Le nécromancien | SOLO NIVEAU III

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Ashryn - Sylvar - IV
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« Archibald Ruppyn ? »

L'interpellé se retourna. Il y avait bien longtemps qu'on ne l'avait plus appelé par son nom. D'une part, parce qu'il ne fréquentait plus personne – enfin, presque – et d'une deuxième part, parce qu'il avait désormais un surnom bien propre à lui-même que tout le monde utilisait pour le qualifier. Tant et si bien qu'il en avait presque oublié sa véritable identité. Il regarda en direction de la provenance de la voix qui avait pourtant bel et bien prononcé son prénom et son nom. Cela l'inquiétait quelques peu, autant que cette personne connaisse qui il était, et surtout qu'elle se trouve là. Après tout, il était actuellement dans son petit repaire, bien caché au fond d'une grotte elle-même au fond d'une crique biscornue dans l'archipel du lagon bleu, et les visiteurs n'étaient pas nombreux. Il en avait déjà eu quelques-uns quand même, mais ils se faisaient très rares, et ne revenaient généralement pas. Sûrement parce qu'il ne leur laissait pas le temps de répartir.

« Alors, c'est vous Archibald ? » répéta l'inconnue pour sortir le vieil homme de ses pensées.

Le concerné releva son regard vers ce qu'il avait identifié comme étant une voix de femme. Et en effet, au-dessus de lui, la botte posée sur un rocher et l'épée sur l'épaule, une femme le scrutait de toute sa hauteur. Les cheveux blonds et les yeux aussi bleus que meurtriers, celle-ci n'était en fait pas seule. À sa gauche se dressait une sorte d'ombre. Simplement une silhouette faite d'ombre. Le vieil homme eut un léger sourire. Elles n'étaient pas assez de deux pour venir à bout de lui, car c'était sûrement là leurs intentions.

« Vous vous doutez du fait que je ne suis pas venue pour sympathiser. Ni même pour partager des informations et des connaissances scientifiques. Ce que vous faites n'a rien de glorieux, je parlerais même de quelque chose d'impur et de totalement affreux. À mes yeux en tout cas. »

Elle bondit de son piédestal pour se retrouver au même niveau que le dit Archibald, bien vite suivi de l'ombre qui l'accompagnait.

« Et qui êtes-vous mademoiselle pour décider de ce qui est juste ou injuste, bon ou mauvais ? »

« Personne à vrai dire. » répliqua-t-elle simplement en haussant les épaules tout en gardant son épée appuyée sur l'une d'elle. « Je ne crois même pas en une quelconque minuscule divinité. Mais je crois en l'impétueuse, ténébreuse et toute puissante Mort. Je crois qu'il y a des choses qu'il faut lui les laisser, au risque de devoir affronter son courroux. »

L'homme fit un pas en arrière. La blonde ne fit rien, sinon que continuer de le fixer dans le blanc des yeux.

« Et vous ne vous trouvez pas un peu prétentieuse de venir me voir en donnant comme raison celle de rendre sa justice à la Mort ? »

La jeune femme se retint de rire.

« Bien sûr que non, ce n'est pas ce que j'ai dis, ce n'est pas mon métier ça. Quoique ça ce serait un job plutôt intéressant, et j'aimerais bien savoir combien on est payés pour le faire... Et en quelle genre de devise surtout. Moi je suis venue pour ça justement. Parce que tout finit par se savoir, que les choses dangereuses, il faut les supprimer, et que quand on a de l'argent mais pas de talent précis, il vaut mieux mettre de la monnaie sur la tête des gens pour les faire disparaître que d'y aller soi-même. Simple. »

« Les enjeux de mes expériences sont bien plus ambitieux que vos simples besoins d'argent pour subsister, petite prétentieuse. »

« Et mon temps est bien trop précieux pour en gaspiller davantage à parler avec un vieux décati qui déconne et passe outre les lois de la nature elle-même. On a suffisamment causé. »

Ce fut le signal, pour l'un comme pour l'autre. Le vieil homme se retourna, espérant sans doute atteindre quelque chose de sa main droite qu'il élança en avant. Il fut interrompu par un lien lui entravant le bras. Une troisième protagoniste venait de faire son apparition. Elle avait des cheveux couleur nuit, et une peau bleu pâle, comme si elle était un cadavre bougeant encore après s'être vidé de son sang. Amusante métaphore quand on connaissait quelles étaient les magouilles d'Archibald Ruppyn et quel était, de ce fait, le surnom sous lequel tout le monde le connaissait.

« Allez, soyez gentil, et je le serais aussi. Dites-moi où ils sont. » questionna la blonde sur un ton qui disait que c'était plus un ordre qu'une question et qu'elle n'avait pas envie de se répéter. « Qu'on en finisse. »

« Ils arrivent... » marmonna le vieil homme avec un méchant sourire.

Les grognements visqueux et l'odeur de putréfaction venant de derrière elle affirmèrent ce que venait de dire l'homme. La blonde se retourna rapidement et fit alors face au sujet des expériences du vieil homme.

« Et vous vous prenez pour un chercheur, un grand homme. En outrepassant les règles mêmes de la nature elle-même, les lois les plus élémentaires. Mais pour qui vous prenez-vous... »

Il allait lui répondre mais la jeune femme qui lui avait attrapé le bras de la corde qu'elle tenait l'en empêcha en lui attrapant par surprise la tête et en la lui cognant contre sa table de recherches. Sonné, il s'écroula.

« Il y en a beaucoup Sora ? »

L'interpellée tenta de réprimer ses haut-le-cœur face à ce qui approchait pour répondre à l'ombre.

« Je ne sais pas Falka. Une trentaine, une cinquantaine ? Mais ce n'est qu'un tas de chair en décomposition, ça va s'effondrer comme un château de cartes dès qu'on les touchera. Ça ne devrait pas être trop difficile. Le plus dur, ça va encore être de ne pas gerber en plein combat face à des trucs aussi repoussants et puants. »

Sora fit un pas en arrière, pour se mettre au niveau de la jeune femme à la peau bleue qui revenait vers elle tout en enroulant à nouveau son fouet à sa place, autour de son bras.

« Kaeldwen, reste avec Falka en fond. Je ne vais pas me faire submerger, elle a son arc et toi ton fouet. Si une seule de nous peut se salir les mains, ça me convient. »

Elle acquiesça et lança un regard entendu à l'ombre qui avait également entendu. La blonde resserra sa poigne sur son épée et sortit sa dague qu'elle prit dans son autre main. Il n'était pas très aisé de se battre avec deux armes en même temps, surtout de longueur si différente. Mais elle ne faisait face qu'à des tas de chair dénue de réflexion, aussi n'aurait-elle qu'à donner des coups pour les faire tomber un par un. Elle s'avança, repoussant toujours plus son envie de vomir le peu qu'elle avait dans son estomac, et commença à taillader les premiers cadavres vivants qui approchaient d'elle. Ils étaient moches, affreusement moches. Sora était autant répugnée par leur forme de cadavre en décomposition que par ce qu'ils étaient réellement : des morts à qui on avait retiré la paix. Vu leur état, elle ne pouvait faire autrement que les tuer à nouveau, mais elle ne savait pas s'ils auraient un souvenir de cet épisode de leur vie, pour peu qu'on l'on appelle cela comme tel.

~

« Je ne pourrais jamais tuer quelqu'un. De toutes façons, même si je le voulais, je ne pourrais pas. Je suis trop faible, je n'ai pas de pouvoirs magiques et je ne sais pas me battre. Même si je voulais tuer, je ne pourrais pas. Et je ne veux pas. C'est interdit en plus. »

« Et pour de l'argent, tu ferais quelque chose d'interdit ? »

La fillette ne prit même pas le temps de réfléchir, les yeux pourtant levés vers le plafond alors qu'elle était couchée sur le lit.

« Non. »

« Pour que les gens t'aiment ? »

« Personne n'aime ceux qui tuent des gens. Moi en tout cas je ne les aime pas. Ils me font peur et je pense que si quelqu'un peut tuer, alors il peut tuer tout le monde. Même ses amis, mêmes sa famille. Tout le monde. Et dans ce cas, il n'a plus personne. »

« Tu tuerais si c'était pour ne pas mourir ? »

Cette fois, elle marqua un temps de pause. Mais il fut léger.

« Je n'ai pas grand chose à perdre ni même à offrir. Si je meurs, tant pis. Mais je pense que personne n'obtiendra rien à s'en prendre à ma vie. Pas même la satisfaction de m'enlever à qui que ce soit. Je n'ai personne. »

On lut dans le regard de son jeune interlocuteur, une grande douleur en entendant ces mots. Et c'est pourquoi il lui posa la question suivante.

« Tu tuerais pour que je ne meurs pas ? »

Cette fois, elle laissa un long silence planer. Et ne répondit rien. La seule possible réponse qu'elle lui donna furent des larmes. Et elle se recroquevilla sur elle-même, pelotonnée en boule en sanglotant.

« Sora ? Pourquoi tu pleures ? Excuse-moi, je n'aurais pas du te poser cette question. Tu ne mourras pas et moi non plus. Et tu ne tueras personne. Parce que tu es quelqu'un de bien.  »

~

Le sifflement de la flèche qui frôla son oreille la ramena à la réalité. Falka n'était pas maladroite avec son arc et ce n'était clairement pas une erreur de sa part non. Elle avait juste dû remarquer que Sora avait eu un moment d'absence. Heureusement, accompagnée de deux jeunes femmes talentueuses, elle ne s'était pas faite submergée. Elle reprit ses esprits, et recommença à taper dans le tas de morts-vivants, aussi inconsciemment qu'elle le pouvait, pour ne pas penser à ce qu'elle était en train de faire.

''Et ces gens-là, ça peut être absolument n'importe qui... Une mère de famille nombreuse, le jeune fils d'un marchand, un assassin, une reine, un proche...'' Elle frappait à l'aveugle. Si cela fonctionnait, c'était un combat contre elle-même vu la puanteur de ses choses et leur signification à ses yeux. ''Eddie.'' Elle donnait des coups à l'aveugle. Cela ne reflétait en rien son style de combat habituel, qui était méthodique, réfléchi et gracieux. ''Qui te dit qu'il n'est pas dans un état semblable à une de ces choses actuellement ?'' Les coups volaient au hasard, les corps tombaient comme des pantins inanimés. ''Qui te dit que c'est le cas et que tu ne le sauras jamais parce qu'il pourrit depuis des années à trois mètres sous terre dans un endroit complètement banal ?'' Il y en avait de moins en moins, et c'était tant mieux, car plus ça allait, plus les coups de Sora étaient maladroits et plus elle se rapprochait du mur. ''Y'a t-il une seule personne capable de te donner la vérité à son sujet ? Qui te dit que tu ne l'as pas déjà rencontré et que tu as raté ta chance ? Qui te dit qu'il n'y en a plus aucune ?'' C'est Falka qui finit par achever le dernier mort de l'armée du nécromancien Archibald Ruppyn alors que Sora se laissa tomber sur les genoux, face au mur, au milieu des cadavres qui sont revenus à leur état initial. Elle n'écouta que d'une oreille distraite le bruit visqueux de la lame de Kaeldwen qui s'est planté dans le dos du maître des morts pour l'achever, comme si elle était sous l'eau. Les sons lui étaient lointains, sourds. Elle appuya sa tête contre la paroi de la grotte, et se mit à pleurer. Falka et Kaeldwen écarquillèrent grand les yeux en reconnaissant ce qui étaient des sanglots.

''Peut-être que c'est lui qu'ils ont puni, pour t'atteindre toi, qui a outrepassé les règles pourtant élémentaires de la nature. Mais qui sait au fond ?''

''Qui sait si ta lutte n'est pas vaine depuis des heures, des jours, des mois, des années ?''

Pour la première foi depuis longtemps, et ce pendant un court instant, Sora perdit pieds, ainsi que la foi inébranlable qu'elle avait toujours eu en la réussite de sa quête. Elle n'y pensa que quelques secondes. Après, elle réussit à taire ses sanglots et à arrêter ses larmes. Elle voulut se relever, mais elle ne put même pas appuyer sur ses genoux que déjà, elle était tombée en arrière, et gisait sur le sol, inconsciente.

''A lube melfa's wolgnig in eth skraneds. A lube melfa's langdei ymtaph.''


2079 mots (sans comptr les mots chelous de la fin).


WITH GREAT POWERS COMES GREAT BULLSHIT

Sam 29 Avr - 1:55
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