins et vallées, combes et coteaux, plaines et plateaux, ses grandes jambes avalent la distance avec avidité car, nul doute n'est permit, chaque relief abrite son lot de joies d'enfant.


En ce jour donc, Jeremiah gravissait par petits bonds, tel un oiselet de branche en branche, un large éboulis, chaos de roches grises à flanc de montagne, vers un faux-plat herbeux aperçu peu avant midi. Un bel arbre jaune, noueux, semble-t-il brisé mille fois et mille fois survivant, un arbre ancien et éprouvé, y trônait au milieu de sa cour d'arbustes et de fleurs sauvages. Derrière lui, le flanc de la montagne, comme éventré par un gigantesque coup de hache, laissait voir la déchirure d'une profonde crevasse. Enchanté de sa découverte, Jeremiah souriait la mine radieuse face au soleil tandis qu'il reposait ses jambes raides, assis devant l'immensité. Au loin il discernait la masse sombre et verdoyante de la forêt dont il gardait les frontières, plus au Sud l'étendue rougeoyante du désert annonçait la fin des terres cultivables et le début du territoire des voyageurs. Soupirant d'aise, l'Hirondelle se sentait de la meilleure humeur possible. Sa vieille besace à son coté s'emplissait de fleurs étranges et de fragrances nouvelles, ses yeux étaient pleins d'étendues baignées de soleil, sa tête emplie de visions de la Vie à l’œuvre, il se sentait réellement comblé, le cœur gonflé d'émotions pures, de plaisirs simples. Une seule chose manquait, c'était la musique. De tous les arts pratiqués par les mortels, Jeremiah considérait celui de la musique comme le plus proche de la Nature primaire. Cela pour une raison assez simple et totalement subjective, il trouvait que Musique et Nature sont enfants d'Harmonie. A cet instant, dans sa tête résonnaient les doux accords de la cithare, de la mandoline et du luth, qui prononçaient avec des sons ce que l'Hirondelle était incapable de formuler avec des mots. Et alors qu'il se tenait là, palpitant d'émotions pures, l'esprit grand ouvert, embrassant avec fougue l'étreinte du monde, une toute autre musique s'insinua dans sa tête.


Celle-ci sonnait étrangement, comme jouée au sein d'un immense espace creux, mais ses accords emplissaient son crâne de douces vibrations, on aurait dit que chaque note, chaque contrepoint éclatait en une myriade d'étincelles scintillantes. Pourtant, en tournant les yeux de part et d'autre, Jeremiah ne voyait rien, n'entendait rien. Pourtant la musique était toujours là, dans sa tête, et cette musique lui montrait le chemin. Par-delà la crevasse se trouvait un tunnel, et plus loin dans ce tunnel se trouvait la musique, et le musicien. Cette certitude se trouvait dans l'esprit de l'Hirondelle, à son aise comme si elle avait toujours été là, assise juste à coté de la certitude qu'il allait aller voir, car qu'y avait-il d'autre à faire après tout ? Gloussant comme un gamin espiègle, Jeremiah reprit son sac, sa seule arme (en l'occurrence un couteau grossier émoussé) oubliée tout au fond, tout comme l'instinct guerrier de l'Hirondelle au fond de son esprit. L'idée ne lui serait même pas venue d'envisager de se défendre, Jeremiah savait que ce tunnel qu'il descendait à présent ne pouvait déboucher que sur encore plus de beautés. Et de fait, il ne fut pas détrompé.

Devant lui s'ouvrait une large caverne, baignée de l'éclat pâle de grands cristaux, mais Jeremiah ne s'y attarda qu'une fraction de seconde. Car au centre de ce tableau, éclipsant tout le reste, se trouvaient la musique et la musicienne. Il « entendait » enfin la musique, ou plutôt il la percevait enfin telle qu'elle était réellement jouée, avec cette acoustique de cathédrale de pierre, ses oreilles recevaient enfin les mêmes informations que son cerveau. L'ensemble était si beau, le décor si enchanteur, la musique si belle, la voix si pure, la musicienne si belle, le tout formait un spectacle si formidable que l'Hirondelle en resta pétrifié. Son cœur manqua un battement quand cette fine silhouette aux ailes de nuage se tourna légèrement vers lui, et qu'il vit battre dans sa direction de longs cils noirs sur deux iris d'un bleu pur. Il ressentait, diffus, un curieux besoin de s'approcher plus encore, un besoin de voir l'attention de la musicienne se tourner uniquement vers lui, mais il ne parvenait pas à s'expliquer pourquoi. Car cela impliquerait la fin de la musique, la fin du chant, que la magie de l'instant se brise en somme, et cela Jeremiah ne le voulait à aucun prix. Il avait l'impression que quelque chose essayait de s'adresser à l'homme en lui, mais l'enfant qu'il était refusa tout net d'écouter. Cet enfant voulait continuer d'écouter, de ressentir, de vivre cette scène issue de ses plus beaux rêves. Alors, tout désemparé qu'il était, ne sachant trouver sa place au milieu d'un tel tableau, il dansa.


Il dansa comme seuls les êtres de son essence le peuvent, avec une sensibilité exacerbée pour les harmonies, envolées et contre-temps. Avec une vivacité et une douceur étonnantes, ses grands bras se déplièrent délicatement, formèrent Cercle après Cercle, et autour de ce symbole de Tout, il dansa, les yeux clos, tous les muscles de son visage relâchés, formant un masque de sérénité, de plénitude absolue. Et tout en dansant, il se rapprochait. D'un bond gracieux, comme s'il ne pesait plus rien, à la façon des oiseaux, il fut sur l’îlot rocheux voisin de celui de la musicienne. Et là, tournant très lentement sur lui-même, ses grands bras ondulant avec grâce, ses pieds formant de délicates arabesques à la pointe des orteils sur le sol poussiéreux qu'il ne faisait qu'effleurer, l'Hirondelle poursuivit ses entrechats. D'un mouvement fluide il plongea tour à tour les mains dans sa besace d'où il tira deux objets, bien cachés au creux de ses immenses pognes, prémices à l'un de ses plus beaux tours. D'un geste il fit sauter les bouchons des flacons qu'il tenait, et s'en échappèrent de fins rubans de poussières scintillantes, l'une verte comme l'émeraude, l'autre sanglante comme le rubis, dont l'Hirondelle se drapait comme d'un manteau. Tournoyant au milieu des volutes étincelantes, les faisant s'enrouler autour de ses bras, il frissonnait d'une extase puissante, jamais il ne s'était autant sentit en phase avec la musique, la terre, le monde entier, comme s'il avait atteint un niveau supérieur d'harmonie avec le grand Tout. Et finalement, dans une grande envolée finale, les rubans étincelants se rejoignirent tandis que dans une ultime pirouette il plongeait dans ce beau nuage rubis et émeraude dont il ressortit tout étincelant de paillettes et de bonheur. Il était si enthousiaste, si heureux d'avoir fait partie un bref instant d'un si beau tableau qu'il en battit des mains comme un enfant, et éclata d'un grand rire frais et cristallin, un rire presque trop clair et trop pur pour son visage couturé et mangé de barbe. Mais ce faisant, il avait involontairement brisé la magie de l'instant.

L'éclat de son rire, en résonnant sous l'arche de pierre, lui avait fait prendre conscience de quelque chose, un sentiment ténu mais persistant, la délicate sensation que quelque chose était faux. Était-ce le son de sa voix qui avait révélé quelque chose d'impossible dans la pureté irréelle de cette musique, était-ce cette curieuse impression que la scène l'entourant perdait de la profondeur, comme si elle se changeait en décors de théâtre, plats et sans perspective ? Il n'aurait su le dire, l'expliquer ou encore le comprendre, mais il ne put retenir un
« Oh... » plein de déception, et son visage se contracta en une moue boudeuse. Quelque chose n'était pas vrai dans ce décor mirifique, il ignorait quoi, mais cela suffisait à quelque peu gâcher sa joie.






1723 mots (je me suis peut-être un peu emporté...)


« En lui vont pullulantes toutes les vilenies dont Nature l'emplit. Et Fortune, riant à sa cause damnée se fait la gouge d'un rebelle. Mais en vain, car ce brave Mac Beth, bien digne de ce nom, dédaignant la fortune et brandissant son fer, qui fumait d'un sanglant carnage, en vrai mignon de la valeur il se taille un chemin, et bientôt il affronte l'infâme. Et il ne lui prit congé, ni ne lui dit adieu. »


« Mêlez-vous à qui ne vous regarde, car lointaine est parfois la couleur qui fera votre blason. »
Jeremiah l'Hirondelle
Jeu 29 Juin - 4:02
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Entraîné par la musique, ma proie venait à moi, tel un papillon attiré par la lumière. Il virevoltait, tournoyait. Avec beaucoup de grâce, il dansait sur les airs que je jouais. Un spectacle des plus plaisant. Bien que son physique n'était pas des plus attrayant, ces mouvements étaient gracieux. Il resplendissait et accompagnait gracieusement chacun de mes accords. Sa pèlerine suivait chacun de ces mouvements et je vis furtivement briller un objet doré, retenant les pans de cette courte cape.

Je ne voulais pas qu'il cesse de danser, aussi continuais-je à jouer et à chanter. Je savais bien que ce spectacle devra finir tôt ou tard, mais je voulais profiter de chaque instant. Je ne pouvais malencontreusement pas m'empêcher de penser que mon repas m'offrait un délectable et délicieux spectacle. Ce serait tel un Edseres voyant son poulet, son lapin ou quoi que ce soit d'autre qu'il mangerait, tourner sur sa broche au-dessus du feu.

Lorsque je vis son sourire, je ne pu que m'ébahir. Il semblait si heureux, si innocent. Un sourire d'enfant. Il était enchanté d'être ici, cela ne faisait nul doute. Qui donc serait assez gentil pour offrir un dernier instant si beau ? Je suis vraiment adorable, il faut bien l'avouer.

Lorsqu'il mit ces mains dans son sac, j'eus un instant d'hésitation, croyant qu'il allait sortir une quelconque arme. Appréhension bien inutile, car il en sortit deux fioles. Lorsqu'il les ouvrit, sa danse n'en fut que plus belle et gracieuse. Des fumées rouges et vertes tournoyait au fil de ces mouvements, formants les cercles que dessinaient ces bras. Lorsqu'il se déplaçait, il semblait si léger. Comme si le seul poids qu'il pouvait peser était celui de son âme. Il était à l'aise dans ces mouvements et dans ce lieu. La magie faisait parfaitement son effet.

Un éclat de rire cristallin perça, sortant de cette série de cercles et s'échappant de cette délicate fumée. Et alors il se figea sans que je ne comprenne pourquoi. Surprise, je perdis ma concentration et cessa de jouer. Le fixant, je vis son sourire disparaître. Dans ces yeux je cru apercevoir le reflet d'étoiles, alors que le ciel n'était nullement visible d'ici. Mais cela ne dura qu'une fraction de seconde. Car bien vite elles s'éteignirent. Au son de sa voix, à son visage qui se décomposa, je compris qu'il avait cerné le stratagème. Il se doutait de quelques choses et sembla se mettre à bouder tel un enfant.

Il me fallait vite le reprendre dans les mailles de mon filet, sans quoi il s'échapperait. Je posais la harpe sur le sol mousseux et me leva doucement sans le lâcher du regard. Je repris un instant ma concentration, mais changea totalement de plan. Ce n'était plus le décor que j'allais embellir, car il me fallait m'assurer qu'il ne me quitterait pas du regard.

La faim commençait doucement à me tirailler, mais je ne devais me presser. Sans quoi il s'enfuirait immanquablement. Je m'avançais doucement vers lui, mesurant chacun de mes pas. Gardant mes yeux rivés dans les siens, je m'efforçais à me rendre moi-même plus attirante, grâce à un pouvoir qui ne peut me rendre que plus séduisante. Un doux sourire, gentil et emprunt d'une délicate timidité, s’insinua sur mes lèvres. Penchant légèrement la tête sur le côté, je déployais doucement mes ailes, faisant en sorte qu'elles m'encadrent simplement.

Maintenant qu'il ne dansait plus, je pus l'observer. Il était grand, bien plus que moi, et ces épaules étaient larges. Son visage était assombrit par sa barbe et ces cheveux. Sa mine boudeuse ne me plaisait guère. Je voulais de nouveau le voir sourire et danser, cela m'avait tellement plus. Je n'avais presque plus envie de boire son sang. Seulement de revoir la grâce de ces mouvements qui contrastaient tellement avec son apparence plus bourrue.

- Vous dansez si bien... Pourquoi avez-vous cessé ? Ma musique ne vous plaît pas ? »
Je pris alors l'air le plus niais que je pus, restant à un pas de lui. Devant sa mine d'enfant renfrogné, je n'avais qu'envie de leur prendre dans mes bras et lui dire de sourire. Et s'il fallait que je joue pour cela, alors je jouerais. Il m'avait ému dans son attitude. Je ne le tuerais pas. Je devais juste le convaincre de me donner quelques gouttes de son sang. Simplement de quoi survivre le temps de trouver un véritable repas. Mais cela reviendrait à lui dévoiler ma véritable nature, et donc à m'exposer totalement à lui, chose que je n'ai encore jamais faite. Je serais alors totalement livrée à lui, et s'il pourrait il me tuera alors. Pour cela je dois commencer par gagner sa confiance et sa sympathique, peut-être pourra-t-il se montrer compatissant. L'on pourra alors s'accorder sur un léger sacrifice.
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Nombre de mots : 844


A BLACK ROSE IN THE DARK
Une rose noire pour l'obscurité. L'obscurité qui m'a infectée.
Celle-là seule qui repousse ma lucidité.
Une rose noire pour la déchéance. La déchéance qui m'a gagnée avec aisance.
Cella-là seule qui m'a conduit à la démence.
Une rose noire pour la folie. La folie qui traîne dans mon esprit.
Cella-là seule qui agrémente mes nuits.


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Jeu 29 Juin - 23:08
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Jeremiah l'Hirondelle
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Jeremiah l'Hirondelle
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En dépit de sa frustration, Jeremiah ne pouvait plus détacher son regard de la merveille qui s'offrait à ses yeux. Il était honoré par la présence de la plus gracieuse créature qui puisse être sur cette terre. Le noir profond, presque métallique de sa chevelure lui conférait un port de reine, la grâce de sa silhouette était transcendée par la blancheur irréel de ses ailes immaculées, son visage exprimait une pureté et une douceur infinie, elle était nimbée de l'aura des déesses. La mine toujours quelque peu renfrognée et tournant obstinément la tête ailleurs, il ne pouvait malgré tout, et pour une raison qui lui échappait, quitter même du coin des yeux cette femme si parfaite, ce joyau impossible. Elle lui parla, et sa voix était si chaude, si tendre, Jeremiah en fut ému jusqu'aux larmes. Plus rien n'existait, l'univers s'était rétréci jusqu'à se résumer à cette bulle qui les contenait, lui et elle. Néanmoins, l'air boudeur, il répliqua à mi-voix :

« Si elle ne me plaisait pas, je n'aurais pas commencé... »


Après avoir détourné les yeux, presque rougissant sous sa barbe hirsute, il reprit, avec une once d'impertinence :


« C'est vrai que vous êtes très belle. Et vous jouez très bien aussi. Par contre je ne sais pas quoi, mais il y a quelque chose d'étrange ici vous ne trouvez pas ? Quelque chose... Quelque chose n'est pas correct. Bizarre comme sensation non ? »



Et ce disant il lui adressa un grand sourire, il avait le coin des yeux étincelant et la mine espiègle d'un adorable garnement. En proie à une nouvelle vague d'euphorie, il exécuta quelques entrechats, il s'envolait avec légèreté pour retomber du bout du pied au bord du vide, tournoyait un instant avant de s'en retourner d'un nouveau bond devant la belle. D'un grand geste théâtrale, il vint cueillir cette main délicate, plus légère qu'un papillon, à la douceur de soie, et s'agenouilla, une main sur le cœur, avant de bondir à nouveau sur ses pied. Il déclama alors avec entrain, de sa belle voix chantante :


« Mes hommages gente dame, je ne me suis point présenté. Je me nomme Jeremiah, et j'ai la joie, l'honneur, d'être en somme conteur. Je prête également mon bras à la défense du charmant royaume sylvestre voisin, une activité extrêmement enrichissante sur le plan humain. Et je me demande bien qui vous pouvez être, ô Muse souterraine, dans votre écrin de merveilles. »


Il pencha la tête sur le coté, la détaillant avec curiosité, pensif. Cette femme, il ne parvenait pas à la considérer comme possible. Pour lui, âme pure et naïve, il voyait une beauté irréelle, de celles qu'un enfant range parmi les anges et autres créatures célestes, à la perfection légendaire, un être venu d'un autre plan d'existence. Pourtant il n'avait pas l'impression d'être en face d'une apparition divine, la vague de dévotion et d'adoration passionnée qu'il éprouvait par instants ne masquait pas un malaise diffus, un cri angoissé au fond de son esprit. Il la regardait toujours, indécis, puis enchaîna, d'un ton aimable :

« C'est vraiment bizarre vous savez, par moments j'ai l'impression que vous pourriez me vouloir du mal. Alors que je pourrais sans doute vous briser le cou à mains nues si vous essayiez. Et quand bien même, pourquoi le feriez-vous de toute façon? Vraiment grotesque n'est-ce pas ? »


Ce disant il souriait, de toutes ses dents, mais le fond de sa pensée demeurait énigmatique. Il se tenait les mains dans le dos, étincelant de joie de vivre, se balançant d'un pied sur l'autre, comme s'il fallait les empêcher de se remettre à danser tout seul. A présent il lançait un regard plein de curiosité aux ailes étincelantes de la fantasmagorique harpiste, il semblait fasciné par leur éclat et leur apparente légèreté de neige, et sembla se perdre un instant dans leur contemplation. Il se disait que décidément, c'était une journée pleine d'émerveillement.




652 mots


« En lui vont pullulantes toutes les vilenies dont Nature l'emplit. Et Fortune, riant à sa cause damnée se fait la gouge d'un rebelle. Mais en vain, car ce brave Mac Beth, bien digne de ce nom, dédaignant la fortune et brandissant son fer, qui fumait d'un sanglant carnage, en vrai mignon de la valeur il se taille un chemin, et bientôt il affronte l'infâme. Et il ne lui prit congé, ni ne lui dit adieu. »


« Mêlez-vous à qui ne vous regarde, car lointaine est parfois la couleur qui fera votre blason. »
Jeremiah l'Hirondelle
Sam 1 Juil - 4:06
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Nobel
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Comme je l'avais supposé, cet homme, prétendument nommé Jeremiah, avait décelé que tout n'était que baliverne et manipulation. Il était donc de mon devoir désormais de lui faire croire l'inverse, bien que cela sera sans nul doute loin d'être aisé. Je devrais pouvoir en jouer, mais encore faudrait-il qu'il y croit. Il avait même réussit à déceler mes intentions à son égard. Qu'est-il pour être aussi perspicace ? À l'heure actuelle, il n'est à mes yeux qu'un simple conteur, mais je suis désormais certaine qu'il est bien plus que ça. Il a le don pour dévoiler ce qui est caché, que ce soit magique comme physique. Il semble découvrir si facilement la vérité de chaque chose que s'en est troublant.

Ma tâche sera donc de l'en détourner. S'il n'y pense plus, il ne le remarquera plus. Logique, non ?

Je fis donc une grande courbette, mon pied droit devançant son cousin gauche, et écarta les pans de ma robe. Le dos baissé, je ne quittais cependant pas un instant du regard ma proie. Afin d'agrémenter la mise en scène, j'ouvris mes ailes de toutes leur envergure.

- Enchantée, Jeremiah. Je me prénomme Nobel. Musicienne à mes heures perdues, je ne suis qu'une voyageuse désireuse de découvrir le monde et ses merveilles. »
Sur ces quelques mots, je me redresse, mon sourire incrusté sur mes lèvres s'agrandissant en douceur. Maintenant que les présentations sont faites, je me dois donc de calmer ces inquiétudes, poussant au plus mes charmes afin de capter au moins son attention, qu'il ne s'en détourne pas.

- Vos compliments me vont droit au cœur, très cher. Et vos impressions sont les mêmes que les miennes sur l'étrangeté du lieu. Tout me semble si beau, si magique et merveilleux, que cela me semble irréel. C'est pourquoi je ne veux qu'en profiter un maximum, j'ai intimement peur que cette beauté se dérobe à mes yeux. Je veux la garder à jamais dans ma mémoire, chaque détail, chaque lumière, chaque feuille. Si j'avais ce don, j'aurais peint ce paysage afin de le garder à tout jamais sur moi. »
Aucun de ces paroles n'était fausse, si ce n'est que j'avais parfaitement compris qu'il ne parlait pas de ce lieu en général. S'il a détecté la magie qui l'affecte, alors je peux juste jouer l'ignorante et la naïve.

Je passais une main sur mes ailes d'un blanc pur. Elles sont et seront toujours le symbole des  Aetrayels, espèce protectrice du monde.

- Connaissez-vous d'autres personnes dotés de tels joyaux ? Ou peut-être avez-vous entendu quelques dires. Je ne connais nulle personne qui ne sache ce qu'elles représentent. Vous devez sans doute le savoir vous-même, et vous savez donc que ce n'est absolument point dans ma nature d'avoir de mauvaises intentions à l'égard de qui que ce soit. Mon devoir est de protéger, non d'attaquer. Et même si je venais à y penser, pensez-vous que j'en serais physiquement capable ? Idée grotesque comme vous l'avez vous-même suggéré. »
Sur ce, un léger rire s'échappa de ma gorge. Oui, voilà qui était bien ironique. Alors que je devais représenter la gentillesse et la bonté incarnée, je n'avais qu'une seule envie : le dévorer. Mais il était bien trop sur ces gardes, je devais l'adoucir.

À même l'herbe sur laquelle nous nous trouvons, je m'assis, mes ailes autour de moi créant un cadre que j'imaginais presque divin. Les jambes repliée sous mon corps, je tapotais doucement l'herbe à mes côtés, toujours mes yeux bleus plongés dans ceux du conteur.

- S'il vous plaît, profitons un instant, ensemble, de la beauté du paysage. Et contez-moi quelques-unes de vos histoires. J'aimerais beaucoup en entendre. »
Le plus beau sourire dont j'étais capable éclaira mon visage. J'avais réellement envie d'entendre un récit, car voilà bien longtemps que je n'avais pu profiter des dons d'un narrateur. Et puis, à le plonger dans sa passion, peut-être sera-t-il plus ouvert à moi, et la confiance viendra avec.
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Nombre de mots : 744


A BLACK ROSE IN THE DARK
Une rose noire pour l'obscurité. L'obscurité qui m'a infectée.
Celle-là seule qui repousse ma lucidité.
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Une rose noire pour la folie. La folie qui traîne dans mon esprit.
Cella-là seule qui agrémente mes nuits.


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Mer 12 Juil - 19:24
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