La Mélodie de la Nature (Quête Solo)

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Ulfurbe - Celus - III
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Il y a quelques temps de cela, une assurance s'était manifestée chez l'Ulfurbe. Les réflexions qui la tourmentaient auparavant disparaissaient de plus en plus. Elle était de plus en plus sûre d'elle. La Naya d'avant, celle qui était restée dans sa chambre, renfermée dans les livres, celle qui partait à l'aventure de manière incertaine, et enfin celle qui avait vécu dans la débauche, laissant des hommes tout aussi abjectes les uns que les autres la toucher pour avoir une quelconque somme d'argent, cette Naya là n'était plus. Non pas qu'elle abandonnait l'idée d'une vie libertine, non, mais désormais, elle allait prendre les commandes de cette dernière. Jamais plus elle laisserait les événements couler autour d'elle en essayant juste de trouver un semblant de contentement dans le résultat qui était à venir. Ce résultat, elle le déciderait, et elle mettrait tout les moyens à sa disposition pour l'atteindre. Après mûres réflexions autour d'une bonne bouteille de moretum, dans cette vieille taverne à la frontière du Mont des Souvenirs et de la Steppe du Phénix, l'Ulfurbe avait conclu qu'elle devait se renforcer. Se renforcer pour voyager. Le Continent des Abîmes...Elle n'avait jamais eu l'occasion d'y aller auparavant et les légendes et histoires qu'elle avait lu dans les livres la faisait rêver. Surtout lorsqu'il s'agissait du Désert du Néant. Le fait qu'une telle étendue terrestre puisse être vide la fascinait. Et puis, cet environnement aride était bien loin de ce qu'elle avait connu. Quelque part, elle voulait juste changeait d'air, et ce lieu lui était apparu comme idéal. Aussi si elle tenait à se renforcer, c'était justement pour ne plus se retrouver à subir les événements de manière passive. Sa liberté, rien ni personne ne la lui enlèvera, que les ennemis soient dix ou vingts, elle était prête à combattre. C'est pour cela qu'elle était en quête de puissance, car une vie d'insaisissable attirait bien des barreaux...

Ainsi notre ancienne lië'ja était partie sur les routes de la Steppe du Phénix. Elle n'avait eu aucune difficulté à voyager dans ces terres qu'elle connaissait déjà. De grandes plaines avec seulement quelques petites forêts. Cependant, parfois les hautes herbes et autres feuillages n'écourtaient pas la traversée. Contournant du mieux qu'elle pouvait les différents obstacles, l'Ulfurbe eut donc le temps de rêvasser un peu en regardant le paysage. Le chant des oiseaux qui ponctuait ses pas lui rappelait Poki. Cela faisait longtemps qu'elle ne l'avait pas vu, désormais. Elle s'inquiétait énormément pour cette petite créature. Elle n'avait vraiment pas prévu d'être autant affectée par cette gamine et parfois même, elle regrettait de l'avoir éloigné d'elle. Peut-être était-elle morte ? Elle s'en voudrait à en mourir. Elle se rassura, si elle l'avait tenu à l'écart c'était bien pour une bonne raison. Naya lui aurait été une source de danger. Cette pensée devait-elle la rassurer ? Cela la protégerait d'elle, pas du reste du monde. Elle réfléchissait longtemps la nuit, crispée. Si cette gamine avait survécu jusque là c'était bien car elle était rapide et discrète, et qu'elle avait une bonne paire, battant l'air bien plus frénétiquement que celles d'un Ulfurbe ou d'un Aetrayel. Mais pour l'heure il fallait plus qu'elle s'inquiète pour sa propre vie que pour celle de Poki : un son étrange vint s'entremêler aux chuchotements légers de l'herbe se pliant sous ses bottes. Une douce mélopée vint caresser les tympans de l'ancienne lië'ja, accompagnant le chant des oiseaux. Cette dernière ne fit pas que l'apaiser, elle attisa aussi sa curiosité. Intriguée, Naya se laissa guidée par son ouïe. L'origine de cette musique était claire et limpide, elle n'eut aucun mal à trouver un itinéraire la rejoignant, en ne s'aidant que d'un seul sens. Mais alors qu'elle s'approchait de la source de la mélodie, une vision figea l'Ulfurbe. Là, entre deux arbres perdus dans la plaine, assis calmement sur un rocher, un lië'ja au cheveux longs noirs de jais fermait les yeux. Ses gestes et ses mouvements de balancement allaient en harmonie avec les notes qui sortaient de sa flûte double. Tout l'endroit semblait captivé, tout  comme Naya. Quelques animaux s'étaient rassemblés autour de lui. D'une figure tout autant forte qu'apaisante, quelques fois, il donnait un rythme plus énergique en frappant la peau du tambourin aux creux de ses jambes en tailleur. Les deux instruments ainsi savamment utilisés s'harmonisaient avec brio. Le moindre mot n'osait sortir de la bouche de Naya, impressionnée. Mais si cette dernière restait pétrifiée, c'était surtout pour une autre raison. Ces courbes dures sur son visage basané, ces cheveux abîmés et ténébreux ainsi que ce tatouage, qu'il arborait fièrement, comme pour montrer sa combativité derrière ces mouvements calmes et cette allure sereine, cette apparence lui était familière. Il ouvrit calmement les yeux en remarquant la présence de l'Ulfurbe. Deux pupilles jaunes perçantes vinrent pointer l'âme de Naya. Il n'y avait plus aucun doute, elle reconnaissait bien là, trait pour trait, Seito, son père. Dès lors il la fixa, tout en continuant de jouer calmement, il ne semblait pas du tout atteint de cette rencontre, contrairement à sa fille. Naya n'osait donc encore moins l'interrompre. Que pouvait-elle bien lui dire d'ailleurs ? Ils s'étaient quittés en mauvais termes. Elle avait quitté la maison familiale comme ça, sans rien dire, et désormais, cela faisait au moins cinq ans qu'ils ne s'étaient pas revus...Cinq années de d'aventure ratée, puis de débauche...Cinq années s'étant terminées sur le meurtre de Sen, puis sur sa mort. En plus Sen avait été sa protégée. Parfois elle avait l'impression qu'il se préoccupait bien plus d'elle que de sa propre fille, lui laissant un goût amer dans la bouche à chaque fois qu'elle le voyait. Mais son amertume se transformait en peur et en confusion désormais. Si jamais il avait appris qu'elle l'avait tué, il serait bien capable d'aller à l'encontre de ses valeurs pacifiques...Et aussi probablement avait-il déjà deviné la nouvelle race de sa fille...A aucun moment Naya ne s'imaginait pouvoir le duper, il incarnait une figure sage et forte à tel point que la moindre opposition semblait ridicule face à lui. Et cette fois-ci, c'était bel et bien leur deux visages qui se confrontaient dans le vent doux de la Steppe. Il ne lui restait plus qu'à subir son jugement. Elle était partie à l'aventure avec détermination, pour justement être plus à même d'agir sur les événements basculant sa vie, mais tout cette assurance s'écroulait face au dur visage de son père.

Spoiler:
 

Et alors que l'Ulfurbe était en proie à des tremblements nerveux et que ses yeux s'humidifiaient, la douceur de la mélodie qui continuait d'envahir les lieux apaisa son âme, lui ôtant toutes inquiétudes. Les notes semblaient prendre possession de son esprit, entrant par une oreille, ressortant librement par l'autre, s’imprégnant entièrement de la frêle enveloppe corporelle. L'endroit semblait alors changer constamment lui aussi. Les hautes herbes ne cessaient de bouger dans une sinuosité floue. Les animaux disparaissaient un à un tandis que le lië'ja n'était déjà plus là, laissant le rocher où il était assis prendre de plus en plus de place dans l'atmosphère et peindre un décor grisâtre de pierre. Un ensorcellement à n'en pas douter. Mais qu'est-ce que cela pouvait bien vouloir ? Il comptait l'emprisonner dans une illusion en guise de punition ? Ou simplement avait-il décider de lui faire partager un de ses souvenirs en guise de retrouvaille ? Non...ces deux réponses ne correspondaient pas au Seito qu'elle connaissait...Quoiqu'il en soit, notre Ulfurbe se retrouva dans une espèce de mystérieux manoir. Les murs de pierre et les portes étaient sombres. Néanmoins l'obscurité n'emplissait pas l'endroit : une lumière immaculée transcendait les gigantesques fenêtres du domaine. Tout était limpide. La jeune femme n'éprouvait aucunes appréhensions, la mélopée résonnait encore dans sa tête, assurant la sérénité de son esprit. Elle déambulait dans le grand couloir. Toutes les portes des différentes pièces étaient ouvertes, laissant passer les rayons oniriques. A part elle, personne d'autre ne semblait être présent. Un détail interpella cependant la jeune femme. Partout où son regard se portait, il croisait un livre. Des tonnes et des tonnes de bouquins débordaient de la maison. Ils s'étalaient sur le sol, rendant sa traversée difficile. Ils recouvraient complètement certains meubles : des tables on n'en voyait que le coin, des grandes étagères que la forme et des lits somptueux qu'une allure grotesque. C'est donc avec lenteur que l'Ulfurbe put découvrir une à une les pièces du lieu. Elles étaient toutes assez simples et identiques, mis à part ces livres. D'ailleurs que signifiaient-ils ? Une voix tout à coup interrompu sa réflexion. Le bruit est semblable aux pleurs d'un enfant...Ilo ? Le but du père de Naya serait donc de la faire culpabiliser ? Elle accouru à l'origine du son, du mieux qu'elle put dans tout ces amas de bouquins...Il venait d'une pièce identique aux autres mais une personne se trouvait au milieu, seule, assise et entourée de livres qui la recouvraient même. Ce n'était pas Ilo, non, mais une petite fille qui devait avoir à peu près son âge, cet-à-dire environs huit ans. Elle avait deux oreilles pointues, la peau mâte et et les cheveux sombres. Tout emmenait à penser qu'il s'agissait bel et bien de Naya lorsqu'elle état encore une enfant...et donc en lië'ja...La gamine ne pouvait pas s'arrêter de pleurer en se frottant les yeux. Mais qu'est-ce que pouvait bien signifier tout ce bordel ? L'Ulfurbe était restée immobile au seuil de la porte. Elle détestait son passé, à un moment, elle aurait voulu tué la petite lië'ja qui sommeillait encore en elle, quelque part, coincée dans les ténèbres de son âme. Mais désormais qu'elle l'avait en face, elle ne put que s'agenouiller devant la situation. La petite fille qui sommeillait en elle...Et si il suffisait juste d'accepter ses appels à l'aide et d'écouter ses plaintes pour enfin être sereine, et libre ? Cette vision d'elle même la troubla énormément dans les conclusions qu'elles avaient faite sur son passé. Alors certes, ce sujet était toujours resté flou depuis sa transformation, mais elle avait développé une haine envers les lië'ja tout au long de sa vie, et cette haine perdurait encore aujourd'hui...Naya ne sut donc pas quoi faire. Elle était désormais bloquée entre deux façons de vivre et de voir le monde totalement contraire...Quant à tout ces livres...L'Ulfurbe comprit maintenant en voyant la fille pourquoi ils étaient là...Il s'agissait de l'année la plus ennuyante de sa vie...Celle où elle l'avait passé à lire seule dans une pièce, à se renfermer dedans...Cela expliquait tout, le fait qu'il n'y est personne d'autre dans l'endroit et le fait que la gamine soit en partie cachée par des livres...Mais pourquoi sont père tenait-il à lui montrer cette scène ? En tout cas, s'il s'agissait de percer la croûte du cœur de Naya, maintenant durcie par les ténèbres, et bien c'était réussi, la femme étant totalement perturbée. La petite fille cependant gémissait quelque chose entre ses sanglots.

- T-t-tu...tu cherches à m'oublier...c'est ça ? Tu...tu veux plus de moi, hein ?


Ce fut un autre pique dans le coeur de l'Ulfurbe, qui, affichant une expression de désarroi en entendant ces mots, ne su quoi faire. Aussi, l'enfant lui rappelait invariablement Poki. Elle avait failli la rendre triste et s'en était voulue pour ça. Allait-elle faire preuve d'empathie là aussi ? Et ce malgré sa colère envers son passé ? Elle n'en savait rien, et pour le moment, elle n'avait eu comme réaction qu'une petite larme parcourant son œil droit. Cela ne signifiait en aucun cas qu'elle s'était directement rangée du côté de l'empathie, puisque son poing gauche, lui, serrait ses doigts encore fragiles (fragilité du à l'arrachage d'ongle que Naya a subi à Mytsbel) , indiquant qu'une haine pulsait dans ses veines. Les deux Naya restèrent un moment ainsi, l'une sanglotante, l'autre totalement désemparée et méfiante. Oui, elle éprouvait de la méfiance envers son passé qui semblait alors pouvoir ressurgir d'un moment à l'autre. Puis, d'un mouvement brusque et vif, la gamine sauta en l'air, projetant tout les livres qui l'engouffraient jusqu'alors. Elle ne pleurait plus, elle affichait juste une expression totalement vide. Elle resta immobile, debout au milieu de la pièce, puis, sans prévenir, s'enfuit en courant dans la porte de droite. L'Ulfurbe, d'autant plus étonnée, se releva péniblement. Elle était restée ainsi trop longtemps à la fixer et ses jambes étaient devenus toutes engourdies. Il fallait qu'elles s'activent maintenant, car la gamine filait à une vitesse folle ! L'Ulfurbe faillit trébucher avec cette montagne de livres. Une fois arrivée à la porte, elle constata qu'il y avait un long couloir d'une trentaine de mètre, tout aussi sombre qu'avant. Cependant la porte du fond était entrouverte, signe que la fille s'était bel et bien échapper par là, et laissait donc un rayon éclairé le couloir d'une même lumière immaculée.

Naya emprunta ce dernier. La musique de son père qui était encore présente était composée de plus en plus de bruit de percussion et devenait donc de plus en plus énergique à chaque pas que fit l'Ulfurbe. Cette dernière reprit constamment confiance en elle. Elle était prête à découvrir ses ténèbres et à enfin faire face à son passé qui sommeillait dans les tréfonds de son âme et qui la dévorait de l'intérieur. Oui...Elle remercia son père fugitivement, elle n'aurait pas pu espérer une plus belle occasion pour pouvoir mettre les choses aux clairs dans son esprit. Lorsqu'elle ouvrit la porte, une intense lumière faillit lui brûler la rétine. Après avoir retrouver l'usage de la vue, la jeune Ulfurbe fut totalement abasourdie ! Devant elle s'offrait un décor des plus exotiques : un paysage semblable Îles Azurées mais inhabité, beaucoup plus sauvage ! Ces blocs de terres volants étaient invraisemblables. En plus d'être gigantesques et de formes les plus étranges les unes que les autres, ces îles avaient une faune et une flore particulièrement développées et qui étaient inconnues à Naya. Certaines étaient minuscules cependant, et d'autres étaient reliées par diverses lianes. Il y en avait même une qui faisait chuté une immense cascade. Le son de la flûte double se mariait particulièrement bien avec ce décor totalement ouvert. Ce dernier contrastait derrière avec le dernier endroit de ce monde illusoire...Serait-il associé à la partie aventure de la vie de Naya ? Le manoir signifierait donc le moment où elle était renfermée dans les livres, le couloir et la porte symboliserait sa fugue pour finalement se retrouver dans l'aventure ? Cet endroit est magnifique mais dangereux, semblable aux dangers de ce monde et à la vie d'une aventurière...Quoiqu'il en soit, l'Ulfurbe se sentait beaucoup mieux dans ce genre d'environnement. Les grands espaces ouverts lui étaient préférable, car directement associé à la liberté. Ici, elle pouvait sentir le vent caresser son épiderme, et la mélodie de la flûte double était en parfaite harmonie avec ce dernier. Mais malgré tout, la jeune femme eut un léger flottement en voyant le vide en dessous d'elle. Sa quête pour la sérénité intérieure n'allait probablement pas être facile, mais elle était prête. Prête à faire face à elle même.


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Dim 28 Mai - 23:18
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Ulfurbe - Celus - III
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Beaucoup vent faisait danser les milles feuillages des îles volantes. Naya aperçu une échelle faite de cordelettes juste après le seuil de la porte, où le couloir se terminait. Elle ne pu cependant pas distinguer ce qui se trouvait en bas, un nuage épais l'en empêchait. C'était de toute façon la seule issue : l'enfant n'aurait pu partir que par ici. Mais que faire d'une échelle lorsque l'on a des ailes ? L'Ulfurbe déploya les siennes lorsque soudainement, elle réalisa qu'elles étaient bloquées. Le sortilège peut aussi influencer ses capacités ? Après avoir essayer maintes et maintes fois, elle ne put changer la donne.

C'était avec une certaine appréhension que la femme descendit dans le vide par l'échelle. Soufflée par l'air tumultueux des îles sauvages, elle s'accrochait du mieux qu'elle put à la corde qui la faisait balancer dans tout les sens. C'était du suicide. Sur le moment elle voulut revenir mais la musique la galvanisa. D'un côté, elle reprit confiance en elle. Son père était là et il la soutenait, cette fois-ci. Mais d'un autre côté elle se surprit à le prendre en repère, elle qui l'avait tant détesté. Néanmoins cette réflexion se dissipa rapidement lorsqu'une bourrasque lui fit rappeler dans quel pétrin elle était. Elle descendit peu à peu, s'engouffrant dans la brume avant de découvrir que l'échelle donnait sur une autre île volante. Une fois qu'elle eut atterrit, elle découvrit l'endroit. Deux grands arbres formaient un arc avec leurs branches, comme pour représenter une entrée. L'île était assez grande, elle comportait même une petite forêt qui paraissait très dense. A l'orée de cette dernière, se trouvait un petit endroit très mystérieux. Bordé par des rochers, différentes marques étranges en recouvraient le sol. La petite lië'ja ne se trouvait pas ici...

Soudainement, la musique apaisante fut troublée par un grondement sourd. La terre trembla. La masse rocheuse alors s'anima par magie et construisit un être vivant de toutes pièces, un golem. Il était gigantesque. Il devait bien faire trois fois la taille de Naya et la largeur n'en parlons pas...Plusieurs blocs de pierres formaient ses deux énormes bras tandis que la tête semblait ridicule à côté. Dans cette dernière se trouvaient deux trous où luisait une étrange lumière verte. Sans prévenir, un des deux bras s'activa, et se propulsa en direction de l'ancienne lië'ja qui esquiva d'une roulade. Son père voulait-il la tuer ?! Tout paraissait si réel à ce moment-là. Une troisième cavité apparut dans la tête du golem et sortit une voix dissonante.

- Être, comme le vent !

Être comme le vent ? Oui, cela faisait probablement référence au souhait de Naya à devenir insaisissable et le monstre aux dangers de son aventure. Eh bien apparemment, elle allait devoir le mériter à présent. La mélodie prit un tout autre rythme : plus énergique sur les percussions. Le combat commença. Malheureusement, il débutait mal. L'Ulfurbe ne put qu'éviter les attaques du monstre. Heureusement qu'il était massif, cela rendait ses mouvements lent et donc facilement prévisibles. Cependant si jamais il viendrait à la toucher, elle ne pourrait en aucun cas encaisser une telle claque. Alors qu'elle suivait du regard chacun des gestes de son adversaires, la femme se demandait comment elle allait bien pouvoir mâter ça...Elle n'avait aucune arme sur elle et il n'y en avait pas aux alentours. Quel est donc ce stupide test ? Allait-elle devoir se débrouiller à mains nues ? Peu importe, il n'y avait aucun autre moyen de toutes façons. Après avoir échapper à un énième assaut du mastodonte, la souple Naya monta sur le bras de pierre. Elle alla ensuite sur son épaule puis une fois la tête atteinte, elle tenta de la disloquer du reste de l'ensemble de toutes ses forces. Rien y fait et le monstre répliqua en l'expulsant au sol à toutes vitesses. Blessée mais loin d'être vaincue, elle se galvanisa. Frapper fort n'était pas dans ses habitudes : elle se contentait de la précision, mais cette fois-ci elle n'avait pas le choix. Elle fonça rapidement sur le golem, oui, c'était à elle de charger maintenant. La masse n'eut pas le temps d'agir et Naya savait pertinemment ce qu'elle allait faire. Elle avait repérer une petite brèche entre deux blocs de pierres sur le torse du monstre. Peut-être que si elle parvenait à frapper suffisamment fort sur ce point précis...Oui, elle ne voulait pas croire que ce plan faillirait. Elle miserait tout sur ses jambes, qu'elle savait bien plus solides que ses poings. Une fois qu'elle fut à une distance adéquate, elle bondit à mi-hauteur et plaça ses pieds en face, le plat en avant. Telle une fusée grâce à l'élan et à une force qu'elle ne connaissait pas, le choc réussi à exploser littéralement le golem. L'ennemi à terre, elle eut besoin d'au moins quelques minutes afin de se remettre de l'impact. Cependant elle rouvrit les yeux pour voir que l'adversaire était de nouveau assemblé, debout, prêt à combattre à nouveau. Bordel mais que lui fallait-il ?! La rage redressa l'Ulfurbe prestement. Sa première intuition était la bonne : c'était la tête qu'il fallait visé et non le cœur. Elle serra ses poings, puis fit un pas et un autre. Sa marche, sa course, son sprint se fit de plus en plus rapide. Bien trop rapide pour que cela ne vienne que d'elle-même. Elle fit un bond gigantesque bien plus haut que le monstre puis atterrit telle une comète sur ses épaules. L'impact le fit basculer un moment mais les deux ne tombèrent pas. Un sourire se dressa sur le visage de Naya. Elle en était sûre, cette fois-ci était la bonne. Agrippant le crâne rocheux, elle déferla sa magie d'absorption sur lui. Ce dernier lâcha un hurlement affolant. Usant du plus de magie qu'elle put au même moment, elle réussit à disloquer sa tête, la souleva fièrement vers le ciel. Elle avait vu juste : l'énergie vitale qui émanait dans ces blocs de pierres était entièrement relié au crâne.

Étalée dans cet amas rocheux, Naya reprenait son souffle. Quelle était cette force qui l'avait aidé ? Probablement tout comme il l'avait empêché de déployer ses ailes, ce sortilège puissant où elle était piégée lui avait aussi permis de découvrir des aptitudes...L'Ulfurbe se releva péniblement et agita sa tête dans un regard circulaire. Sa représentation enfantine était là, immobile au bord de l'île, fixant Naya.

- Pas mal...lui lâcha-t-elle d'un ton amusé.

Ce faisant, elle sauta tout simplement dans le vide. La lië'ja déchue écarquilla les yeux devant la brève action. Cette gamine était-elle folle ?? Puis elle sourit. Oui, elle était sûrement complètement atteinte, tout comme la femme de 28 ans qu'elle allait devenir. Elle alla inspecter le bord de l'île. On ne pouvait rien distinguer en dessous...Les nuages étaient omniprésents dans cet endroit, elle devait se trouver à une hauteur relativement élevée. Naya ravala sa salive. Donc il fallait qu'elle saute désormais ? Une gamine de 8 ans l'avait fait, de quoi devrait-elle avoir peur ? Hum...De toutes façons il n'y avait aucunes autre solutions, aucuns autres chemins...La peur du vide...Cela ne la concernait pas ! Elle laissa son enveloppe corporelle choir librement dans l'inconnu. Une exquise sensation vint fugitivement effleurer son épiderme et son cœur. Puis après avoir traversée la brume, elle atterrit sur une espèce de gigantesque champignon faisant office de trampoline.

En se relevant, elle découvrit qu'elle était désormais sur une île relativement étroite et petite. Elle ne devait faire qu'une trentaine de mètres de diamètre. Aux bords se dressaient quelques arbres et rocher mais de l'autre côté au fond il y avait tout de même une petite cascade avec un petit point d'eau. Alors directement les muscles de l'Ulfurbe se crispèrent. La vision qu'elle eut la figea. Au milieu de l'eau, sous la petite cascade chancelante se trouvait Sen, entrain de se baigner. Agitant délicatement ses mains pour laver son corps, la sublime guerrière chantonnait quelque chose. Elle n'avait pas l'air d'avoir remarqué la présence de Naya, ou plutôt, elle savait pertinemment qu'elle était là et attendait le bon moment pour prendre la parole. La mélodie qui résonnait encore dans la tête de la femme rendait la scène tout bonnement irréelle. Cette dernière était d'ailleurs plus calme, le côté musique guerrière d'auparavant avait totalement disparu. Dans une tension morne qui emplissait l'atmosphère de la petite île, Sen finissait sa douche tranquillement, sans se soucier de l'éventuelle invitée indésirable. Bordel mais qu'est-ce que ce merdier pouvait bien vouloir dire ? Naya réfléchissait à la suite logique des événements. Après la fugue et l'aventure, se trouvait sa vie de courtisane puis les retrouvailles avec Sen...Cela explique donc la présence de cette personne et sa nudité.
- Toi, l'impudente...qu'est-ce que tu cherches ? lui lâcha-t-elle en rompant l'onirisme de la scène. Son interlocutrice resta pétrifiée tandis qu'elle sortit de l'eau. Alors, tu arrives à dormir la nuit ? Car je t'avouerai que moi je trouve le sommeil un peu trop long...Tu sais...celui où tu m'as ôté la vie ! Son regard perçant et sa voix tranchante étaient semblables à des flèches de lië'ja. Peux-tu me dire pourquoi tu aurais le droit à une seconde chance...ALORS QUE MOI JE POURRIS DANS CE PUTAIN DE BERCEAU DES MERVEILLES ?! A ces mots elle s'approcha vivement de la femme. Je t'en foutrai moi des merveilles ! Elle l'agrippa les cheveux en lui criant dessus. J'ai fais tout ce chemin... j'ai abandonné ma famille... j'ai quitté mon fiancé pour toi ! Et toi ? Qu'est-ce que t'as fais en échange ?! Tu m'as tué !! Elle ne put contenir un débordement de rage et vint gifler fortement l'Ulfurbe, puis, elle lâcha un rire nerveux. Et depuis que t'es revenu à la vie, tu n'as rien su faire...Tu n'es qu'une loque, lui lança-t-elle en rigolant. A part te bourrer la gueule peux-tu me dire qu'est-ce que t'as foutu ?! Tu n'es vraiment qu'une moins que rien...Ton père a eut raison de me préférer ! Lui fit-elle pour finalement l'achever.

Ses paroles avaient été aussi coupantes que le métal et avaient entaillé le cœur de Naya, mais elle s'était tue. Elle savait bien ce qu'elle avait fait. Elle resta tout le temps immobile lorsque Sen lui balança une rapière.

- Mais bon...ce n'est pas tout les jours que l'on croise son meurtrier, haha ! Allez...on va s'en payez une bonne tranche...dit la lië'ja complètement nue sur un ton défiant.

l'Ulfurbe s'empara de l'arme et se remit peu à peu des violentes reproches de l'autre. Et dire qu'à un moment elles s'étaient aimées...Elles se fixèrent quelques minutes avant de se battre afin de savourer le visage qu'elles avaient tant aimé, le visage qu'elles allaient détruire. Les percussions revenaient peu à peu...comme pour dire que Seito était là, quelque part, et regardait la scène du coin de l’œil. Une voix retentit à nouveau, dans le vent et la mélopée :

- Se mouvoir, plus vite !

Une douce lueur animait les pupilles de Sen. Dès lors, elle fonça sur Naya, rapière à la main. Une vive esquive la sauva, tandis qu'elle contre-attaqua. Le bruit du métal claqua dans l'air, au rythme du tambour. Agitant toutes deux du poignet habilement la lame effilée, elles cherchaient une faille dans la garde adverse. Parfois dans un sursaut, elle faillit, mais la lame ne trouvait à chaque fois que l'air à transpercer. Car en plus d'être des adeptes de l'escrime, les deux étaient rapides, et se connaissaient très bien. L'affrontement continuait à semer son trouble sur cette île sauvage. Frôla de peu le coup d'estoc de son opposante, Naya commençait à se fatiguer. Elle était déjà secouée par son ancien combat et Sen s'avérait être une guerrière des plus redoutables. Elle était une des personnes les plus rapides que l'Ulfurbe avait rencontré.

-HAHAH !! Tu es trop lente petite Ulfurbe...Tu devrais faire plus attention au retour de bâton lorsqu'il s'agit de ton passé ! lui dit-elle en se reprenant à sa posture de parade.

La jeune femme se remémora de toutes les fois où elles s'étaient battues. Effectivement...Sen avait toujours été la plus vive. Son regard grisâtre, emplis de désarroi regardait le ciel. Au final, elle avait tout fait pour quitter à tout jamais son ancienne vie...et la voilà, avec son père, avec sa bien-aimée, les deux personnes qu'elle déteste le plus au monde. Elle soupira puis ses yeux se posèrent sur le sol, puis sur son arme. Elle la serra contre son cœur. S'il faudrait tuer encore pour sa liberté, elle le fera. Se galvanisant par cette pensée, l'ancienne lië'ja s'élança dans les airs d'un bond en avant. Puis, elle pointa sa lame vers son amante d'autrefois. Son attaque était certes précise, mais elle manquait de rapidité. Sen n'eut aucun mal à l'éviter, dans un rire récalcitrant.

- Encore manqué ! s'amusa-t-elle à remarquer.

Non blessée par les invectives de son ex-compagne, Naya se redressa à nouveau. Elle avait suffisamment joué avec ses nerfs. Elle l'avait suffisamment rabaissé. La rage attisée, la femme s'élança à nouveau, et, une fois qu'elle eut été au contact de son adversaire, elle disparut. Dans une fraction de seconde, la rapière était plantée dans le dos de Sen, tel un éclair invisible. Derrière elle, l'Ulfurbe chuchota doucement à l'oreille de la nue, se délectant de son meurtre.

- Ne soit pas triste, mon amour. La mort, tu la connaît et tu y retournes juste. Mais cette fois-ci tu y resteras. Tu ne seras plus le fantôme qui hante chacun de mes pas.

L'âme bafouée, l'image de Sen disparut à tout jamais. Un ténébreux sourire se dessina sur le visage de la criminelle. Peu importe ce que pensait son père là-dessus, pouvoir faire taire l'esprit de sa victime encore une fois était tout simplement exquis. Le cœur léger, la femme dit adieu une dernière fois au visage de Sen dans sa tête. Puis elle se reposa un peu. Cette rapidité dont elle avait fait preuve lui était elle aussi inconnue...Cet endroit illusoire avait donc des répercussions bien étrange sur ses capacités...Mais en plissant les yeux pour apercevoir au loin ce qui lui semblait être un chemin de petit cailloux flottants, la jeune femme conclut que cette aventure personnelle n'était pas encore finie. Elle se releva puis quitta la petite île pour emprunter ces rochers volants. Sautant d'un à un elle constata qu'ils l'emmenèrent plus haut cette fois-ci, vers ce qui lui semblait être une troisième île. Après être montée péniblement, la jeune femme souffla quelques temps, les mains sur les genoux, elle était vraiment à bout de force. Quand est-ce que tout ça allait se terminer bordel ? En relevant la tête, elle remarqua que cet endroit était bien étrange. Déjà, il n'y avait aucun arbre ni rocher. Ensuite, il y avait un arc et six flèches disposées au milieu. Cette île était d'ailleurs tout aussi petite que celle d'avant. Naya cherchait à comprendre. Après son meurtre, il y avait sa mort. Elle ne saisit pas pourquoi il y avait cet armement. Mais lorsqu'un visage d'Ulfurbe apparut au loin, la femme comprit tout de suite le nouveau test qu'elle allait passer. Il allait être consacré à sa nouvelle race.

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Lun 5 Juin - 13:18
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Ulfurbe - Celus - III
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Un violent coup de paume sur le tambour vint annoncer l'apparition d'une silhouette obscure sur un rocher volant, en hauteur et éloigné de l'île. En s'attardant sur cette forme étrange, Naya aperçu un homme à la peau et aux vêtements sombres. Deux grandes cornes saillaient de son front où une tignasse ténébreuse reposait. Un sourire courbait ses lèvres tandis qu'elles s'ouvrirent pour briser le silence.

-Regardez moi ça...c'est l'insecte de l'autre fois !
lança-t-il dans le vide.
-Oh...cette minable...

Une seconde voix d'homme vint répondre au premier. D'une attitude circonspecte, Naya s'agita quelques secondes en cherchant d'où elle provenait. Elle remarqua alors un second rocher flottant où était le second homme. Il semblait plus grassouillet que le premier et avait une bouteille à la main.

-Ces gars me disent quelque chose...songea la femme. Puis, se tournant vers eux, gueula. Eh !! Qu'est-ce que vous voulez !?

Après avoir échangé un regard moqueur avec son congénère, le premier ulfurbe lança à Naya :

-Arrêtes ta beuglante...tu commences à me faire pitié...en fin de compte non...c'est même pas de la pitié c'est pire...Il tourna sa tête vers le second homme comme pour lui demander du regard ce qu'il en pensait. Tu vois c'que j'veux dire ?
-Ouais ! Je vois ! C'est du dégoût ça !


Naya ne savait pas trop quoi dire. En vérité elle les trouvait quelques peu ridicules. Cependant un point l'agaçait : elle les avait vu quelque part mais ne se souvenait pas où et quand. Mais lorsqu'elle réfléchissait, une troisième voix apparut et ce fut cette fois-ci un grand gaillard qui était perché, assis sur son rocher, la toisant du regard.

-Eh les gars arrêtez ! Au moins elle pourrait servir de vide-couilles pour notre race ! Un rire peu gracieux vint ponctuer l'immonde salacité de la phrase.

Naya reconnut tout de suite cette troisième voix et réalisa qui ils étaient. Il n'y avait aucun doute, ils font partie des ulfurbes qu'elle a côtoyé à Basinshear. Non raisonnablement sous l'emprise de l'alcool, les ivrognes et la femme avaient ensuite quitté le casino pour allez à "La Pinte Maudite", une taverne de la Forteresse. Cependant le lendemain quand ils n'étaient plus éméchés, les hommes ne s'étaient guère montrés cléments avec elle. Et comme elle n'était qu'une simple Malum à cette époque, ce fut même un véritable lynchage qui s'était produit. A ce souvenir, la colère montait peu à peu dans le corps de Naya. Cette moquerie avait été très désagréable...et elle continuait maintenant.

-Héhé, on dirait qu'elle vient de se souvenir de qui nous sommes...
-De toutes façons ce n'est qu'une incapable..regardez là ! Elle pense encore à son ancienne vie !
-Oui, elle fait encore partie des lië'jas, c'est sûr !


-Non ! C'est faux ! Regardez, je viens d'en combattre une !


-Elle dit qu'elle en a combattu une mais ce n'était qu'un fantôme !
-Oui, elle cherche à nous convaincre mais elle ne sera jamais une Ulfurbe accomplie...
-Tellement naïve...


-Mais écoutez moi !!
Le corps de l'ancienne lië'ja tremblait et s'agitait. Le regard vers le haut, vers ses trois tourmenteur, Naya voulait qu'ils la croient enfin. Cela semblait peine perdue, ce véritable procès était à sens unique, même si un espoir un peu louche brillait dans ses pupilles.

-Puis vous vous souvenez de quand elle était bourrée ?
-Oui !! Elle était tellement niaise !!
-Faudra faire attention la prochaine fois...Si se bourrer la gueule revient à se laisser embobiner par ce genre de cloportes non merci !


Ces rires, ces invectives...Tout ce discours porté envers sa personne, et ce comme si elle n'était pas là commençait sérieusement à l'exaspérer.

-ARRÊTEZ !! fit-elle dans un cri de rage.

Dès lors, ils semblaient la prendre en compte comme une personne à part entière. Mais après avoir tourné la tête vers elle, la mine étonnée, ils éclatèrent tous de rire. C'est alors que l'un deux lui annonça :

-Ah ça non...Respirer le même air que toi est suffisamment insultant...Allez...Exterminons cette vermine insignifiante !


A ces mots, il fit apparaître du feu dans sa main, puis lança le jet enflammée en direction de Naya. Cette dernière eut le temps de l'esquiver de justesse. C'est à partir de ce moment-là que les trois affreux invoquèrent projectiles magiques sur projectiles magiques. Les attaques fusèrent sur l'ancienne lië'ja tout comme les injures l'avaient fait auparavant. La pauvre petite île volante fut criblée de projectiles en tout genres tandis que Naya esquiva à peu près les divers ensorcellements. Cette chance allait-elle continuer ? Quoiqu'il en soit dans une roulade elle prit l'arc et les six flèches qui étaient disposées au centre. Apparemment son père voulait l'évaluer au tir. Quelle drôle de retrouvailles...Un sourire amer apparu sur le visage de l'Ulfurbe. Une fois qu'elle se serait occupée de ses tourmenteurs elle irait volontiers lui botter le cul, à son père.

Mais la situation lui ôta rapidement ce sourire fugace. Elle était la proie de ces messieurs mais comptait bien leurs retourner la pareille. Elle décocha une première flèche sur le grassouillet, sans succès. Puis une deuxième, encore rien. Ces deux premiers échecs provoquèrent le fou rire de ces malfrats. La situation était critique pour Naya. Il ne lui restait plus que quatre flèches et son ire la déstabilisait trop. De plus, la distance entre eux et elle était bien trop grande, et ce, malgré que la précision soit le point fort de la femme. Cependant dans ce tumulte qui tournait à son désavantage, une voix qui semblait omniprésente vint la soutenir au rythme de la musique.

"Calme-toi, respires...Concentres-toi sur tes adversaires et leurs attaques."

Bien plus apaisée qu'auparavant, l'ancienne lië'ja ne se demanda pas de qui provenait ces douces paroles : elle reconnut instantanément la voix de son père. Il avait raison. Ne se posant pas plus de questions que cela, elle s'agita moins qu'avant, n'usant de son énergie seulement pour éviter les projectiles magiques qui pouvait la toucher. Eux-aussi avait du mal à viser juste à cause de la distance, cela facilitait les choses. Puis, dans un calme imperturbable, la femme éleva à nouveau son arc vers le ciel. Alors qu'elle visait, la voix suave résonna encore dans sa tête.

"Vois, plus loin !"

En entendant ces mots, la pupille de Naya se rétrécit de façon impressionnante. Dès lors, elle put observer sa cible avec une précision déconcertante. La flèche fila dans la gorge de l'homme. Désappointés par l'élimination de l'un des leurs, les deux autres s'échangèrent un regard entre la peur et la colère. Le déferlement magique se multiplia...mais la colère n'est pas le bon moteur pour viser dans le mile. Désormais totalement sereine, l'Ulfurbe pris une autre flèche et mis à terre le second ivrogne qui dégringola dans le vide. Le troisième quant à lui tenta d'user de toute sa capacité d'ensorcellement en une seule attaque. Mais alors qu'il préparait son coups, la pointe meurtrière vint transpercer sa trachée.

A bout de forces, la tueuse était agenouillée au centre de la petite île. Le sol rocheux avait été très abîmé par les différentes explosions magiques, mais le tout avait tenu bon et était resté en place. Tout comme l'ancienne lië'ja. Elle regardait la pierre. Jamais plus elle ne laisserait les gens l'insulter de la sorte. Ses yeux vinrent ensuite se poser sur la petite fille qui était apparue au bord de l'endroit, proche de vide. Naya alla s'asseoir à côté d'elle.

-Tu m'as bien baladé..toi...lui fit-elle avec un sourire de soulagement. La gamine restait enfin calme et ne partait pas dans tout les sens...Cela signifiait-il que cet espèce de test était fini ? L'avait-elle réussi ? Une chose est sûr, elle demanderai des explications à son père.

-Tu sais je veux pas forcément d'un avenir forcément WOUAW...Mais j'ai comme l'impression que tu as fait n'importe quoi de notre vie.

Cette phrase surpris l'Ulfurbe. Elle baissa les yeux et s'interrogea alors sur sa propre existence.

-Il est vrai que notre histoire est un sacré foutoir, je l'admets...Mais...C'est à cause de nous. Naya regarda Naya droit dans les yeux.
-A cause de nous ?! A cause de toi plutôt. Moi je ne suis que ton enfance. Tu as tout gâché pour ton rêve de liberté. Tu as tout gâché pour ces pulsions qui te dévorent peu à peu !

La jeune femme eut une mine désemparé. Elle voyait tout à fait ce qu'elle voulait dire par "pulsions" même si elle n'avait jamais mit de mot la dessus auparavant. Cependant elle n'avait pas non plus l'impression d'être soumise à ces dernières.

-Tu ne comprends pas...Je ne me sens pas dévorée par ces pulsions...Je les laisse juste librement s'exprimer. Oh tiens...mon rêve de liberté !
-Regardes-toi ! Tu es devenue complètement folle !! Je ne veux pas de ça !!

La gamine indignée se leva prestement. Elle recula de quelques pas, dégoûtée d'elle-même, de ce qu'elle allait indéniablement devenir. C'est alors que son avenir se leva elle aussi puis la prenant dans les bras pour la calmer, lui chuchota :

-Calmes-toi...tout vas bien allez...N'aies pas peur...

-Lâches-moi ! Sale monstre !

L'Ulfurbe était sereine. Toute la haine qu'elle éprouvait auparavant envers son passé avait complètement disparu. Elle était totalement rassurée, contrairement à la petite qui tentait de se débattre en vain. La femme avait une emprise totale sur son ancienne vie. Mais alors qu'elle la souleva et marcha au bord de l'île, l'enfance de Naya se demanda apeurée où l'Ulfurbe les emmenaient.

Un pas dans le vide et elles chutèrent toutes les deux. Naya tomba du monde illusoire.

...

Une douce caresse vint rappeler la jeune femme à la réalité. Elle ouvrit les yeux. Devant elle il n'y avait plus la petite fille, mais des animaux. Puis, après quelques secondes d'incompréhension, elle recouvrit totalement ses esprits. Elle était adossée au rocher où était assis son père. Il continuait de jouer de la musique, tranquillement. Les petits oiseaux s'étaient attroupés vers lui et quelques uns étaient sur le corps de l'Ulfurbe.

-Père...
dit-elle simplement, encore engourdie.

Les oiseaux et Seito continuaient leur mélodie. Et comme il ne lui répondit pas, Naya se releva brusquement, faisant partir les animaux qui étaient jusque là paisible.

-Père, écoutez-moi,
lui fit-elle avec plus de fermeté cette fois-ci.

C'est alors qu'il cessa de souffler dans sa flûte double, puis fixa ses prunelles jaunes dans celles de sa fille.

-Qu'il y a-t-il, mon enfant ? Que veux-tu rajouter de plus ? Tu es parti, tu as choisi ta route. Tu es désormais une tout autre personne que celle qui nous a quitté il y a si longtemps...

-Est-ce tout ce que vous avez à me dire après tant d'années ? Et ce test ? Et Sen ? Et ma transformation ? Naya avait le regard crispé lorsqu'elle l'interrogeait. Lui cependant gardait son allure flegmatique.
-Sen n'aurait pas dû mourir...Et toi...tu as renié ta famille, tes amis. Tu as renié les tiens, la Nature...A part ces oreilles, tu n'as plus rien à voir avec une lië'ja. Inutile de te dire que mon cœur se serre à chaque fois que je pense à ce qu'il s'est passé. A ces mots, il ferma les yeux et fronça les sourcils, empli de désarroi. Mère Nature, pourquoi les événements ont pris une tournure si tragique ? Pourquoi ma fille n'a-t-elle pu échapper au Mal ? En posant ces questions au Monde, il laissa quelques larmes tomber, puis après quelques instants de profond silence, il reprit. L'illusion n'était là que pour révéler ce qui sommeille en toi. Cela concerne autant tes capacités, que ce qui te perturbe. Je ne vais pas te donner de leçon, cela ne servirait à rien. Néanmoins saches que la voie que tu t'apprêtes à prendre est sinistre et ténébreuse...

Naya était restée immobile. Attentive au moindres mots, à la moindre nuance dans l'intonation de la voix de son père. Puis comme un sourire étirait les lèvres de la femme lorsque le lië'ja eut terminé, elle répondit dans une certaine sérénité.

-Allons père...Pas besoin de vous mettre dans cet état. Son sourire s'estompa alors elle prit une voix plus sérieuse. A un moment je vous détestait, oui. Mais grâce à vous j'ai enfin pu mettre les choses au clair dans mon esprit. Je dois vous remercier...Elle s'agenouilla, toujours en parlant mais cette fois-ci une certaine tristesse put se ressentir dans ses dires. Oh, si vous saviez tout ce que j'ai vu pendant mon existence...Et même après...Si vous saviez à quel point mon âme a pu être tourmenté...Ce passé qui me dévorait tant s'est enfin dissipé. Vous dîtes que mon chemin sera sombre, mais moi je le voit limpide à présent, et ce grâce à votre aide.

Les yeux de Seito s'humidifiaient de plus en plus, mais une once d'étonnement se lisait sur son visage.

-Je vois que le péché était déjà bien ancré en toi...Mais désormais il ne te tiraillera plus. Ton âme est lisse à présent. Je n'ai pas pu empêcher les ténèbres de te corrompre, ma fille, mais j'ai au moins pu rendre ton cœur apaisé. La route que tu vas tracer, aussi sombre soit-elle, ne tourmentera plus ton âme...

Comme l'homme se redressa, Naya fit de même. Il semblait sûr de lui mais prit d'une certaine amertume. Quelque part il s'en voulait de les avoir laisser, elle et Sen, partir à l'aventure. Mais qui aurait pu prédire que les événements se dérouleraient ainsi ? Il prit sa flûte double et son tambourin puis fit quelques pas dans l'herbe sèche. Alors qu'il tournait le dos à sa fille, son buste pivota en arrière et son regard se posa une dernière fois sur l'ulfurbe.

-Prends cela comme la dernière preuve d'amour de ton père...Même si je sais que la Naya que je connaissais est morte. A l'avenir, je ne ferai aucune différence entre toi et un autre ulfurbe...Maintenant vas. Adieu, ma fille.

La femme regardait son ancien père partir en direction d'Eleshyë sans rien dire. Elle n'éprouvait aucune tristesse. Au contraire, son cœur était bien plus apaisée qu'avant. Elle ne sentit plus aucune entrave concernant son passé et n'avait en aucun cas l'impression d'être en proie à des traumatismes comme avant. Sen et son père n'étaient plus là. Naya tourna la tête dans la direction opposé au lië'ja. Son regard était tourné vers l'avenir désormais. Oui...le futur était tout ce qu'il comptait pour elle à ce moment-là. Elle n'avait pas totalement compris quand il avait évoqué la Naya morte...Peut-être parlait-il de cette petite gamine ? Quel était son nom déjà ? Tout cela n'avait plus aucunes importances pour la jeune femme. Et lorsqu'il parlait de noirceur, elle ne voyait qu'une simple liberté affirmée. Aussi, ses pulsions ne la mettraient plus dans un état nerveux désormais. Elle les laisserait tout simplement s'exprimer et agirait donc en fonction de ses envies.

Notre cher Naya se dirigea en direction du Continent des Abîmes. Le cœur léger, elle parcourrait ces terres encore inconnues pour elle. Le soleil se coucha et Naya s'enfonça dans l'obscurité. Bientôt, elle ne ferait plus qu'un avec ses ténèbres.

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Jeu 8 Juin - 18:34
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