MINI EVENT | Après la pluie ne vient pas toujours le beau temps

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Nanthun - Domum - II
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Un sol d’un bleu éclatant traversé par un globe incandescent et une mâchoire de tuile et de cheminées en guise de ciel. Le monde était presque plus ordonné ainsi. Même ceux qui déambulaient en bas collés à ce drôle de plafond paraissaient se mouvoir avec plus de légèreté qu’à l’ordinaire. Fyn souffla tranquillement et se redressa. Elle attendit que le surplus de sang ne quitte sa boite crânienne et récupéra son sac. Un dernier coup d’œil en contrebas pour se rendre compte que le monde avait repris ses teintes habituelles et elle quitta son perchoir à contrecœur. Sans perdre un instant, elle se faufila dans les ruelles les moins fréquentées pour éviter passants et gardes. C’était étrange de voir que la tempête qui avait frappé la Grand-Rue avait à peine ébranlé le calme de ce quartier plus aisé. Quelques-uns en parlaient avec effarement, d’autres feignaient l’indifférence, mais aucun mouvement sortant de l’ordinaire. A croire que chaque partie de la ville était hermétique à ses voisines.

Fyn enjamba une grille et se laissa tomber quelques mètres plus bas. D’une roulade elle encaissa sa chute. Satisfaite de son escapade, elle épousseta rapidement ses vêtements, massa ses chevilles et courut vers la Grand-Rue. Progressivement, l’atmosphère se chargea d’une lourdeur presque tangible. Ce n’étaient pas seulement les odeurs âcres de sang, de fumées, de fluides corporels en tout genre, ou encore les gémissements qui ponctuaient ici et là les martellements cadencés des patrouilles, mais quelque chose de plus viscéral. Une oppression qui engluait tout. Les murs s’effondraient au ralenti, les courses pour aller d’un blessé à l’autre étaient lourdes, les visages aplatis par cet air vicié. Fyn fermait tant bien que mal son esprit à toutes ses sensations mais rien ne pouvait empêcher cette sensation de plâtrer son ventre.

Devant un amoncellement de tentes de fortunes, elle trouva le responsable de cette partie de la rue en train d’écrire sur un bout de papier usé. Un monsieur tout en longueur, sec et nerveux comme une branche de saule.

-Ludan ! Je suis revenue !

Il releva deux yeux rouges et gonflés dans sa direction. Son visage était à ce point maculé de poussière qu’on aurait pu penser qu’il venait tout juste d’être exhumé.

-Ah, Fyn. As-tu trouvé quelque chose ?

Fyn déposa son sac devant ses pieds et en énuméra le contenu.

-Une miche de pain blanc, trois pommes, deux grappes de raisins… un peu écrasées… et un onguent. Je sais pas trop à quoi il sert mais je me suis dit que ça pourrait être utile…
-Tu as acheté tout ça ?
-Un peu de sauge aussi. Pour les ampoules ou les coupures. Aussi…
-Fyn.
-Ah, oui ! Une paire de chausse toute propre ! Toute noire pour pas qu’elles se salissent avec la poussière…
-Fyn…
-Et puis un morceau de fromage un peu rance et…
-Fyn !

Elle s’arrêta net pour le regarder.

-Quoi ?
-Tu as acheté tout ça ?
-Qu’est-ce que ça peut faire ?
-Ça fait. Alors ?
-Non ! Ça y est, tu es content ?

Elle croisa les bras et tourna la tête. Ludan se frotta les yeux.

-Je t’avais dit de trouver des choses. Pas de les voler.
-Je les ai pas volées ! Juste… Ils en ont pas besoin là-bas ! Alors qu’est-ce que ça peut faire d’où ça vient ?

Elle avait presque dit ça trop fort. Mais dans l’état où étaient les gens autour d’elle, ce n’était qu’un cri de plus parmi une mer de gémissements.

-Écoute Fyn. J’apprécie ce que tu fais. Vraiment. Mais tu dois comprendre que la récolte de nourriture ou de quoi que ce soit que dont nous avons besoin ici doit se faire dans la plus grande transparence. Nous devons nous entraider, pas nous piller les uns-les-autres.
-Alors pourquoi ils ont rien envoyé, hein ? C’est parce qu’on a rien à leur proposer qu’ils nous offrent rien du tout ?
-Il y a surement un tas de raison pour lesquelles les aides se font attendre…
-Les blessés eux ils peuvent pas attendre ! Je vais pas rester les bras croisés jusqu’à ce qu’ils se décident à faire quelque chose, quand même !

Il accueillit sa réponse avec un silence et jaugea ce qu’elle avait déjà sorti de son sac.

-Personne ne t’a vue ?
-Bien sûr que non ! Je suis pas une empotée !

Ludan ferma les yeux sur ce que cela impliquait et souffla.

-Bon, très bien. Va mettre ça dans la réserve, là-bas… Et Fyn ? Pas un mot, d’accord ?

Elle haussa des épaules puis se dirigea vers la tente qui faisait office de stock. Là, elle entreposa soigneusement les denrées qu’elle avait récupérées avec celles déjà présentes. Il n’y avait pas grand-chose. Quelques bandages déjà usés, des fioles de liquides brunâtres à moitié vide, et une trousse d’ustensiles médicaux. En terme de nourriture, on ne comptait qu’un pied de carottes bien trop maigres pour en faire quelque chose. Le reste avait déjà été utilisé.

En sortant elle adressa à peine un regard à Ludan qui était déjà retourné à son papier et se dirigea vers le centre de la Grand-Rue. Les relents infects charriés par le vent lui parvinrent bien avant qu’elle ait pu le voir. Une masse de muscles grisâtre prise d’assaut par des escadrons de mouches et lorgnée de loin par des corbeaux. On l’avait laissée là, la créature qui avait causé le plus de dégâts. Partout autour, les maisons avaient été réduites à l’état de ruines fumantes et les étals explosés en une multitude de planches éparpillées sur le sol. La terre était sombre autour de lui et tellement battue que de petits tourbillons de poussière se formaient à chaque coup de vent. Hormis un soldat qui tenait devant sa bouche un pan de sa tunique, personne alentour. Fyn se dirigea vers lui, masquant elle aussi son visage pour supporter les odeurs de putréfaction.

-Qu’est-ce qu’on va en faire ?
-Le bruler, très certainement.

Il n’avait même pas hésité. Il tourna ses yeux verts dans sa direction et lui demanda.

-Vous y étiez ?
-Oui. En quelque sorte.
-Vous n’avez pas l’air de vous en être trop mal sortie.
-On m’a soignée.
-Moi aussi. Mais je pense que je vais garder une sacré balafre dans le dos.

Fyn détourna le regard.

-Dans la tête aussi.
-Surement. Vu la boucherie que c’était…

Sa voix avait légèrement tremblé et un pli très léger s’était dessiné juste entre ses deux yeux.

-Vous vous en voulez ?
-Et pourquoi pas ? Mathieu, son métier c’était de faire du pain. S’il se trompait dans le dosage de la farine ou qu’il laissait le pain dans le four trop longtemps, il pouvait jeter ce qui n’allait pas et faire plus attention la fois d’après. Moi, je suis soldat. Mon métier c’est de protéger. Si je fais une erreur, je n’ai pas droit à une seconde chance. Et aujourd’hui…

Il toussa et fit un vague geste de la main. Fyn observa le monstre allongé sur le côté pendant un temps avant de répondre.

-Il y a d’autres qui sont toujours vivants.
-Ça ne change rien pour ceux qui ne le sont plus.
-Mais vous pouvez faire en sorte qu’ils ne suivent pas le même chemin, non ?

Le soldat la considéra un temps. Son regard se perdit sur ses oreilles.

-Vous vous êtes battue ?
-Oui. Et moi aussi j’ai pas pu protéger tout le monde…
-Je vois. A croire qu’ils nous ont laissé la partie la plus difficile.

Fyn hocha vaguement la tête. Elle resta un moment à contempler le monstre. Avec toutes les blessures sur son corps et le cataclysme qu’il avait provoqué autour de lui, nul doute qu’il avait fait montre d’une sauvagerie rarement vue. Le genre de chose qu’elle pouvait, au moins en partie, comprendre. Un ange avait usé de ses dons pour apaiser sa conscience en même temps que son corps, mais avec le calme étaient revenus les souvenirs. Ce n’étaient que des impulsions sans aucune pensée concrète derrière. Des bruits, des odeurs, des réactions instinctives, de l’excitation, le tout avec une incroyable précision. Qu’elle ait été capable d’une telle férocité la dépassait complètement. C’était une part d’elle dont elle ignorait la source et sur laquelle elle n’avait quasiment aucun contrôle. Et ça l’effrayait en même temps que ça l’intriguait. Un passage à Lières s’imposait surement.

-Bon. Je vais vous laisser. J’ai un rapport à faire.

Le soldat la tira de ses pensées.

-Hein ? Ah, oui, d’accord. Eh bien… Bonne chance.
-S’il ne s’agissait que de ça… Mais merci. A vous aussi.

Il jeta un dernier coup d’œil en biais en direction du monstre et partit en direction d’un des campements de fortune. Fyn préféra rester ici. Pas question de supporter le sang, les visages pétris par la douleur et la peur, les soigneurs débordés et les fosses creusées pour les morts. Elle l’avait déjà fait et ne se sentait pas prête à recommencer. Au lieu de ça, elle s’accroupit, déposa son menton sur ses genoux et s'accorda un temps de repos avant de repartir à la chasse aux objets utiles.

1508 mots. Récompense 4PC : 1 Endurance, 1 Vivacité, 2 Habileté + Point bonus : 1 Habileté. Merci ! o/
Jeu 25 Mai - 21:26
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Edsere - Praesium - II
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Elle aurait dû être à la fête bien plus tôt… Se pressant dans les rues, Anya laissait son bâton la guider tout en lui ouvrant la voie, les badauds esquivant instinctivement sa silhouette encapuchonnée. Elle avait beau essayer de rester calme, elle ne pouvait s'empêcher de maudire le destin ou, tout du moins, ses messagers sous la forme de deux de ses anciennes connaissances. Elle avait connu Elbert et sa femme lorsqu'elle faisait encore partie de la petite troupe de saltimbanques, pratiquement de la famille à ce stade. Alors quand elle avait trouvé l'edsere sur le pas de sa porte, elle savait que quel que soit son discours, elle acquiescerait sans réfléchir aux conséquences.

Elle ne les maudissait pas vraiment… Pas quand il était question du premier né du jeune couple et de la requête qu'il lui avait présentée. Sa femme avait demandé sa présence pour l'accouchement… Non pas qu'elle ait la moindre connaissance en plantes médicinales ou un quelconque don pour soigner qui que ce soit, loin s'en fallait, mais elle était une amie de longue date et représentait donc un soutien moral certain. Et c'est ainsi qu'elle avait perdu de précieuses heures. Heures durant lesquelles elle aurait pu gagner son public par exemple… Ce genre de festivités était du pain béni pour les gens comme elle. Des occasions rares durant lesquelles toutes sortes d'artistes de rues, saltimbanques et conteurs pouvaient se faire connaître ou, tout du moins, gagner quelques pièces de plus.

Elle avait été impatiente de pouvoir participer à la fête en temps que ménestrel, avec un statut social certainement meilleur que les fois précédentes où elle n'avait fait que profiter de la soudaine affluence pour mieux faire la manche… La jeune femme en était à osciller entre ressentiment pour ces occasions manquées et une étrange gratitude d'avoir été associée à un événement aussi rare et précieux. Elle était tellement partagée que l'attention qu'elle portait habituellement à son environnement était bien moins précis, au point où elle ne remarqua pas immédiatement que quelque chose n'allait pas.

Si sa cécité la préservait du spectacle de désolation qui s'offrait à elle, il n'en allait pas de même pour ses autres sens. On la bouscula brusquement, lui faisant reprendre subitement ses esprits et un mur de sons et d'odeurs se dressa face à elle. Il y avait des cris, des pleurs, des gémissements de toute part. La panique était partout et elle pouvait entendre les gens courir en tous sens, essayant de localiser un proche, un ami, un membre de famille… Mais au-delà de ces sons, il y avait les odeurs.

Celle de la poussière omniprésente, signe que des bâtiments avaient dû s'effondrer quelque part… Celle métallique, qui faisait grincer des dents, qu'elle identifiait comme celle du sang… Et celle, plus subtile et désagréable qui restait accrochée à la peau, une odeur qu'elle avait malheureusement aussi apprise à identifier. Celle de la mort… Anya n'avait aucune idée de ce qui avait pu se passer durant les festivités mais, figée au beau milieu de la rue, elle était désormais la témoin de son terrible résultat.

La tragédie avait encore frappé les siens. Elle semblait s'attarder un peu trop souvent sur eux de façon générale, malgré toute la bonne volonté qu'ils pouvaient mettre à tenir tête aux autres. Son peuple n'était pas vraiment faible, seulement différent. Et il n'était pas juste qu'il en paye ainsi constamment le prix. Elle qui avait pesté pour ne pas avoir été présente pour ces dernières festivités, réalisait peu à peu que ce délai lui avait très certainement sauvé la vie. Avec son handicap, elle aurait rapidement fait partie des victimes qui jonchaient la rue…

Restait à savoir ce qu'elle allait faire maintenant. D'aucun pourrait dire que la présence d'une aveugle sur les lieux d'une telle catastrophe ne ferait qu’alourdir la charge de ceux qui essayaient d'aider… Mais Anya n'était pas complètement impotente. Elle ne pouvait peut-être pas voir au sens conventionnel du terme mais elle discernait suffisamment son environnement pour pouvoir se déplacer librement. Même au beau milieu des gravas. Elle aurait juste à avancer un peu plus prudemment que d'habitude. Et si elle ne pouvait peut-être pas soigner les blessés ou soulever des rochers, elle trouverait tout de même une façon d'aider les siens…

Décision prise, Anya décida de continuer à avancer plutôt que de faire demi-tour et d'ignorer la détresse ambiante. Kochka, qui l'avait discrètement suivi jusque-là, se rapprocha d'elle et prit une forme bien plus imposante. Cela risquait peut-être de faire paniquer certaines personnes mais il pourrait plus facilement l'aider à avancer sous cette forme. La jeune femme le remercia d'un sourire, un peu voilé, et d'une vigoureuse gratouille derrière l'oreille. Gardant la main sur son col, elle apprécia la stabilité supplémentaire qu'il lui offrait, les nombreux débris la faisant régulièrement glisser par accident malgré la façon dont elle balayait le sol à l'aide de son bâton...

Elle n'avait pas fait une poignée de mètres lorsqu'elle entendit quelque chose d'étrange... Au milieu des cris, des râles et des bruits des bâtiments se stabilisant, elle avait cru entendre quelque chose d'un peu étouffé. Quelque chose de régulier surtout. La jeune femme s'immobilisa pour mieux entendre, penchant un peu la tête de côté, dans la direction dans laquelle il lui semblait percevoir cet étrange son. Rien ne se produisit durant quelques instants mais, juste au moment où elle allait reprendre son avancée et ranger l'incident dans un coin de son esprit, elle l'entendit à nouveau. Un raclement régulier, éloigné, étouffé...

Anya comprit brusquement de quoi il s'agissait. Se précipitant, tant bien que mal et non sans l'aide de Kochka, vers la source du bruit, la jeune femme se retrouva bientôt au niveau des ruines d'un bâtiment. A nouveau l'étrange bruit se fit entendre, permettant à l'aveugle d'orienter encore mieux son avancée jusqu'à ce que son bâton ne se heurte à des gravas plus volumineux que les autres. Elle le laissa tomber à ses pieds pour pouvoir explorer son environnement à l'aide de ses deux mains, cherchant à comprendre ce qui se trouvait devant elle.

La ménestrel se trouvait face aux ruines d'un bâtiment qui avait dû être une imposante maison à un moment donné. Si ses souvenirs de la zone, avant catastrophe, étaient bons, il s'agissait d'une ancienne boutique d'apothicaire. La partie commerçante était au rez-de-chaussée alors que la partie de vie était en fait à l'étage. Il ne restait que des gravas et des morceaux de murs effondrés mais, à genoux parmi les souvenirs malmenés d'un honnête commerçant, la jeune femme commença à frapper la pierre à intervalles régulier à l'aide du bout ferré de son bâton.


Toc – Toc – Toc – TocToc – Toc – Toc – Toc

La jeune femme attendit silencieusement, retenant son souffle, ses nerfs se nouant de plus en plus étroitement. Puis, brusquement, elle put entendre le son, reprenant la séquence qu'elle avait tout juste frappé. Ce qu'elle avait entendu étaient bel et bien des coups portés contre des débris. Il y avait bien un survivant coincé sous tous ses décombres. Le sang de la jeune femme se glaça dans ses veines. Il y avait quelqu'un coincé sous ces décombres et elle ne pouvait rien faire pour lui pour l'instant...

-A l'aide !!! Kochka, va chercher quelqu'un, n'importe qui...

Anya continua à appeler à l'aide pendant que son simédia s'occupait de trouver quelqu'un à même de l'aider. Au final, leurs efforts combinés furent payants et deux hommes se retrouvèrent aux cotés de la jeune femme. Tous deux d'âge moyen et solidement charpenté, un des deux ne pouvait s'empêcher de garder les yeux rivés sur Kochka. Ce dernier avait littéralement été trainé jusqu'ici par le félin...

-Hola, qu'est-ce qui vous arrive ?
-Il y a encore quelqu'un de piégé sous les décombres... Il faut qu'on fasse quelque chose !

A partir de là les choses s'accélérèrent. Si l'aveugle ne pouvait pas aider d'un point de vue logistique, elle resta là où elle était, communiquant à l'aide de coups avec la personne piégée. Il n'y avait rien à comprendre avec ces échanges de coups, pas de codes savamment élaborés, juste la certitude que quelqu'un l'avait bel et bien entendu et qu'il n'était pas seul. Et même si cela n'avait l'air de rien, c'était quelque chose d'important. Ce rayon d'espoir permettrait à la victime de tenir encore un peu, le temps que l'on puisse le secourir enfin...

Tout un groupe s'était organisé autour d'elle, se relayant pour déblayer les blocs, et une fine ouverture parvint à être ménagée à l'endroit où Anya échangeait avec la victime inconnue. Personne ne pourrait passer par là mais cela permettrait une arrivée d'air frais qui serait certainement le bienvenu. Tout le monde s'immobilisa quelques instants, observant cette ouverture avec une certaine trépidation et attendant la confirmation que tous leurs efforts n'étaient pas pour rien, quand un bras en jaillit brusquement. Cela provoqua une vague de cris de joie de la part de ceux qui déblayaient, leur faisant reprendre le travail avec d'autant plus d'ardeur.

De son coté Anya s'empressa de prendre cette main tendue dans la sienne, la serrant d'une manière qu'elle espérait rassurante. Jusqu'à maintenant, la jeune femme ne savait pas trop à qui elle avait à faire mais ce petit bout de personne lui permettait d'en savoir déjà un peu plus. Et ce même si elle ne pouvait rien voir... La main qu'elle tenait était relativement menue sans être vraiment délicate. Des doigts longs et des callosités laissant supposer un travail manuel régulier... Un individu jeune donc, probablement dans sa tranche d'âge, et travaillant durement. Probablement le jeune apprenti de l'apothicaire. Ou l'un de ses serviteurs...


-Ca va aller, on va te sortir de là... Comment tu t'appelles ?

Il n'y eut pas une réponse immédiate... Elle sentit que le propriétaire du bras était en train de bouger, cherchant probablement une position un peu plus confortable. Elle relâcha donc sa prise, lui laissant la possibilité de récupérer sa main et de rentrer son bras mais ce dernier n'en fit rien. Au contraire, il referma d'autant plus fort sa main comme s'il craignait qu'Anya ne disparaisse subitement. Ce qui pouvait se comprendre... La jeune femme n'avait aucune idée de combien de temps il avait passé seul et piégé mais elle aussi se raccrocherait ainsi désespérément au premier signe de liberté qu'on lui présenterait...

-Kern... Je m'appelle Kern.
-Enchantée Kern, cela fait du bien de pouvoir entendre ta voix. Je m'appelle Anya. Est-ce que tu es blessé... ?

La voix de Kern était effectivement jeune. Et un peu tremblotante, probablement dû aux circonstances. Anya essayait de garder une voix aussi posée et calme que possible, le but était de le rassurer autant que possible car même s'ils étaient parvenus à faire une petite ouverture, elle ne savait pas combien de temps le groupe allait mettre pour le libérer de sa prison de pierre.

-Je... Ma jambe... Je ne peux plus la bouger... J'ai mal à la tête aussi...

La jeune femme se mordit la lèvre. C'était à attendre, il aurait été miraculeux qu'il s'en sorte sans la moindre égratignure après avoir été enseveli sous tout un bâtiment. Malheureusement elle ne pouvait pas y faire grand chose pour l'instant... La bonne nouvelle était qu'il ne semblait pas souffrir de blessure ouverte, il l'aurait probablement dit. S'il ne perdait pas de sang, le groupe avait un peu plus de temps pour déblayer l'ensemble. La blessure à la tête l'inquiétait un peu plus... Ces dernières étaient traitresses et pouvaient parfois se révéler plus mortelles que prévu alors qu'elles paraissaient bénignes...

-Un médecin s'occupera de toi dès qu'on t'aura sorti de là, c'est promis. En attendant, si jamais ça empire, il faudra me le dire, d'accord ?
-D'accord...
-Kern, j'ai besoin de savoir... Est-ce que tu es seul... ?

Le gémissement que produisit le jeune homme brisa partiellement le coeur de l'aveugle. Sa main se resserra comme un étau sur la sienne mais elle se garda bien de dire qu'il était en train de lui faire mal. Au lieu de cela elle essaya de lui serrer aussi fort que possible pour lui transmettre tout le soutien dont elle était capable. Elle le sentit trembler et aux bruits étouffés qu'il produisait elle comprit rapidement qu'il était en train de pleurer...

-Tout va bien, prends ton temps. Tu n'es plus seul... Je n'irai nul part tant que l'on ne t'aura pas sorti de là. D'accord ? Tu veux bien me faire confiance à ce sujet... ?

Anya continua à lui parler d'une voix douce et apaisante jusqu'à ce que le bruit de ses sanglots se taisent et que l'étreinte de fer sur sa main se relaxa. Elle aurait voulu pouvoir interroger du regard le groupe d'homme qui les aidait mais elle ne pouvait pas abandonner Kern pour leur demander combien de temps ils pensaient mettre pour le libérer. Heureusement pour elle, ces courageux travailleurs étaient aussi malins et plein de compassion et l'un d'eux vint se pencher vers elle pour lui murmurer la réponse à sa question. Elle le remercia d'un mouvement de tête...

-Il... Il n'a pas tenu... Et... Je n'arrive pas à bouger et il me regarde toujours...

La jeune femme sentit un frisson lui descendre le long de l'échine. Visiblement l'apothicaire n'avait pas eu autant de chance que son apprenti et avait dû succomber très rapidement. Et le malheureux Kern se retrouvait maintenant piégé avec son corps sans vie. De quoi faire de nombreux cauchemars durant les années à venir.

-Ne le regarde pas dans ce cas... Tu vois le soleil au travers de l'ouverture ? Bientôt tu pourras sentir sa chaleur sur toi. Tu entends ce bruit... ?
-Oui... ?
-Ce sont des hommes qui sont en train de tout faire pour que tu puisses sortir d'ici. Ils ne s'arrêteront pas tant que tu ne seras pas libre. Et je resterai avec toi jusqu'au bout.

Au final le groupe d'hommes mit près de quatre heures pour sécuriser une ouverture suffisamment grande pour que l'un d'eux puisse s'y faufiler. Mais une fois qu'il put passer, il put aller chercher Kern et le sortir de son enfer personnel... Anya resta ces quatre heures à lui parler, à le soutenir moralement, à lui changer les idées en lui racontant toutes sortes d'histoires. Il y eut un petit moment de panique de la part de Kern lorsqu'il dut lui lâcher la main mais l'appel de la liberté fut suffisamment fort pour que cela ne dure qu'un instant.

Dès que le jeune homme fut enfin dehors, il y eut une grande exclamation de joie de la part de tous ceux qui avaient travaillé à sa libération. Il était tellement plus stimulant pour le moral de sortir un nouveau survivant de ces débris plutôt qu'une énième victime... Un médecin vint immédiatement s'occuper de lui alors qu'Anya attendait un peu que l'excitation ne retombe. Au final elle ne put se rapprocher de Kern que quelques instants avant qu'on ne l'évacue vers l'un des rares bâtiments encore intact où la plupart des survivants ayant besoin de soins étaient parqués. Si elle ne put voir son visage, il partit avec l'image du sourire de la propriétaire de la main et de la voix qui l'avait aidé à tenir suffisamment longtemps pour survivre...

Anya se sentit étrangement détachée de tout une fois que Kern fut évacué. Elle était restée tellement longtemps à ses côtés à faire en sorte qu'il n'abandonne pas qu'elle ne savait plus trop ce qu'elle devait faire maintenant. Kochka, sentant son trouble, vint se frotter à sa jambe lui offrant son soutien silencieux. Une main se posa soudainement sur son épaule, la faisant un peu sursauter...


-C'que t'as fait là c'était pas mal. On pourrait encore avoir besoin de tes services...

Anya acquiesça, ravalant la boule qu'elle avait dans la gorge. Elle, non, ils avaient eu de la chance cette fois-ci et Kern avait survécu... Mais elle ne savait pas si ce petit miracle allait se reproduire. Elle n'allait pas baisser les bras pour autant et c'est pleine de résolution qu'elle suivit le propriétaire de cette voix bourrue. Elle pouvait comprendre que certains cherchent à se venger, elle n'était pas sûre qu'elle n'aurait pas choisi cette voie si elle en avait été capable. Mais elle devait jouer avec les cartes que le destin lui avait distribué. Et si ces cartes lui permettaient d'aider au moins encore une personne, elle n'allait pas s'en plaindre...

Spoiler:
 
Jeu 25 Mai - 23:42
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Ashryn - Sylvar - IV
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« Tu es sûre de déjà vouloir y retourner ? Ta blessure n’est pas encore guérie. Elle ne le sera pas avant un moment d’ailleurs. »

« Pendant que d’autres ont eu moins de chance et sont désormais des cadavres qui jonchent la Grand-Rue qui n’en porte plus que le nom ? Oui, on y va en effet. »

Falka soupira, mais se résigna. Elle savait bien qu’elle n’avait pas le choix.

« Dis-moi, tu ne serais pas née dans le but ultime de remettre en question toutes mes décisions ? Parce qu’à chaque fois que je propose quelque chose, tu es strictement contre. »

« Ce ne serait pas le cas si j’accompagnais une Edsere raisonnable et tranquille qui n’a pas pour passe-temps favori la baston ou la recherche d’ennuis. »

« Et tu ne penses pas, » questionna Sora avec une certaine nonchalance en bouclant le sac sans fond, « Que ça serait légèrement chiant comme situation ? »

Falka ne répondit pas, pas oralement en tout cas. Mais son sourire moqueur et songeur ; qu’avaient fait naître de nombreux souvenirs ayant soudainement fait irruption dans sa tête, la trahissaient.

« Bon, je vois que nous sommes d’accord. Alors moins de bavardage, et plus d’action non ? »

Elle acquiesça silencieusement. La blonde se dirigea donc vers la fenêtre, qu’elle ouvrit en grand en poussant sur le côté les rideaux. L’ombre se retint de poser la question habituelle. Si elle ouvrait la fenêtre et non la porte, le non-paiement de leur chambre était expréssement exprimé. Falka se mua donc en un grand cheval noir que Sora s’empêchait de monter. L’ombre, une fois sa compagne sur son dos, commença sa course et bondit dehors par la fenêtre. Croyez-bien que les gens qui se trouvaient dans la rue à ce moment-là tirèrent une tête plus que bizarre lorsqu’un cheval à la robe de cendres tombé du ciel atterrit sur les pavés et se mit à galoper.

~

Le premier quartier de la terre des rescapés était vraiment dans un sale état. Sur un certain périmètre, après un bout de muraille éventré, la vue était totalement dégagée, ce qui n’était pas du tout normal. Les maisons qui se trouvaient là étaient totalement rasées et n’étaient plus que des tas de gravas et de planches. Le pire dans tout ça, était sûrement la présence de bipèdes : qu’on parle de ceux à terre qui ne se relèveraient plus jamais, ou de ceux à genoux devant eux qui pleuraient toutes les larmes de leur corps, et ne se relèveraient peut-être pas non plus de ça, du côté psychologique.

Sora déambulait au milieu de cette scène d’après massacre, en silence, et avec précaution. Elle cherchait à ne déranger personne, et à passer de manière aussi discrète qu’un fantôme. Falka s’était transformé en corbeau et s’était perché sur son épaule : elle pensait bien qu’après de tels événements, si elle avait adopté sa forme humanoïde, des gens auraient pu la prendre pour un Norphis ou un Ulfurbe et lui sauter à la gorge. Ce dont elle n’avait évidemment aucunement envie.

Sora ne savait pas exactement pourquoi elle était venue. Elle se sentait redevable quelque part. Elle n’aimait pas avoir l’air d’aider la veuve et l’orphelin mais il fallait admettre qu’elle s’était rarement sentie aussi inutile et incapable. La rouste que lui avait mis l’énorme bestiole non identifiée lui avait fait oublié qu’elle avait quand même tué quelques Norphis et Ulfurbes.

C’est en parlant du loup qu’on en voit généralement la queue. Et alors qu’elle marchait tranquillement entre cadavres et gravas, elle tomba dessus. Là, au milieu de la rue, gisait le corps sans vie de l’affreuse bestiole qui lui avait salement éventré la hanche.

Elle s’approcha doucement de l’énorme mastodonte désormais immobile. La première réaction de Sora fut un pas en arrière et une mine de dégoût : il puait affreusement. Pas comme si la bête avait été tué deux ou trois jours juste avant mais comme si elle pourrissait là depuis déjà plusieurs mois. Quoi qu’il en soit la blonde n’avait jamais vu le pareil animal ; il était tout bonnement affreux avec une énorme truffe, de grosses cornes et des petits yeux globuleux. L’un des globes oculaires n’était d’ailleurs plus : quelqu’un de plus précis que Falka avait visiblement réussi à lui toucher l’œil avec un projectile.

Sora fit le tour du gigantesque cadavre ; aucun doute sur le fait qu’elle avait pris une des plus grosses raclées de son existence. Cette bestiole avait des proportions énormes, et si elle pouvait visiblement avec ces deux gros crocs seulement décapiter n’importe quel Edsere, elle avait bien vu que sur le terrain, ses pattes qui paraissait pourtant si ridicules maintenant, lui avaient déchiré la hanche sans aucun mal.

« Tu as déjà vu par le passé quelque chose d’aussi monstrueux est dangereux ? » questionna la blonde au corbeau.

L’oiseau noir hocha négativement la tête.

« J’aimerais bien savoir le nom de cette affreux bestiau, » reprit Sora, « Pour ne pas me faire avoir dans le futur si on doit le recroiser. Je pense qu’il faudra un moment avant que je sois capable de terrasser  une tel créature dans un duel loyal et singulier. »

« C’est un Mortemo. » répondit soudainement une voix externe à la conversation, qui détonait de par l’opposition entre le contenu de la éponse – plutôt savant – et la voix fluette reconnaissaible d’une enfant.

Et en effet, à sa gauche, venait de sortir de nulle part, une fillette qui ne devait pas avoir plus de dix ans, et qui regardait le dit Mortemo avec un calme déconcertant.

« Euh bonjour, » hésita vaguement Sora, « Tu en sais des choses. Qui t’a dit que c’était le nom de cette créature ? »

La gamine regardait toujours avec attention le museau du responsable du carnage autour d’eux. Elle répondit sans même détourner le regard.

« Les Edseres ont fait appel à une sorte de druide qui a dit que c’était un Mortemo : une créature gigantesque et plutôt rare dont le passe-temps favori est de déchiqueter ses victimes avec ses pâtes griffues et ses crocs. »

« Et tu n’en as pas peur ? » questionna sans détour sora, qui avait remarqué qu’elle ne faisait pas face à n’importe quel enfant vu la façon dont elle regardait sans peur et son dégoût l’affreuse bestiole qui gisait là devant elle.

« Cela ne sert à rien d’avoir peur, » répondit du tac au tac la petite fille, « Il est mort, et les morts ne reviennent pas.  Il ne fera plus jamais de mal a personne. »

Sora fixa un moment la fillette en silence. Bien que ça dernière affirmation pouvait être remis en cause par le vécu de la blonde, qu’elle n’y fit pas attention en premier lieu, se concentrant plutôt sur le sens implicite de ses paroles.

« Où sont tes parents ? » demanda à nouveau la jeune femme sans y mettre aucune forme au préalable.

Cette fois, l’enfant, dont les yeux avaient tristement glissé du Mortemo vers le pavé, ne répondit pas.  Puis elle se détourna de l’affreuse bestiole, qu’elle ne craignait visiblement pas mais qui semblait par contre éveiller en elle de très mauvais souvenirs. Sora caressa pensivement sa petite tignasse brune, sans rien rajouter.

« A lube melfa’s wolgnig in eth skraneds. A lube langdei ymtaph. » murmura pensivement la blonde.

La fillette demeura un moment silencieuse. Puis elle releva la tête, essuya ses larmes, et après un bref regard humide vers Sora, repartit à ses affaires. La jeune femme la regarda tranquillement s’éloigner.

« Elle me rappelle un peu moi… »

Falka se tut, et écouta avec attention ce que sa compagne avait à dire.

« On nie les faits sombres. On fait comme si ça ne s’était pas passé, que tous ces moments n’avaient jamais existé. Mais ils sont bien là, au fond du cœur. Et ils remonteront un jour. Et ce jour-là venu, elle choisira peut-être une voie obscure. Comme moi… »

L’ombre lui dit quelque chose. Mais Sora ne l’écoutait plus. Elle était déjà repartie bien des années en arrière.

~

La fillette lisait des histoires de princesses, de chevaliers, de Norphis amoureux, de frères Nanthuns ennemis, de famille, d’homme solitaire, de guerriers comme de marchands. N’importe quoi qui aurait pu l’extirper de la folie sombre dans laquelle elle sombrait inévitablement un peu plus chaque jour. Simple petite gamine très jeune, abandonnée et laissée pour compte par ses parents, elle était tout bonnement incapable de voir la vérité en face. Et inconsciement, elle s’était murée dans du déni, un profond et maladif déni. Les livres l’aidaient à oublier, à ne pas penser. Emprisonnée de plein gré dans une toute autre réalité, elle ne voyait ainsi plus la sienne. Mais elle ne put fuir éternellement. La bibliothèque ne produisait pas de livres continuellement, et il vint un temps où elle les eut tous lus. Puis relus. Et relus encore une fois. Et la troisième fois, chaque ouvrage ayant perdu toute son authenticité et sa valeur, soit son pouvoir d’escapade, elle n’avait plus aucun rempart.

La fuite qu’elle fit par la suite ne fut pas réellement la preuve de sa plongée dans les ténèbres. La descente aux enfers commença lorsque la seule personne sur laquelle elle s’était mise à compter – comptant sur ses parents dès la naissance – lui faussa également compagnie. Tout s’enchaîna ensuite très rapidement, trop rapidement pour une jeune fille qui avait déjà beaucoup trop de vécu sur le dos. En moins de temps qu’elle le crut, le monde et sa cruauté l’eurent rattrapé et puni.

Et c’est à ce moment-là, sur le pavé de la cour de ce maudit manoir en ruines, éventrée comme une vieille carcasse d’animal dévorée par les loups, qu’elle fit réellement un bond dans l’obscurité. Et que Falka, être pourtant uniquement fait de ténèbres, fut la lumière qui la guida vers la sortie de ce long tunneL

~

Sora fixait désormais, sans s’en être rendue compte, le cadavre d’un Ulfurbe. Sur le ventre, le dos lacéré de griffures, gisant dans une grande mare de sang. Falka voyait bien la détresse dans les yeux bleus de sa compagne. Elle entreprit de la raisonner et de la sortir de pensées :

« Sora, tu… »

« Excusez-moi madame ! »

Le corbeau et la blonde se tournèrent dans un même mouvement. Venait de faire irruption à côté d’elle une jeune femme au teint blâfard. Ses yeux étaient effroyablement cernés, de rougeurs de larmes comme de marques de fatigue. Elle semblait désespérée.

« Seriez-vous une guerrière ? Avec des pouvoirs magiques ? »

Le ton de la femme était anxieux et pressé.

« On peut dire ça comme ça oui… Disons que je ne porte pas une épée et une dague pour faire joli en tout cas. Et je ne suis pas non plus une Edsere. »

« Tous les Aetrayels du ciel soient loués ! » lança d’un coup la jeune femme comme si un miracle venait de se produire.

Sora demeura statique, et sceptique surtout. Elle attendait les raisons d’une telle joie de trouver une guerrière capable d’utiliser la magie. Les explications ne tardèrent pas.

« Mon mari et quelques-uns de ses amis souhaitent aller rattraper un groupe de Norphis et d’Ulfurbes qui ne serait pas encore remonté jusqu’à chez eux, comme beaucoup d’autres apparemment, afin d’obtenir réparation et vengeance ! »

« Vous voulez que je raisonne votre ami que c’est trop dangereux ? » la coupa net Sora.

La jeune femme au teint pâle hocha négativement la tête, puis reprit.

« J’ai déjà bien essayé… Il ne veut rien entendre. Les Norphis et les Ulfurbes nous ont enlevé notre fils, mon mari est aveuglé par la rage… Mais nous ne sommes, lui, moi et ses amis, que des Edseres. Ils vont se faire massacrer ! »

« En d’autres termes, vous voulez que j’aille les aider ? »

La jeune femme hocha aussi tristement que honteusement la tête. Sora lâcha un long soupir.

« Combien sont-ils en plus de votre mari ? »

« Cinq ou six je dirais… Mon mari et deux amis ont un peu plus d’expérience que les autres, mais ça reste mince face aux Ulfurbes et aux Norphis… Les autres vont tout bonnement au suicide. »

Sora fit mine de réfléchir. Elle glissa un coup d’œil vers Falka, qui restait étonnament silencieuse. Même son regard ne disait rien, pas même un reproche.

« C’est d’accord. » souffla la blonde. « Emmenez-moi jusqu’à eux. »

Le visage de la jeune femme s’éclaira, et tandis qu’elle l’arrosait d’une avalanche de merci, elle ne perdit pas de temps pour lui montrer le chemin. Elles arrivèrent rapidement devant une petite maison devant laquelle était regroupé un petit grouspuscule d’hommes. Au retour de la femme qui accompagnait Sora, tout le monde se retourna.

« Ah, je t’attendais chérie ! Nous allions partir mais je voulais te dire au revoir avant. » lança le plus grand du groupe.

« Avant de partir, accepte-moi une faveur s’il te plaît. » questionna sa femme sans détours.

Les amis du dit mari scrutaient déjà Sora avec attention, mais l’autre, pendu aux yeux de sa dulcinée, ne l’avait pas encore remarqué.

« Laisse cette jeune femme t’accompagner. Elle est douée en combat et sait utiliser la magie. Elle pourra vous aider en cas de problèmes. »

L’homme jeta à peine un regard vers Sora.

« Si ça peut te faire plaisir. Mais je ne sais pas si une femme va nous aider ma bande de gars et moi. »

La dite femme bondit à la vitesse de l’éclair, écarta pas trop méchamment la dulcinée de l’homme qui avait prononcé ses mots, lui gela les pieds pour qu’il soit incapable de recler et lui plaça sa lame sous la gorge. Il y eut un moment de sielence et d’mmobilité totale. Puis elle retira son emprise et son épée.

« Parfait ! Comme nous sommes d’accord, nous allons pouvoir nous mettre en route ! »

Elle fit volte-face avec une révérence grotesque en désignant le reste :

« Les dames d’abord ! »

~

Ils longèrent à cheval la muraille qui délimitait la terre des rescapés. Arrivés au bord de l’eau, ils suivèrent la rive, juste au bord de la Sylve aux soupirs. Ils tombèrent rapidement sur un premier groupe.

« Un campement. Je dirais, à leur tête en tout cas, qu’il y a deux Ulfurbes et trois Norphis. Possiblement un dernier dans la tente. M’ont pas l’air d’être les têtes pensantes ou les glorieux guerriers qui font la fierté de leur race. » lança Falka qui était parti en éclaireur, un corbeau étant quand même vachement difficile à repérer comme étant un espion.

Sora acquiesça d’un signe de tête et se tourna vers le groupe. Elle vit le pseudo chef grimacer à l’idée qu’elle allait prendre la parole. Le regard meurtrier qu’elle lui lança lui coupa toute envie de s’opposer à elle.

« Voilà comment ça va se passer. On va se diviser en deux groupes. Vous tous, qui restez là derrière les buissons à attendre mon signal. Et qui ne tentez rien avant ce dernier, sous aucun foutu prétexte. Et moi et ma compagne qui allons en premiers. »

Elle empêcha d’un geste de la main toute protestation.

« Vous aurez votre vengeance. Mais c’est plus pratique une fois que l’ennemi est à votre merci. Et je doute sincèrement, sans vouloir vous vexer, que vous soyez capables de les mettre dans un tel état. Pas tous en tout cas. »

Et en quelques secondes, elle disparut dans l’ombre sous forme de brume. Elle réapparut derrière la tente du campement. Falka était déjà en position, naturellement. Elle attendit le son de la fèche qui siffle et fend l’air, avant le cri de douleur et le bruit spongieux, et lança l’assault.

Elle planta son épée dans le dos du premier venu. Deux attaques en traître, certes, mias qui lui enlevaient déjà des poids. Plus que trois donc. Les restants, qui avaient reporté leur attention sur la flèche puis sur la jeune femme, ne virent donc pas une énorme bestiole sombre leur plonger dessus. Falka en assomma deux avec un coup de queue, et retint le troisième au sol. Sora s’empressa d’enfermer tous ceux à terre dans des blocs de roche, des chevilles jusqu’au épaules. Elle vérifia qu’il ne restait personne dans la tente et siffla bruyamment. Et à peine le temps pour les hommes d’arriver sur place, qu’elle leur ordonna de se tenir prêts au-dessus de chacun. Elle retira la terre et les hommes ficelèrent avec des chaînes, et étonnament, sans trop de problèmes, les Norphis et l’Ulfurbe restants.

« Ils sont à vous, » soupira Sora, « mais n’oubliez pas de pouvoir vous regarder en face dans le miroir demain matin. »

Ils ne lui répondirent pas, seul le chef planta son regard dans ses yeux, après l’avoir remercié d’un simple signe du menton. Elle y lisait une haine sans pareille et une envie de vengeance folle. Elle savait qu’elle venait de livrer trois êtres à une séance de torture obligée. Mais elle trouvait ça juste en revoyant dans sa tête la terre des rescapés, avec un quartier rasé.

De plus, elle n’avait, pour une fois et cela était rare, pas à se salir les mains elle-même. Elle disparut dans la forêt incroyablement sombre de la sylve avec Falka, sans rajouter quoi que ce soit. En ignorant totalement les cris de douleur qui lui parvenaient déjà aux oreilles : elle en avait déjà bien trop qui raisonnaient dans sa tête depuis des années, elle n’avait plus de place pour d’autres fardeaux.


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WITH GREAT POWERS COMES GREAT BULLSHIT

Ven 26 Mai - 17:43
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Ashryn - Laethlion - III
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« Peut-être que tu devrais leur donner un coup de main. ». L'Ashryn tressaillit, doucement. Se retournant vers son frère, elle le dévisage pendant quelques secondes, faisant mine de ne pas comprendre ce à quoi il pourrait bien faire allusion. Ce dernier ne la lâcha point du regard, déterminé. Il la connaissait trop bien pour qu'elle puisse lui mentir. Aussi, il ne douta pas de son silence et laissa son idée s'immiscer dans son esprit lentement. Elle sembla se triturer les doigts nerveusement, jetant un coup d'oeil en dehors de la tente qu'ils avaient dressé à Mytsbel. Elle ne pourrait échapper à ses yeux perçants, à sa voix cassante et rauque. Si elle ne craquait pas aujourd'hui face à son visage d'ange, ce serait demain. Aussi, elle se contenta de soupirer en levant les épaules, las de toutes ces obligations dont elle se sentait pourtant dépourvue. « Et pourquoi ? ». Sa voix s'éleva alors qu'elle rangeait machinalement quelques fourrures sur un tabouret poussiéreux sur lequel elle prenait l'habitude de s'asseoir. Elle n'osait plus le regarder, s'occupait les doigts, les méninges, pour ne pas avoir à l'affronter. Face à lui, elle cédait, abattait toutes ses cartes. Et c'était une faiblesse qu'elle ne désirait plus lui accorder. Lentement, il se leva du lit, enfouissant ses mains dans les poches de son costume. Il la fixait, intensément. Elle pensait le duper, mais ses muscles la trompaient. Il les devinait tendus sous la pression qu'il lui mettait sur les épaules, analysait chacun de ses gestes comme trop brusque pour paraître naturel. Constamment, ils se combattaient du regard, victimes de cette distance ayant coupé à chacun le sens du relationnel. Ils se prenaient dans les bras, se poussaient. Tout ceci était très physique. Psychologiquement, un lien existait. Mais ils n'avaient pas de mots pour le décrire ou même l'exprimer. En avaient-ils réellement besoin, après tout ? « Tu es la première à vouloir te racheter. ». « Peut-être que je ne devrais pas me montrer. Si des Norphis traînent dans le coin, ils pourraient me reconnaître et me suivre jusqu'à toi. ». Elle n'avait pas tort, mais elle ne devait pas s'empêcher de vivre pour sa pomme. « Si Hélène voulait réellement savoir où je suis, crois-moi, elle m'aurait déjà trouvé et emmené. J'ignore ce qu'elle a en tête, et je crois que je n'ai jamais voulu le savoir, au fond. ». Il croisa les bras, alors qu'elle fouillait sa sacoche, les doigts tremblants. « Tu as peur de passer pour une traîtresse ? Ce n'est pas de ta faute si les Divinités ont préféré te changer. ». Elle s'arrêta pendant quelques instants, reprenant sa respiration. « Je ne crois en personne, Eal'ric. Les Dieux sont des sottises, des rêves inventés par les parents pour que leurs enfants dorment mieux la nuit. Personne n'est venu te sortir des Souterrains Interdits, et nous avons pu nous enfuir grâce à un coup de chance. Après toutes ces fois ou nous avons failli frôler la mort, tu crois encore à ces bêtises ? Je te croyais plus sage. ». Sur ce coup, il ne pouvait pas la contredire. Mais le Norphis était enthousiaste : il aimait penser que tout s'arrangeait. Depuis qu'il avait retrouvé sa sœur, son coeur s'en était retrouvé profondément changé. « Cela n'a rien à voir avec ce dont nous parlons. Si tu te rends à la Terre des Rescapés, peut-être pourras-tu y trouver la miséricorde que tu espères tant. ». Elle ne sut pas quoi lui répondre. Lui rétorquer que c'était faux ? Il ne la croirait point. « Je ne sais même pas comment tu as réussi à te tenir autant au courant des événements, Eal'. Tu ne devrais pas sortir autant, tu n'es pas en sécurité ici. ». Il leva un sourcil puis un rire fit vibrer ses cordes vocales. « Oh, si. Avec une sœur aussi protectrice, je ne me sens pas en danger, crois-moi. ». Puis il s'approcha, posant une main sur son épaule. « Si tu t'en vas quelques jours, je survivrais. La présence du soleil ne me permet pas de me mouvoir comme je le désire, mais ce n'est pas pour autant qu'il faut te brimer. J'aimerais te voir voler de tes propres ailes, est-ce trop demander ? ». Elle baissa les yeux. Il lui releva la tête, la secouant légèrement avant de lui ébouriffer les cheveux. Elle replaça quelques mèches cendrées, affichant une mine enfantine contrariée. « Là je retrouve ma Elisabeth. ». Puis un sourire égaya ses traits, plus doux qu'auparavant. « Je partirais demain. Mais ne va pas te méprendre, ce n'est pas grâce à toi que je me suis décidée. J'éprouve seulement un malin plaisir à te voir tourner en rond pour m'appâter, et je ne peux nier tes talents. ». Elle lui tira la langue. « Dommage que tu n'aies pas décelé mes dons de comédienne. ». Le lendemain, comme promis, elle fit rapidement ses bagages, emmena le nécessaire de voyage, puis se dirigea vers le port. Le trajet fut long, mais tranquille. Cette fois, il lui arriva de sortir de ce qu'on pouvait considérer comme une cabine moisie, pour se pencher au dessus de la rambarde qui les séparait de l'eau. L'océan azuréen la fascinait. Le monde dans son entièreté l'attirait. C'était une renaissance.

Ses premiers pas dans la Terre des Rescapés furent hésitants, et son coeur tambourina contre les parois de sa cage thoracique pendant de longues minutes. Elle craignait d'être mal accueillie, de n'être vue que comme une lâche ayant abandonné les siens pour ne pas avoir à subir leur malheur. Un soupir s'échappa de l'entre ouverture de ses lèvres. Leur douleur, elle la ressentait. Les cadavres jonchaient encore le sol, la catastrophe n'était pas terminée. De loin, elle distingua plusieurs groupes et se plaça non loin, pour entendre les conversations. « Vous êtes bien sûr de vouloir vous engager dans une excursion aussi dangereuse ? Nous ne savons pas ce qui nous attend dans ces bois. ». « Mais je vous dis que je suis complètement conscient de ce que je demande ! ». Le garde n'arrivait pas à se décider. Les combattants étaient nombreux, mais il ne les considérait pas pour autant comme de la chair à canon qu'il pouvait pulvériser en cas d'attaques de Norphis. « Je vais y réfléchir. Mettez-vous sur le côté, le temps qu'on règle la paperasse. ». Elih s'avança, timidement. « Oh, une nouvelle soldate prête à mettre sa vie en péril pour nous venger ? ». Elle articula faiblement. « Non, pas vraiment. J'aimerais seulement prendre des nouvelles : Lumen est remise sur pied ? ». Il leva un sourcil, surpris d'une telle demande. « Eh ben c'est pas souvent qu'on nous demande l'état de santé de notre cheffe. Mais vous avez une bonne tête, donc je vais vous répondre. Elle est encore en convalescence mais elle devrait être sur pied d'ici quelques jours. ». Un faible sourire étira ses traits. « Très bien. ». Puis elle commença à s'éloigner doucement, quand quelqu'un la percuta. Perdant l'équilibre, elle se sentit valser en arrière quand une main douce la rattrapa. Sonnée par le choc, elle se tint la tête pendant plusieurs secondes, avant de retrouver une vision correcte. « Je suis désolée mademoiselle, j'étais tellement pressée, je ne vous ai pas vue ! ». Elle n'était pas gênée de bousculer ainsi la populace. Reprenant ses esprits, l'Ashryn détailla son agresseuse présumée dans les moindres détails. Une chevelure blonde en bataille descendant jusqu'au début de sa poitrine, un visage fin mais qu'elle devina marqué par les rides du sourire quand elle s'exprima, deux longues oreilles ne laissant aucun doute sur ses origines et des vêtements on ne peut plus classique. Elle ne faisait pas parti des paysans, mais pas non plus des nobles. Et à en juger par sa manière de parler, ce n'était pas exceptionnel qu'elle se permette de rentrer dans les autres. Il aurait été mentir qu'Elisabeth appréciait la compagnie de la Lië'ja, même si leur contact ne sembla durer que quelques secondes avant qu'elle ne s'éclipse. Lâchant un faible grognement en époussetant rapidement ses habits, elle se dirigea ensuite vers ce qui ressemblait à un autre petit rassemblement, plus pacifique cette fois-ci. Elle comprit rapidement pourquoi son frère l'avait envoyée dans ce qu'elle considérait comme le pétrin personnifié : il fallait débarrasser la Grand-Rue et la nettoyer, la reconstruire. Une tâche bien ingrate, que les hauts placés ne prendraient jamais le temps d'accomplir. Elle leva les yeux au ciel. Elih n'avait pas un caractère à mener une révolution, surtout pas contre Odaïl. Après tout, elle ne leur devrait plus rien après cette journée. Elle aurait épongé sa dette d'une traite et ne ressentirait plus aucune culpabilité. « Pour être plus efficace, nous allons vous mettre par groupe de deux. Cela évitera également que vous ne vous blessiez en agissant seul. Il faut connaître vos limites, nous sommes là pour remettre la cité en place, pas se retrouver avec de nouveaux corps sur les bras. ». Il n'avait aucun tact, mais en avait-il réellement besoin face à la populace de bas étage ? Elle en doutait fortement. Ils n'essayaient pas d'adoucir le traitement qu'ils portaient à leurs congénères. Les Edseres avaient déjà vécu bien pire qu'une simple attaque, car aussi étrange que cela puisse paraître, ce n'était pas le plus gros carnage ayant ravagé leurs habitations. Par contre, le Mortemo était une exception. Jamais elle n'aurait pu imaginer qu'on puisse utiliser une créature de cette envergure pour détruire leur cité, et dans un sens c'était peut-être rassurant que cette idée ne lui ait jamais traversé l'esprit. Si elle ne pouvait pas aller au front pour abattre du Norphis, elle pourrait au moins se rendre utile en déplaçant les cadavres et en aidant à la reconstruction de certaines chaumières. La sienne, plus personne ne la voudrait. Alors qu'elle s'avançait pour trouver son binôme, elle serra les poings. Celle qui se trouvait en face d'elle, n'était personne d'autre que la malpolie de quelques minutes auparavant. Aussi perdue qu'elle en avait l'air, elle ne se priva pas pour l'aborder à nouveau. « Oh, on dirait que le sort nous réunit à nouveau ! Que diriez-vous de faire un peu de nettoyage avec moi ? Je ne vous bousculerais pas encore une fois. Enfin, j'essayerais. Je ne peux rien vous promettre. ». Elisabeth voulut refuser, mais elle n'avait pas véritablement d'autres choix à sa disposition. Elle allait devoir s'habituer à ce boulet, et le traîner jusqu'à ce que la journée se termine. Soupirant, elle leva les épaules en signe d'acquiescement. Presque sautillante, la Lië'ja s'empressa de se diriger vers des débris pour commencer à les soulever.

Les heures passèrent sans se ressembler, et si l'Ashryn devait sans cesse surveiller le comportement inconscient de sa camarade d'une journée pour vérifier qu'elle ne se blessait pas inopinément, elle ne pouvait pas lui retirer son acharnement et sa détermination à effectuer le travail correctement. Elle agissait, certes lentement, mais avec une grande précision et une attache particulière. Alors qu'elles déplaçaient quelques pierres, Elih la sentit fébrile. « Vous vous sentez capable de continuer jusqu'à ce soir ? ». La Lië'ja se redressa instantanément, un sourire jusqu'aux oreilles malgré les gouttes de transpiration perlant sur son front et sa voix haletante, au bout de ses forces.« Bien sûr, rien ne pourra m'arrêter ! Ne vous en faites pas pour moi, je maîtrise complètement la situation. ». Elle mentait. Ses bras ne soutenaient plus ce qu'elle leur faisait endurer, et son cerveau fatiguait. Ses traits se fadèrent lentement, alors qu'elle détournait les yeux pour s'atteler de nouveau à sa tâche. « N'hésitez pas à faire une pause. Je ne vous jugerais pas. Personne ne vous jugera ici. Nous sommes tous logés à la même enseigne. ». « C'est gentil de vous soucier de moi, mais je vous assure que je me porte comme un charme. ». Le silence se fit de nouveau pendant quelques minutes, avant que la blonde ne le brise, comme si elle cherchait à occuper son esprit pour ne pas succomber à l'épuisement moral. « Nous n'avons même pas eu le temps de nous connaître, qu'est-ce qui vous amène à la Terre des Rescapés ? Vous ne seriez pas arrivée ce matin si vous étiez une Edsere, je me trompe ? ». L'Ashryn, exténuée, laissa ses émotions parler à sa place. « Vous avez raison. Je suis venue effacer une dette. ». La demoiselle écarquilla les yeux. « Oh. Je serais indiscrète de demander ce qu'elle concerne, donc je ne vais pas le faire. ». Elle avait donc un minimum de savoir vivre. Après tout, elles n'en étaient plus à se chamailler inutilement. L'effort les avait rapprochées de manière considérable. « Et vous ? Je sais que certains des vôtres ont trouvé la mort lors de la cérémonie de Fruïan, mais je ne m'attendais pas à trouver autant de Lië'jas désireux de se salir les mains. ». Un petit rire cristallin s'échappa de la gorge de la jeune femme, qui la gratifia d'un sourire. « Moi aussi, j'ai une dette à éponger. Elle n'est sans doute pas aussi lourde que la vôtre vu la manière dont vous l'abordez, mais cela reste important à mes yeux. Tâchons d'accomplir notre objectif et rentrons vite chez nous. ». Elisabeth acquiesça et poursuivit son ouvrage. La journée fut épuisante, et bientôt ses muscles commencèrent à lui faire ressentir que se précipiter dans de si gros efforts physiques après sa transformation n'était pas réellement une bonne idée. Pourtant, elle ne pourrait pas se voiler la face éternellement. C'était se battre contre ses difficultés, ou les laisser vous noyer. Manque de chance, c'était une battante. Alors que le soleil se couchait, elle se redressa pour s'étirer une bonne fois pour toutes. A la tombée de la nuit, personne ne se baladait dehors, de crainte de subir une nouvelle attaque. Elle jeta un coup d'oeil à sa compagne d'infortune, étalée sur le sol, récupérant sa respiration petit à petit. « Pour quelqu'un qui se disait imperméable à la douleur et à la fatigue, vous me semblez bien peu en forme. ». La Lië'ja se contenta de lâcher un rire sincère en réponse à cette provocation qui ne lui fit que l'effet d'une brise sur le visage. « Vous n'êtes pas bien placée pour parler, si je puis me permettre. ». « C'est vrai. ». Puis elles se redressèrent, toutes les deux, avant que la blonde ne lui tende la main. « Nous n'avons pas même pris la peine de nous présenter. ». Elih n'accordait pas de véritable importance aux protocoles. De plus, elle doutait de croiser à nouveau le chemin de la jeune femme aux oreilles pointues, mais une connaissance de plus l'aiderait peut-être à se faire au nouveau monde qui s'offrait à elle. « Je m'appelle Elih Marendir. Ravie de vous rencontrer, après toutes ces heures passées ensemble. ». Elle rit encore une fois, comme une enfant. « Mircella. ».
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Naga - Fulmine - II
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Le spectacle qui s'offrait devant-elle était d'une horreur à en faire pleurer le plus dangereux des hommes. Sur le sol les cadavres s'entasser par endroits, libérant une odeur nauséabonde dans l'air. Plusieurs personnes étaient présentes pour aider à enterrer les corps, tandis que d'autres aidaient les personnes blessées ou à la recherche d'un membre de leur famille. C'est dans cet univers chaotique que les deux amis Ara et Umi allaient devoir apporter leur aide. Une féroce bataille avait eu lieu quelques heures plus tôt entre différentes races, mais donnant comme agresseur principal les Norphis et les Ulfurbes. A en juger par les dégâts, peu de personnes avaient réussi à survivre. Les larmes, les cris de détresse et la puanteur allait être les nouveaux compagnons des deux amis pour plusieurs heures.

Bien qu'ils n'aient pas assisté au massacre, la jeune Naga et l'homme-renard en avaient rapidement entendu parler. Ecoutant les récits des voyageurs ils avaient vite compris la gravité de la situation. Ne pouvant pas rester sans rien faire ils avaient donc décidé de venir apporter leur aide pour réparer les dégâts de l'attaque. Mais à première vue cela n'allait pas être aussi facile. La vue des corps en état de décomposition donner envie de vomir à Ara. Bien qu'elle désirait aider, elle ne se sentait pas de taille à toucher ces restes humains. Umi compris rapidement le dégoût de son amie et lui caressa doucement le dos. « Si tu ne te sens pas d'attaque à faire cela nous pouvons partir, tu sais. » La jeune femme aux cheveux noirs lui répondit d'un sourire. « C'est gentil de ta part de t'inquiéter, mais ça va aller. Nous avons décidé d'apporter notre aide et c'est ce que nous allons faire ! » Déterminé, Ara se dirigea vers une personne qui semblait donner des ordres et des conseils à d'autres personnes. Elle remercia les deux compagnons pour l'aide qu'ils désiraient apporter et leur demanda d'aller chercher d'éventuels blessés à un endroit bien précis et de les ramener ici. La jeune Naga fût tout de même soulagé en apprenant qu'elle ne manipulerait pas de cadavre.

Mais, allant à l'endroit indiqué, les deux amis ne trouvèrent rien d'autre que des animaux charognard en train de se repaître des derniers bouts de reste humains disponibles. Umi décida tout de même d'aller explorer plus loin tandis qu'Ara restait ici pour tenter de chasser les animaux. Même s'ils n'étaient plus que quelques bouts d'os et de viande, ces anciens êtres vivants ne méritaient pas de finir comme cela. Personne ne le méritait. Puis au bout d'un temps, le jeune homme-renard revint avec un étrange paquet dans les mains. « Qu'est-ce que tu tiens ? » Mais étrangement son ami ne lui répondit pas, se contentant de baisser la tête et ne lui montrer l'étrange linge blanc. Ce qu'elle vit fit bondir la jeune femme aux cheveux noirs en arrière. A l'intérieur du linge se trouvait un bébé âgé d'à peine quelques mois. Si à première vu le poupon semblait dormir il n'en était rien. Aucun souffle ne sortait de ses narines et sa peau était d'une pâleur cadavérique, presque bleue. Le pauvre devait avoir perdu la vie peu de temps après avoir été séparé de sa mère. Et étrangement, si le fait de toucher des corps sans vie répugner Ara quelques minutes plus tôt, elle ne put s'empêcher de prendre le nouveau né sans vie dans ses bras. « Pauvre petite chose. Ce qui lui ait arrivé est si cruel et injuste ! J'espère que ceux qui ont fait cela payeront les conséquences de leurs actes ! » Couvrant le visage du petit être, la jeune Naga commença à chercher un endroit pour l'enterrer. S'il lui était impossible de toucher d'autre corps, elle voulait au moins que celui-ci ait une tombe pour reposer en paix. Il s'agissait encore une fois d'une chose qu'Umi lui avait appris.

Mais alors que les deux amis avaient terminés de creuser le trou, déposé l'enfant à s'apprêter à remettre la terre, un cri se fit entendre non loin d'eux. « Arrêter ! Arrêter tout de suite cela ! » Une femme à la longue chevelure rouge était en train de courir vers eux, le visage rempli de larmes. La plupart de ses vêtements étaient en déchirés et elle portait des traces de griffes sur tout son corps. Mais ses blessures apparentes ne semblaient pas la gêner tandis qu'elle poussait les deux compagnons et plongeait dans la petite fausse pour récupérer le cadavre du bébé. « Je vous interdis de le toucher ! » Si son regard pouvait lancer des éclairs Ara et Umi seraient déjà morts. « Il s'agit de mon enfant ! Cela fait des heures que je le cherche ! Que lui est-il arrivé ? Pourquoi vous l'enterrez ? Pourquoi il ne respire plus ? » Au fur et à mesure de ses mots, le visage de la femme se noyer de plus en plus de larmes. Même si elle ne voulait pas l'accepter elle connaissait la vérité : son enfant était mort, et cela depuis bien longtemps. Alors qu'elle pleurait à s'en déshydrater, Ara lui proposa sa main pour sortir de la fausse. « S'il vous plaît, ne rester pas là-dedans. » Mais alors qu'elle regardait sa main, le visage de la femme devint encore plus dur. « C'est vous qui avez fait cela ? C'est vous qui avez tué mon enfant ? » Sautant de la fausse et toujours son bébé dans les bras, la femme se rua sur Ara et commença à l'étrangler. « Je vais vous tuer ! Vous tuez ! Ce n'était qu'un petit bébé innocent ! » Sur le coup de la surprise, la jeune Naga ne put réagir. Heureusement Umi intervint à temps pour les séparer. « Arrêter ça ! Elle n'a rien fait ! » Mais une fois les mains détachées d'Ara, la femme prit ses jambes à son cou et s'enfuit.

Umi aida son ami à se relever. « Tout va bien ? » Elle le rassura d'un doux regard, puis vit la femme s'éloigner. « Je vais la rattraper. » L'homme-renard ne put cacher sa surprise. « Quoi ? Mais c'est bien trop dangereux ! Tu vois bien que la perte de son bébé la rendue folle. Il vaut mieux la laisser seul le temps qu'elle se calme. » « Mais pense un peu à ce petit. Je sais que je ne connais pas encore bien les coutumes du monde extérieur, mais tu m'as bien expliqué à quel point le fait d'avoir une tombe était important. Je veux que l'âme de cet enfant soit en paix, qu'il ait un endroit où reposer. Cette femme doit le comprendre et le plus vite possible, sinon ce sera encore plus difficile pour elle de faire son deuil. » Ara ne comprenait que trop bien ce que cela impliquer. La disparition de son frère l'avait autant détruit que cette femme, raison de plus pour l'aider. Enfin, voyant qu'il n'arriverait pas à la faire changer d'avis, Umi la laissa partir et étrangement lui promis de la laisser faire sans intervenir. Ce qui lui déplut beaucoup mais il décida de lui faire confiance.

Après quelques minutes la jeune Naga finit par trouver la femme, assise sur un rocher continuant à pleurer. Dès qu'elle la vit elle lui hurla de ne pas approcher, mais Ara n'en fit rien et commença à parler. « Je sais ce que vous ressentez, croyez-moi. J'ai moi aussi perdu un être très cher à mon coeur il y a quelques années. Sa disparition a été comme m'enfoncer des aiguilles dans le coeur. » Tandis qu'elle parlait, elle continuait à s'approcher doucement. « On ne se remet jamais de la perte d'un être cher. Nous portons cette douleur en nous pour toujours, mais ce n'est pas pour autant qu'il faut se laisser abattre. Au contraire il faut profiter de la vie encore plus, à la place de celui qui n'est plus là. Pour ainsi n'avoir aucun regret. » Une fois son monologue terminé, Ara se trouvait aux côtés de la femme qui l'avait finalement laissé approcher. « Mais c'est tellement dur. » « Je sais. Mais la vie vous donnera encore plus d'obstacles à franchir et pour cela vous devez vous montrez forte ! Et pour moi le meilleur moyen est d'arriver à faire votre deuil. » Les deux femmes passèrent de longues minutes à discuter jusqu'à ce que la mère décide finalement de faire enterrer son enfant. Elle présenta ses excuses à Ara, qui lui répondit par un sourire.

Une fois le petit sous la terre, les deux amis décidèrent de laisser la femme seule près de la tombe. Bien que Ara soit inquiète, son ami la rassura, lui disant que la femme avait maintenant simplement besoin de se retrouver. Puis, après cela les deux compagnons aidèrent de nombreux blessés tout au long de la journée jusqu'à ce que le soleil décide de se coucher. Il était à présent temps de partir, mais avant de tourner le dos à ce chaos sans nom, Ara se fit une promesse. Elle allait devenir plus forte pour pouvoir empêcher à tout prix des drames pareils de se reproduire. Oui ! Elle allait y arriver !


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Gains demandés : 4 points caractéristique pour mon compagnon, donc en tout 8 (si je me trompe pas XD)
- 2 en Fermeté Physique
- 2 en Adaptation
- 2 en Apparence
- 2 en Contact Social


Absence complète du 10 au 24 Juillet


I love you <3:
 
Mer 7 Juin - 13:53
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«  ça n'en finira donc jamais Lucifer ? Pourquoi peu importe où je pose les yeux, je vois la cruauté... ? Pourquoi ce monde est-il fait ainsi ? Ça fait mal... Ici je crois... »

J'empoignais mon cœur, c'était douloureux. Je fermais les yeux assez fort pour faire apparaître des couleurs, peut être que si je les fermaient assez longtemps... Tout ce spectacle allait disparaître, que je ne verrais plus rien... Que je ne verrais pas cette misère. Mais les cris étaient toujours audible. Ce mélange de voix proche des cris décrits dans les vieilles légendes de Banshee dont me gratifiais mon père adoptif. La faim, la mort, la pestilence et la guerre c'était précipités sur leurs imposants destriers sur ces terres pour y semer le chaos le plus complet. Pourquoi ? Et aussi... Pourquoi j'avais aussi mal ? J'avais l'impression que mon palpitant se contractait. Que mes entrailles se serraient les unes aux autres pour se souder...


*C'est la grande question Kelesha... la question que le monde entier se pose, et la question qui ne trouvera pas réponse. Ces êtres sont les seuls chez qui le massacre est autorisé et vu comme une norme.*


Et il avait raison... oui il avait raison. Je cheminais sur une corde raide et en dessous de moi, il n'y avait pas de filet... non, il y avait la gueule béante de la méchanceté humaine. Toujours là pour blesser, faire mal... Je baissais les yeux, devais-je passer mon chemin ? Rester naïve, dans ce monde magique et féerique que mon esprit voulait créer ? Non... Ce n'était pas une solution, mon apprentissage n'avancerait pas si tel était le cas... Il fallait que je fasse mes preuves, que j'apprenne ce que la vie voulait m'enseigner, même si la leçon était dur. Déjà... L'immortalité s'éloignait de moi. À sentir l'odeur de ces chairs mortes, du désespoir, la première leçon était qu'on mourrait tous à un moment donné... Que personne n'y échappait. Qu'on soit jeune, vieux, dans la fleur de l'âge, qu'on soit parent ou enfant... on finissait tous par passer l'arme à gauche. Et le deuxième apprentissage était que peu importait les barrages de la race... Dans ces situations, beaucoup d'ennemis naturels s'unissaient. J'étais chaussée de mes bottes en cuir, mon épaisse cape de laine sur les épaules, alors qu'une petite robe d'une simplicité déconcertante complétait ma panoplie. Je levais le nez vers le ciel. Aider... c'était ce qu'il fallait faire... Et j'étais en mesure de le faire en plus ! Je me sentais investie d'une mission qui allait me mener aux limites de ma zone de confort.

*Allons les aider Kelesha... il ne faut pas les laisser comme ça. Montre que tu n'es pas comme eux et que tu peux faire preuve de coeur*

Sa phrase raisonna dans ma tête... Et me posa question. Est-ce que j'avais un cœur ? Et n'était-il pas devenu aussi noir que le charbon avec tout ce que j'avais vu ? J'en savais rien... j'ouvris de grands yeux, surprise de ce qu'il avait dit, mais finit par me remettre, embarquant l'animal avec moi. J'avais cheminé jusqu'ici, ou plutôt je m'étais laissée guidée par le chant des étoiles que j'étais la seule à entendre, du moins c'était l'impression que j'avais. Elles m'avaient guidés jusqu'ici, et c'était sans doute pour une bonne raison. Et c'est pour cette même raison que je parcourus le chemin qui me séparait des décombres. Les bâtiments étaient éventrés, rependant leurs entrailles faites de briques et autre matériaux. Je me présentais dans une des tantes, celle où étaient entreposés les blessés, faisant glisser mon sac de mon dos pour en sortir de nombreux bocaux sur un plan de travaille que j'avais pris soin de déblayer. Mélangeant menthe aquatique, feuille de guimauve et miel de tilleul je pus faire un cataplasme, et j'allais de couche en couche pour examiner les gens, déterminant si ils en avaient besoin ou non... C'est alors que je m'arrêtai près d'une personne... il était froid... Ses yeux fixaient le plafond. Quelque chose dans son regard m'indiquait qu'il était mort. Ou peut être était-ce son torse qui ne se soulevait plus ? Je restais un long moment dans la contemplation de cet homme. Si jeune... Son visage était tuméfié... Mais on y devinait encore quelques rondeurs enfantines. Encore aujourd'hui... je ne saurais pas vous décrire le sentiment d'inutilité qui me prit à la gorge. Qu'est-ce que moi, petite fille, je pouvais faire contre la grande, la belle, l'impitoyable faucheuse ? Elle passait telle une ombre dans le temps et dans l'espace, et elle fauchait le blé de la vie, encore et encore, sans jamais s'arrêter. Je sursautait quand je sentis une main sur mon épaule.


« Camarade ! Ne nous arrêtons pas à nos échecs... D'autres pourront s'en sortir si nous continuons à nous activer. »


Il s'agissait d'un homme d'une quarantaine d'années, ses traits étaient tirés, mais sa bonhomie naturelle le rendait sympathique. Je hochais la tête.

« Quel est donc ce que tu utilise pour mettre sur leurs plaies ? C'est étrange. »


Je me tournais vers le jeune homme, son cœur ne battrait plus jamais, ses yeux ne papillonneraient plus jamais. Je me penchais sur son corps pour fermer ses yeux. Ainsi... on avait l'impression qu'il dormait juste.


« C'est toujours dur de voir quelqu'un partir. C'était la première fois que tu étais confronté à la mort ? »


La mort d'un être humain... oui... Mais j'avais déjà chassé des lapins et d'autres animaux. Jamais encore je n'avais vu un spectacle aussi perturbant... Je finis par hocher la tête. Oui, c'était la première fois que je voyais un être humain mort. Et ce spectacle.. j'avais l'impression de rien ressentir en fait. J'avais l'impression d'être hors de mon corps. Un fantôme dans un champs de bataille.

Souvent... les gens vous racontent que lorsqu'une grande catastrophe a lieu... il règle un silence de mort sur les lieux. Le silence d'après la tempête. Bah ils se trompent. Ces gens là sont des menteurs et rien d'autre. J'entendais les cris de douleurs, les sanglots et les pleurs de la perte... j'entendais... je sentais la douleur des autres, elle me picotait les extrémités. Mais je n'étais pas là pour me morfondre... j'étais pas là pour ça...

« Le miel de tilleul est antiseptique et antalgique. Il diminue la douleur et empêche le risque d'affection. La menthe aquatique aide à refermer les blessures, et la guimauve, pour soulager des irritations et des brûlures. »

Il hocha la tête pensif. Tous ces remèdes, je les devaient à mon père, mais aussi à Lucifer. Les animaux connaissaient la vertus de certaines plantes, quelques tests m'avais permis de savoir que cela marchait aussi sur l'organisme humain. Je m'occupais des blessés, distribuant également de la bouillie à base de graines de pavots histoire d'atténuer les douleurs sous la houlette de cet homme. Il s'appelait Selah et était d'un calme olympien, il gérait tout ce qui se passait sous la tente d'une main de fer. Avait-il déjà vécu pareil massacre ? À la nuit tombé, quand les malades se furent endormis, nous embarquions dans un silence religieux les corps des personnes que nous n'avions pus sauver. Ce que nous fîmes ensuite ? Chacun s'était armé d'une pelle, et avait creusé. C'était la première fois que je creusais une tombe... C'était la première fois. Bien sûr... j'avais déjà creusé, labouré la terre, devant la maison de mon père... Je ne sais pas combien de temps cela nous prit. Je ne le sus jamais, j'avais perdu le fil. Je levais les yeux vers le ciel, ma bouche s'ouvrant pour laisser échapper un chant. Chanter... ça me permettais de me débarrasser de tous ces sentiments. Mon chant fut reprit par mes camarades. Nous creusions... nous creusions. Pas n'importe quoi. Des tombes pour les innocents tombés, pour nos échecs, ceux que nous avons pu sauvés. Une fois la besogne faite... Je pus voyager à travers les décombres en compagnie de Lucifer. Le matou allumait les feus des rescapés en se baignant dans les brindilles, offrant chaleur et lumière à tous ces pauvres gens...

*On a fait quelque chose de bien aujourd'hui Kelesha, quelque chose dont nous pouvons être fiers.*


Oui...mais si les humains n'étaient pas ainsi, y aurait-il eut besoin de tout ça ? Non... je m'installais parmi un groupe de rescapés. Bizarrement dans ce genre de situation... la barrière entre les gens tombent. Et je fus accueillie comme un membre de leur famille. Étrange mais... plaisant d'avoir cette étrange impression d'avoir une place, enfin, quelque part. Nous mangions tous ensemble, et j'en appris plus sur ce qu'il s'était passé ici. Je hochais la tête aux moindres de leurs mots, m'abreuvant de ces récits. Cette journée avait été riche en apprentissage. Je baissais les yeux, remarquant enfin que mes mains étaient pleines de terre mêlé à du sang. A force de creuser je m'étais écorché les mains. Mais j'm'en fichais... j'avais fais un truc bien, pour les autres, au moins une fois dans ma vie. Et ça changeant un peu... je ne gagnerais rien de cet acte, mais à cet instant précis je n'y pensais pas encore... j'étais pas un monstre non plus... Enfin... presque pas.

1529 mots

Gain demandé: Douleur mémorielle : ce pouvoir vous permet de faire remonter dans l’esprit de la personne que vous visez un souvenir extrêmement douleur, et de le mettre ainsi en position de faiblesse ou en proie à des émotions désagréables.





Merci Vasanounet <3
Jeu 15 Juin - 22:59
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Norphis - Abund - II
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« Laisse-moi résumer la situation. Tu voudrais te rendre sur les lieux d'un massacre causé par certains imbéciles dont notre race est composé pour venir en aide aux gens, sous prétexte qu'il s'agit de ton ancienne race ? » Silencieuse je hoche la tête. Pendant un instant je tente de soutenir son regard avant de finalement céder et regarder le sol derrière lui. « Des fois j'en viens à me demander qui manque lest le plus idiot de nous deux ? Toi pour avoir de tels idées et pour les mettre en pratique ou bien moi pour ne pas avoir pris ça en compte le jour ou je t'ai transformée. » J'ai envie de parler, de lui dire ce que je pense, défendre moi point de vue… échanger avec lui en somme toutefois s'il est bien une chose que j'ai appris depuis que nous vivons ensemble c'est que dans une telle situation il est impossible de communiquer.

Soupirant il se détourne de moi, contournant son bureau il se dirige vers la fenêtre présente derrière lui un bras croisé sur son buste, l'autre ramené vers son visage. « Tu a déjà du le comprendre mais je voudrais que les choses soit claire. Je ne t'ai pas transformé par caprice, si je l'ai fait c'est que j'ai vu en toi un potentiel, un moyen d'atteindre, ou au moins me rapprocher, de certains de mes objectifs. » Un bref instant de silence vient ponctuer sa phrase. À chaque fois que je l'ai entendu parler il ma semblé être un homme sachant manier les mots aussi bien que certains manie leur lame. Jamais je ne l'ai vu hésiter lors d'un discours et à chacune de ses déclaration il apparaissait à mes yeux comme quelqu'un sachant précisément quoi répondre en fonction de la phrase de son interlocuteur. Et pourtant… Cet homme sûr de lui et actuellement en train d'hésiter. « Que les choses soit claires. Lorsque tu a eu des demandes particulières je les ai acceptées, non pas pour te faire plaisir mais parce que je savais que tu ne risquais rien et que cela te serais utile. » Après une nouvelle pause il se retourne vers moi, les bras croisés la tête légèrement levée vers le plafond. « En te transformant je savais ce que je risquais. Et quoi qu'il arrive il est impossible de gagner une partie d'échec sans bouger sa dame. Nous allons donc opérer de la manière habituelle. Un prêté pour un rendu. » Depuis le jour de ma transformation j'ai su que je n'étais rien d'autre pour lui qu'un pion. Et dans un sens cela ne m'a jamais réellement dérangée, contrairement à d'autre vampire il n'est pas du genre à transformer les gens à tout vas ou mener des assauts comme celui ayant eu lieu dernièrement. En prenant cela en considération il est alors assez simple de deviner que je ne serais jamais envoyée sur un champ de bataille ou quoi que ce soit d'avoisinant. « vas-y. Prête leur main forte, si tu parviens à ne pas te faire tuer, et reviens quand tu penseras avoir fait ce que tu pouvais. En échange une fois que tu seras revenue ici tu devras mettre la main sur un objet précis. Je ne t'en dis pas plus l'instant, si tu venais à périr la-bas ces informations ne te servirais à rien. »

« Malgré ce qu'il peut dire il tient à vous vous savez. » Relevant la tête je me tourne vers mon interlocutrice, ne parvenant pas à retenir un petit rire. « Oui. Il m'aime au moins autant qu'on peut aimer l'un de ses outils de travail. Après tout, le monde fonctionne ainsi. » Sans rien rajouter je la regarde de haut en bas, réfléchissant à l'incohérence de la situation. Je vais aller aider des gens désirant probablement la mort de mon peuple et sur le chemin je parle du fait d'être diriger par une personne plus puissante que soit à celle que je dirige moi-même. « A ton avis, qu'est-ce qui nous a fait nous retrouver dans cette situation ? Toi qui écoute et moi qui décide… La naissance ? Le hasard ?… Nos choix peut-être… » Cette fois c'est à son tour de rigoler en me regardant. « Attendez vous réellement de moi une réponse ? La réponse à cette question est propre à chacun. Dans mon cas j'ai décidé de mon plein grès de suivre cette voix. La recherche de la puissance est l'un de mes buts premier, la manière dont j'atteins cet objectif n'est pas si importante. » Elle continue de me fixer sans se départir de son sourire. Elle m'a été présenté comme une simple servante censée me venir en aide et m'aider en cas de besoin pourtant en ce moment elle semble être bien plus que ça. « Cessez de rêver nous arrivons. Nous pourrons reprendre cette discussion au retour si vous le souhaitez cependant, il y a une chose que vous feriez bien de prendre en compte. Ne pensez pas être maître de votre destin. » Je lui accorde un dernier regard interrogatif avant de me cacher sous ma cape. Ce n'est pas du soleil que je me cache, cela fait quelques temps que la nuit est tombée et que je n'ai plus rien à craindre de ses rayons toutefois j'aimerais éviter de crier aux gens présent que j'appartiens aux Norphis. Le fait que je ne partage rien de plus que la race avec les responsables de ce massacre n'est pas un fait connus par les victimes aussi je ne pourrais pas réellement leur en vouloir si en prenant conscience de ce que je suis ils venaient à me chasser d'ici.

Lorsque je descends de la diligence c'est un véritable champs de bataille qui s'étend devant moi. Certains bâtiments ne sont rien de plus que des tas de ruines et les tombes déjà creusées permettent de se faire une idée du nombre de personnes ayant succombées à l'attaque. Bien que ce soit la nuit certaines personnes continue de travailler pour déblayer la zone, certains en déplaçant les rochers, d'autres en rassemblant les cadavres ensemble ou en terminant de creuser les tombes de ceux ayant déjà été rassemblée. Bien que cela fasse déjà quelques jours que l'incident à eu lieu à voir les gens et l'état de la zone il me semble que tout vient de se produire. Alors qu'un Edsere armé d'une pelle, pour dégager les décombres ou bien enterré l'un des nombreux corps présent, il m'est impossible de le dire, passe à côté de moi je ne peux m'empêcher de rentrer la tête dans mes épaules.

« Vous êtes venue ici pour vous rincer l'oeil ou nous venir en aide ? » Je sursaute lorsque la voix de l'inconnue me parvient et alors que je me retourne afin de faire face à mon interlocuteur je me retrouve nez-à-nez avec un jeune Ashryn à la peau légèrement bleutée. « Vu votre tenue et votre gabarit même si vous venez nous apporter votre aide je doute que vous soyez d'une grande aide... » Il s'interrompt de nouveau, se détournant de moi il donne quelques directives à un groupe présent non loin. « Bon, je n'ai pas de temps à perdre avec vous. Si vous voulez nous aider…. Je ne sais pas, allez parler avec les enfants pour les consoler, vérifier les bandages et les soins sur les blessés. Si vous cherchez je suis certain que vous trouverez plein de chose à faire. Et du moment que vous n'entravez pas la bonne marche des autres opérations je ne vous dirais rien. » Sans rien rajouter de plus il se détourne de moi, prenant une pioche présente non loin avant de retourner déblayer les débris de ce qui fut jadis une maison. Je le regarde partir avant de tourner les talons dans le but de me diriger vers ce qui semble être l'un des principaux lieux de rassemblement des blessés.

C'est sur la place que les gens sont rassemblés. La plupart des personnes venue ici pour aider à l'excavation des corps ou au déblayage des décombres sont regroupées ensemble, parlant entre eux. Bien que l'ambiance semble légère aucun rire ne me parviens et la majorité aborde un visage lourd et chargé de reproche. Je ne leur accorde qu'un rapide regard, préférant me diriger vers un petit groupe de femme visiblement en charge des soins. J'ai à peine le temps de me rapprocher qu'une d'entre elle m'apostrophe. « Vous êtes venue nous aider ? Les tâches ne manquent pas ici, commencez par ce que vous voulez et tout devrait s'enchaîner rapidement. » Ponctuant sa phrase d'un sourire amical elle me tourne le dos, retournant à ses affaires et me laissant la, sans plus d'information.

Je passe les heures qui suivent à passer d'un endroit et d'une personne à l'autre. À un moment je m'occupe des bandages d'un vieil Edsere acariâtre, l'instant d'après j'aide à distribuer à manger aux travailleurs. À plusieurs reprises je suis obligée de m'arrêter quelques instants dans le but de reprendre mon souffle, fatiguée par le simple fait de passer d'un endroit à l'autre. À chacun de ces arrêts je ne peux m'empêcher de me demander si des gens se sont rendus compte du peuple auquel j'appartiens… Si c'est le cas ont-ils décidés de juste faire comme si de rien n'était ou bien attendent-ils le moment ou je ne leurs seraient plus d'aucune aide ?

Une très légère traction sur ma manche me fait sortir de mes pensées. Alors que je baisse les yeux je tombe nez-à-nez avec une fillette ne devant pas avoir plus d'une huitaine d'année. Ses deux grands yeux violets aux contours rouge d'avoir trop pleuré me regarde d'un air hésitant. « Je… Excusez-moi est-ce que… » Tout en m'agenouillant afin d'être à sa hauteur je lui souris tendrement. « Est-ce qu'il y a quelque chose que je peux faire pour toi ? Tu n'a pas à avoir peur tu sais... » En réalité si elle le voulait et si elle savait que je suis une Norphis elle aurait probablement toute les raisons du monde d'avoir peur. « C'est juste que…. Je ne veux pas vous déranger pour ça… Vous avez l'air occupée à faire plein de chose importante alors que ce que je vais vous demander » Gentiment je passe ma main sur sa joue, cherchant à créer un contact afin de la rassurer et la faire ainsi cesser d'hésiter. « Les seules questions idiotes sont celles qui ne sont pas posées. » « C'est… Moi et les autres enfants ont arrive pas à dormir depuis… Depuis… Depuis ce qu'il s'est passé. Alors… Alors on aimerait savoir si vous pouviez… Nous aider… D'une manière ou d'une autre » D'un hochement de tête j'acquiesce avant de me relever et la prenant par la main je me dirige avec elle vers le groupe d'enfant présent non loin.

L'heure qui suit est occupée à rassurer les enfants. Ce n'est pas particulièrement de moi qu'ils ont besoin mais d'une figure maternelle. Et à leurs yeux tout le monde pourrait faire l'affaire. Ainsi je les berces les plus jeunes qui fatigués par la journée et d'avoir trop pleurer ne tardent pas à s'endormir dans mes bras et racontent aux autres les mêmes histoires que j'entendais jadis lorsque Mère voulait me faire dormir. Une fois certaines qu'ils sont tous endormis et ne se réveilleront pas je me lève, décidée à quitter les lieux. J'ai fait ce que je pouvais ici… Non, il serait plus juste de dire que j'ai constaté ce que je ne peux pas faire. Je ne peux rien apporter de plus qu'une aide psychologique et dans l'état actuel des choses c'est de bras dont ils ont besoins. « Je vous ai vu avec les enfants… C'est agréable non ? » Le jeune Ashryne m'ayant apostrophé lors de mon arrivée se tient face à moi adossé au mur un bol fumant dans les mains. Je lui souris en continuant ma route « Oui… Je pourrais peut-être même m'y habituer à la longue. Prenez soin d'eux, après tout ils sont les véritables joyaux de ce monde. Et ce qu'il s'est passé n'a rien fait de plus que les entacher. » Je l'entends rire faiblement par dessus mon épaule « Soyez certaines qu'ils ne leur arriveras rien. Je veille personnellement à ce que ce soit le cas. Mais si vous avez si peur que ça de ce qui peut leur arriver et si vous tenez vraiment à ce que ce qui s'est passé ne se reproduise pas vous feriez bien d'en toucher deux mots à ceux de votre race. » Sans un regard en arrière je me contente de hocher la tête et de continuer mon chemin, afin de rejoindre la diligence et retourner au domaine.

Le chemin se passe dans un silence presque religieux. Perdue dans mes pensées je ne prête pas attention à ce que me dit Ramia et lorsque nous arrivons enfin à destination je me dirige sans un mot vers mes quartiers. Ce voyage m'a fait prendre conscience de choses que j'avais jusque ici ignorée. J'ai envie de faire changer les choses, faire cesser les actions de ce genre cependant, en l'état j'ai bien conscience que je n'ai pas les capacités pour atteindre cet objectif. Il faut que je prenne le temps de réfléchir… Il est hors de question que je continue de rester ainsi sans rien faire.
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Sam 17 Juin - 20:44
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