[Quête Solo] Des animaux qui parlent ?

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Nanthun - Domum - II
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Intitulé de la quête a écrit:
Sortant timidement de votre sommeil, vous êtes réveillés par une dispute entre un homme et une femme juste sous votre fenêtre. Mais en ouvrant celle-ci - pour leur balancer un soulier sur le coin du nez et leur crier d'aller vociférer ailleurs - vous vous apercevez qu'il s'agit d'un couple de chiens parlant exactement comme des être humains. Car en effet, sans que personne ne sache comment ni pourquoi, tous les animaux des alentours se mettent à parler sans raison et à ne plus vouloir se taire. Beaucoup reprochent aux humains de mauvais traitements, tandis que d'autres s'amusent à saccager les magasins. Vous sortez dans la rue et remarquez qu'un groupe d'hommes armés semblent garder leur calme malgré la bizarrerie de la situation, et ont l'air plutôt déterminés à tirer tout ce bazar au clair. Vous aurez sûrement plus de chances d'interrompre cette cacophonie en les rejoignant qu'en restant seul. Mais hâtez-vous, car les animaux mettent la pagaille en ville. Et rien n'est plus dérangeant que de se faire réveiller par les plaintes d'un coq !

Fyn ne chercha même pas à étouffer son bâillement en passant la porte de l’auberge. Elle avait les pieds en feu, le dos noué, les yeux piquants et les jambes comme dans du plomb, alors autant dire que le peu d’énergie qu’il lui restait, elle préférait l’employer pour tenir sur ses jambes plutôt que pour avoir l’air polie et distinguée. Même l’odeur de viande rôtie ne parvint pas à la tirer des limbes du sommeil qui commençait doucement à embrumer son esprit. Au lieu d’aller chercher une table pour commander de quoi manger, elle se dirigea vers le comptoir pour s’y affaler complètement. La tenancière arriva peu de temps après, un grand sourire sur le visage.

-Eh bien c’est qu’on a l’air fatiguée ! Une chambre, j’imagine ?

Fyn ne put que hocher vaguement la tête. Quelques pièces plus tard et elle y était rendue. Elle délassa ses chaussures et trempa ses pieds dans le petit sceau d’eau en laissant échapper un long soupir de soulagement. La journée avait été riche en péripéties, comme en témoignaient les échauffements et les petites ampoules qui se baladaient sur ses orteils. Entre le concours de danse de la matinée - où elle avait terminé quatrième - et la course poursuite avec un jeune garde le reste de l’après-midi, elle n’avait pas eu le temps de s’ennuyer ! En repensant à la tête de l’humain couverte de crème de myrtille, elle pouffa.

-Ça lui apprendra à me pincer les fesses !

Au moins il avait été le seul à lui courir après. Si ses compagnons s’en étaient mêlés au lieu de se moquer de lui, Fyn aurait dû quitter la ville au plus vite. Heureusement, même si le garde s’était montré particulièrement coriace, le poids de son armure, l’effort et la chaleur avait eu raison de sa volonté de venger son honneur et il avait fini par abandonner au détour d’un croisement.

Fyn massa ses pieds en se remémorant la scène juste pour le plaisir. Puis elle retira ses vêtements, étira ses muscles douloureux comme elle put et s’écroula sur le lit. Là aussi un long gémissement ponctua son geste. Elle ne prit même pas la peine de s’enrouler dans la couverture. Sa queue touffue suffirait considérant la température plus que raisonnable dans la pièce. Sitôt qu’elle posait sa tête dessus qu’elle s’envolait déjà pour le pays des songes.

Ce furent des cris et des insultes qui la tirèrent du sommeil. Elle tenta bien de les ignorer mais les voix étaient à ce point perçantes qu’à moins de passer la nuit la tête enfouie sous l’oreiller c’était peine perdue. Alors elle endura durant dix minutes. Complètement percluse de courbatures, c’était le temps qu’il fallut à son cerveau chargé de mauvaise humeur pour se résoudre à mettre en mouvement ses muscles endoloris. Fyn grimaça en se redressant, enfila prestement une chemise et ouvrit sa fenêtre, prête à faire taire les importuns.

En bas elle ne vit personne hormis deux cabots qui s’aboyaient dessus avec force. Quand elle balaya la rue sans rien voir et que ses oreilles ciblèrent plus précisément l’origine du tapage, elle pensa d’abord être en train de rêver.

-Tu étais presque en train de lui monter dessus espèce de vieux dégoûtant !
-Mais tu exagères, enfin… Je… Je lui reniflais juste le...
-Plus d’excuses, sale mâtin ! Si je te recroise encore une fois, je fais de toi mon paillasson attitré, tu m’entends ?

Non décidément elle ne rêvait pas. Deux chiens venaient véritablement de se prendre le bec devant ses yeux, le tout dans un impeccable parler réservé d’ordinaire aux bipèdes.

-Ils sont vraiment irrécupérables…

Fyn tourna la tête pour faire face à un hibou qui lui rendit son regard perplexe, la tête curieusement penchée sur le côté.

-Eh bien ? A quoi dois-je l’honneur de cette expression de surprise, hou ?
-Tu… Tu es un hybride ?
-Non pas ! Je suis un hibou pur-sang, moi, madame.
-Mais tu parles…
-Certes. Je ne pensais pas être capable jusqu’à ce soir, mais il faut un début à tout. Maintenant si vous voulez m’excusez…

Fyn l’observa un temps disparaître dans la nuit avant de reporter son attention vers les deux chiens. Ils étaient partis aussi mais elle percevait encore de ci de là des invectives plutôt colorées en direction de la place du marché. Puis ce furent plusieurs coups secs accompagnés par des piaillements et le bruit typique de la vaisselle qui se brise qui jaillirent du rez-de-chaussée. Elle se passa le visage sous l’eau, enfila prestement ses habits et d'y rendit en grimaçant à chaque marche. Là elle trouva la tenancière en plein duel avec un gros chat gris. Balais à la main elle tentait en vain de le chasser du haut de cheminée où il semblait avoir élu domicile.

-Mais tu vas fiche le camp, oui !
-Qu’est-ce qu’il se passe ?

Le chat feula dans la direction de la jeune hybride.

-Ce qu’il se passe c’est que cette mégère me refuse le droit à la parole ! Alors du coup…

Et d’un coup de patte il fit tomber un plat en terre cuite qui rejoignit le cimetière de poteries brisées sur le sol. La tenancière souffla comme un buffle.

-C’est pas croyable de voir ça… Je vais devenir folle.
-Toi aussi tu parles !

Fyn s’était approché du chat qui arrondit le dos mais ne bougea pas.

-Oui, je parle, quel sens de l’observation... Tu vas aussi tenter de me réduire au silence ?
-Non, non ! Mais comment ça se fait que tu puisses parler ?
-Aucune idée. C’est arrivé, c’est tout. Mais je ne suis pas le seul. Même cet idiot de Iago et tous les autres empaffés de son espèce s’y sont mis. Tu devrais aller faire un tour en ville, c’est stup…

La tenancière profita de cet instant pour donner un bon coup de balais sur la tête du chat qui s’enfuit à toute patte par la fenêtre avec un énorme miaulement de mécontentement.

-Voilà qui t’apprendra ! Et que je t'y reprenne pas ! Non mais sans rire… On s’occupe de lui et voilà ce qu’on récolte ? Je vais te dire…

Fyn était déjà partie. Sa fatigue envolée, elle souriait désormais à pleine dents, excitée à l’idée de ce qu’elle allait découvrir en ville.

Post 1 : 1053 mots !
Jeu 6 Avr - 19:04
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Nanthun - Domum - II
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C’était stupéfiant. Le chat lui avait dit mais le voir de ses propres yeux était une toute autre chose. Alors que la ville aurait dû baigner dans un silence réparateur ponctué de quelques cris épars de badauds rendus euphoriques par l’alcool, du martèlement cadencé des patrouilles de gardes ou des halètements des amoureux n’ayant pas eu la patience d’atteindre leur chambre, l’agitation qui y régnait avait tout d’un plein après-midi de marché. Fyn courait sans vraiment trop s’orienter, s’amusant à saisir deux ou trois bribes de conversations pour deviner à quel animal appartenait telle ou telle voix, avec parfois une réelle difficulté à les différencier de celles des humains. A un croisement, une rangée de chats de gouttière lui passa devant en sifflant des insultes aux soldats qui les coursaient. Plus loin, elle surprit un débat entre deux chauves-souris concernant l’importance des sauterelles dans leur régime alimentaire.

-Moi j’en mange au moins une par soir. Pour les aigreurs d’estomac c’est parfait !
-Tes aigreurs elles sont dues aux moustiques que tu passes ton temps à gober. Elles sont pleines de sang, ce n’est pas sain…

Fyn amassait une quantité folle d’anecdotes sur les petites manies des animaux nocturnes qu’elle oubliait sitôt qu’une nouvelle venait s’ajouter sur la liste. Il y en avait tout simplement trop et elles étaient loin d’être toutes très intéressantes.

Dans une ruelle sombre elle dut stopper sa course parce qu’un chariot renversé et une pile de caisses vides lui barrait la route. Un gros rat noir était dressé dessus et il poussa un petit cri perçant sitôt qu’il la vit s’approcher. Avant même qu’elle ait eu le temps de se retourner, une dizaine d’autres rongeurs s’amassèrent derrière elle en agitant nerveusement les moustaches dans sa direction. D’autres se postèrent à côté du gros rat qui s’adressa alors directement à Fyn d’une voix bien trop grave pour son gabarit.

-Je suis Don Picketti et tu viens d’entrer sur mon territoire ! Laisse-nous tes biens et il ne te sera fait aucun mal.

Fyn fureta autour mais pas une issue en vue. La rue était trop étroite pour qu’elle contourne le chariot et l’obstacle trop loin pour qu’elle ait le temps de l’escalader sans risquer de se faire rattraper par les rats derrière elle. Et si elle s’élançait à travers eux elle risquait fort de se retrouver assaillie de vilains coups de griffes chargées des maladies des rues. Alors elle répondit à Don Picketti.

-Je veux juste aller au centre-ville !
-Eh bien tu t’es trompée de route on dirait. Malheureusement il n’est pas dans mes habitudes de laisser filer quelqu’un sans m’être assuré qu’il ne possède pas plus que ce dont il a besoin. Allez, vide tes poches !
-Mais j’ai rien du tout. Je vais quand même pas vous donner mes vêtements, si ?

Le rat remua son museau.

-Voilà une idée plutôt intéressante… Allez les gars, retirez lui ces bouts de tissus ! On en fera de belles couvertures !
-Une très mauvaise idée, hou !

A peine le mouvement avait été initié par les rats qu’une voix étrangement familière résonna dans la ruelle. Perché sur la balustrade d’une maison sur la gauche, un hibou dardait ses deux prunelles fauves dans leur direction. Ils s’étaient tous dressés sur leurs pattes arrières, grinçant des dents pour certains, se grattant nerveusement le front pour d’autre, mais sans oser faire un pas de plus. Don Picketti trépigna du haut de son chariot.

-Et tu es qui, toi ?
-Celui qui t’a pris pour cible. Laisse partir cette hybride et je ne ferai pas de toi ma collation pour ce soir.

Le rat sembla hésiter un instant. Il jaugea le hibou, ses troupes et enfin Fyn. Sous le coup de cette réflexion qui se passait dans son petit cerveau de rongeur, son museau remuait fébrilement sans discontinuer.

-Et tu crois vraiment tous nous avoir à toi tout seul ?
-Je n’ai pas dit cela. C’est toi le chef de cette bande. C’est donc toi que j’aurai, hou !

Le rat laissa échapper un couinement de frustration. Il questionna du regard ses compagnons mais aucun ne détachait son regard du hibou. A en juger par leurs respirations, ils étaient tous au bord de la crise de nerfs.

-Laissez tomber les gars, ça vaut pas le coup. On rentre…

Un dernier coup d’œil à Fyn et il se retira. Et aussitôt qu’ils étaient apparus, les rats se dispersèrent dans la nuit dans un concert de couinements en tout genre. Le hibou prit son envol pour effectuer quelques vols au-dessus du chariot avant de se poser dessus, à l’endroit exact au Don Picketti se trouvait juste avant.

-Rien de mal, j’espère ?

Fyn se précipita devant l’animal, les yeux pétillants. Elle le détailla un moment et s'exclama.

-Tu es le hibou de tout à l’heure, non ?
-Certes. Philippo, si vous voulez bien.
-Merci alors, Philippo ! Moi c'est Fyn. Sans toi j’aurais terminé ma soirée toute nue !
-Heureux d’avoir pu vous éviter un tel désagrément. Les rats sont fiers quand ils sont en bande mais ils n’en mènent jamais large face au vrai danger. Mais que faites-vous donc dehors si tard dans la nuit ?
-Je me balade et j’écoute. C’est dingue j’ai jamais vu autant d’agitation à cette heure-ci !
-C’est pourtant toujours le cas. Seulement cette fois-ci vous pouvez nous comprendre.

Le hibou passa un coup de bec sous l’aile, surement pour y chasser une brindille collée dans ses plumes avant de reprendre.

-Vous devriez retourner dans votre auberge, Fyn. Les rues sont devenues plus sauvages depuis que tous ont voix au chapitre.
-C’est justement pour ça que je veux aller au centre-ville ! Je veux savoir pourquoi tous les animaux se mettent à parler subitement.
-Je doute que vous y trouviez autre chose qu’une confusion encore plus grande que dans ces rues. Les humains sont pris de panique et la garde peine à maintenir l’ordre. Tous les animaux ont décidé de suivre leurs propres règles. Il n’y a guère que les chiens qui restent fidèles à leurs maîtres.
-Et toi qu’est-ce que tu fais ?
-Je mène ma petite enquête. J’ignore ce qu’il s’est passé cette nuit mais retourner l’ordre des choses ainsi est tout bonnement inacceptable, hou !
-Pourquoi ? Tu n’aimes pas parler ?

Le hibou s’ébroua.

-Parler n’est qu’une conséquence. Depuis quelques heures tous les animaux, moi compris, peuvent penser bien plus profondément qu’auparavant. Si la perspective de pouvoir partager mes réflexions nocturnes avec mes pairs me réjouit, certains en ont profité pour assoir une vision dogmatique du monde sur leurs congénères et s’approprier le droit de les commander comme une bande de pantins. Et j’estime que si la nature nous a mis à notre place en fonction de nos capacités respectives, il est de notre devoir de nous en contenter sans chercher à profiter de cet incident pour écraser les autres, hou !

Fyn fit la moue.

-C’est un peu facile de la part d’un hibou…
-Pardon ?
-Rien, rien ! Et donc… tu as trouvé quelque chose ?
-Bien sûr ! Tout d’abord, tous les animaux de la ville ont été touchés au même moment. J’ai discuté avec plusieurs d’entre eux dans les différents quartiers et ils estiment tous avoir commencé à penser différemment il y a environ deux heures de cela, ce que je peux confirmer personnellement. Selon un félandre, il n’y a qu’un sortilège magique qui ait pu provoquer cela et il affirme que la source provient de quelque part non loin de la Fontaine d’Albâtre. C’est là que je compte me rendre.
-Je peux venir aussi ? J’ai vraiment envie de savoir !

Le hibou inclina la tête. En face de lui Fyn était tendue comme une flèche, dévorée par la curiosité et impatiente de pouvoir la satisfaire. Après une bref instant il étendit ses ailes.

-J’imagine qu’un peu d’aide ne serait pas de refus, hou ! Mais vous devrez vous faire discrète. Nous infiltrons le quartier aisé après tout…

Post 2 : 1331 mots
Lun 17 Avr - 23:35
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Nanthun - Domum - II
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Fyn agrippa un rebord pour reprendre son souffle. Ses jambes accusaient le manque de sommeil, tout comme son dos qui se plaignait de l’effort à grand renfort d’élancement au moindre mouvement trop brusque. Elle se frotta les yeux et bailla. Philippo décrivit une courbe gracieuse et se posa devant elle.

-Un problème ?
-Non, non… En fait je suis juste un peu fatiguée. Mais ça va aller !
-Nous ne devrions pas trainer. J’ai vu une patrouille à deux rues d’ici et je ne pense pas que notre présence leur siérait s’il nous apercevait ici.

Il prit son envol et marqua une pause plus loin sur un lampadaire en fer forgé. Fyn inspira un grand coup, s’ébroua et se lança à sa suite. Parmi les pavés lisses du quartier aisé régnait un calme étrange contrastant avec les ruelles d’où ils venaient. Même les exclamations amusées provenant des balcons et le claquement régulier des bottes des soldats paraissaient étouffés dans du linge. Ses propres pas résonnaient donc avec plus de force et elle devait alléger le plus possible ses foulées pour ne pas attirer l’attention. Heureusement, chaussée de ballerines au cuir souple et légère comme elle l’était, l’exercice n’était pas aussi difficile qu’il aurait pu l’être. Et à travers ce silence relatif, elle percevait beaucoup mieux les éventuels trainards nocturnes sur lesquels elle ne voulait absolument pas tomber.

Guidée par Philippo, elle évita les rondes avec une facilité déconcertante. Le hibou l’emmena jusqu’à un petit muret et se posta sur son bord pour l’attendre. Devant eux se déroulait une large esplanade circulaire bordée de riches habitations d’un blanc éclatant. Des arbres parfaitement taillés en flèche étaient plantés avec une précision géométrique et rejoignaient une énorme fontaine de marbre en plein milieu de la place. Ils formaient cinq allées autour du monument, comme une sorte d’étoile végétale. La fontaine en elle-même était à l’image de la lune qui se reflétait dans son eau. Spectrale et éclatante.

-Nous sommes arrivés.
-Wow… J’aurais jamais pensé voir un truc pareil. C’est censé être un ange ?
-Linda Mirange, pour être exact. Vous ne connaissez pas ?
-Ça me dit vaguement quelque chose… Oh, regarde ! Il y a même des petits soldats qui le gardent !
-Ceux-ci sont de chair et d’acier, malheureusement.

Un coup d’œil plus attentif et Fyn se rendit compte qu’il avait raison. Ils étaient tournés vers une petite forme sombre au pied de la fontaine et l’un d’eux se laissait parfois aller à de grands mouvements de bras comme s’il cherchait à créer une tornade avec. Quand un coup de vent apporta à Fyn une bribe de conversation, elle se raidit. Les oreilles tournées vers les soldats elle attendit une confirmation qu’une nouvelle brise lui offrit rapidement. Sans perdre un instant elle enjamba le muret et fonça vers la fontaine.

-Fyn, non !
-Arrêtez ! Arrêtez !

Dans un seul mouvement les soldats pivotèrent dans sa direction. L’un d’entre eux abaissa une pique qu’elle évita en se tordant sur le côté et elle se retrouva pile devant celui qui balayait l’air de ses bras.

-Laissez-le tranquille maintenant !
-Fyn ? C’est toi ?

Fyn eut tout juste le temps d’ouvrir la bouche pour qu’un grand moustachu s’avança, les bras croisés, l’air sévère.

-Qu’est-ce que c’est que ça ? Qu’est-ce que vous faites ici, vous ?
-Celui que vous maltraitez c’est mon ami !

L’ami en question s’avança timidement à ses pieds. Un petit raton laveur qui pressait contre lui une poire à moitié rongée. Le garde souffla comme un buffle.

-Vous le connaissez ?
-C’est Domino ! Et je vous interdis de lui faire du mal !

Ils la dépassaient tous d’une bonne tête mais elle ne cilla pas quand certains pouffèrent ou quand d’autres roulaient des épaules comme pour la défier. Elle concentra toute sa détermination sur le moustachu qui semblait être le chef du groupe.

-Qu’est-ce que vous lui voulez d’abord ?
-Seulement lui poser des questions auxquelles il refuse de répondre.
-Menteur ! Vous voulez que je vous rende ce que j’ai dans les mains !

Domino s’était pressé aux chevilles de Fyn, tremblant comme une feuille. Le garde braqua ses yeux sur lui.

-Parce que ce que tu as dans les mains ne t’appartient pas. Mais là n’est pas la question. Il y a plus important.

Il se pinça l’arête du nez et poursuivit en direction de Fyn.

-Écoutez pour l’instant toute la ville est en émoi et ce rongeur…
-Raton-laveur !
-… raton-laveur… possède des informations sur ce qu’il s’est passé. Alors peu importe que vous le connaissiez ou pas, je n’arrêterai pas tant que je n’aurais pas obtenu ce que je veux. Maintenant si vous voulez m’excuser, je ne pense pas que vous soyez autorisée à être ici…

Il fit un geste à son collègue qui battait des bras tout à l’heure de s’approcher. Il posa une main ferme sur les épaules de Fyn pour l’entrainer hors du groupe.

-Mais lâchez-moi !

Elle flanqua un coup de coude au soldat qui recula, sonné. D’autres l’empoignèrent pour la calmer et elle se débattit comme une tigresse jusqu’à ce que Domino n’interrompe leur mouvement en criant du haut de ses cinquante centimètres.

-C’est bon ! Stop ! Je vais vous le dire !

Le moustachu s’accroupit juste en face de lui. Face à ce silence pesant, l’animal recula instinctivement et baissa le museau.

-A condition que vous laissiez Fyn m’accompagner…
-Pardon ?
-J’ai dit que je ne parlerai que si vous laissez Fyn venir avec moi.
-Pour aller où exactement ?
-Voir celui qui est à l’origine de tout ça.

Le garde se frotta le menton, prit dans une intense réflexion. Il se redressa et fit un geste à ses collègues pour qu’ils laissent partir Fyn. Elle en profita pour se planter directement devant lui, les yeux luisant comme des braises.

-Non mais ça va pas ! C’est pas parce que vous avez une grosse moustache que vous pouvez faire de que vous voulez !

Le garde en face éclata de rire.

-Je ne savais pas que la légitimité allait de pair avec la pilosité faciale.
-Dans ce cas il y a aucune raison de se montrer aussi violent ! Domino déteste la violence.

Le raton-laveur confirma d’un timide hochement de tête. Le moustachu reprit un air sérieux et croisa les bras.

-Très bien. Repartons sur de bonnes bases. Nous allons tous garder notre calme. Je t’écoute.

Domino tritura nerveusement la poire qu’il n’avait toujours pas lâchée.

-Mais je vous ai déjà dit…
-Que tu voulais que ton amie… Fyn, t’accompagne. Ça, c’est faisable. Mais pour te faire confiance j’ai besoin de plus d’informations. Où tu comptes te rendre par exemple…
-Si je vous le dis vous allez y aller sans nous. Ou nous jeter en prison. Ou…
-Oui, oui, nous sommes de méchants gardes, j’ai compris. De mon côté tu dois comprendre que sans garantie, je ne peux pas vous laisser vagabonder dans le quartier à votre guise.

Fyn s’accroupit à côté de Domino et lui passa une main sur la tête.

-Allez vas-y.
-Mais Fyn. Tu comprends pas…
-C’est ce que j’essaie de faire, figure-toi. Explique.

Le raton-laveur alterna entre le garde et sa poire, à la recherche d’une quelconque inspiration magique. Son museau remua après quelques instants et en voyant ses moustaches s’étirer, Fyn devina instantanément ce qu’il allait dire avant même de prononcer le moindre mot.

-Dans ce cas négocions.

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Mer 17 Mai - 21:02
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Nanthun - Domum - II
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-… Et c’est comme ça qu’ils m’ont attrapé. J’aurais dû faire plus attention.
-Au moins maintenant on peut résoudre tout ça tous les deux ! C’est pas plus mal, non ?

Comme il ne répondait pas, Fyn se concentra sur la route.

-C’est par là ?
-Juste à gauche après la librairie.

Elle jeta un coup d’œil en arrière pour s’assurer que personne ne les suivait. Avec les tours et les détours qu’elle avait pris dans le quartier, elle doutait sérieusement que quelqu’un ait pu la pister, mais elle était tellement à cran que ce simple geste la rassura au moins temporairement. Domino avait été élusif au possible aussi ne connaissait-elle que le lieu où ils se rendaient sans vraiment savoir ce qu’ils y trouveraient. Tous ces mystères ne lui plaisaient pas et la facilité avec laquelle le capitaine de la garde avait accepté leurs conditions ne faisait que renforcer son angoisse naissante. Elle était sûre que quelque chose se préparait dans son dos.

Après la librairie ils dénichèrent la maison où habitait celui à l’origine de tout ce remue-ménage. D’extérieur rien ne la différenciait de toutes les autres. Propre, un encorbellement sur trois étages, avec quelques plantes grimpantes qui encerclaient la porte d’entrée de bois sombre. Sur un petit banc juste à côté, un elfe aux cheveux sombres sirotait une tasse en observant la lune. Fyn fronça les sourcils.

-Il ne se cache même pas…
-Pourquoi est-ce qui le ferait ? Personne ne peut savoir que c’est lui…
-Personne sauf toi.

Domino baissa la tête sans rien dire. Visiblement la culpabilité le rongeait. Fyn ne supportait pas de le voir comme ça, aussi inspira-t-elle un grand coup et lança avec un sourire.

-On y va ?

Tranquillement, elle s’approcha de l’elfe sans chercher à masquer sa présence. Elle balaya les deux côtés de la rue pour s’assurer qu’ils étaient seuls et se plaça à quelques pas de lui. Quand il remarqua qu’elle était là, il se raidit sensiblement sans que sa voix en fût affectée.

-Bien le bonsoir, mademoiselle. Vous êtes nouvelle dans le quartier ?
-Non, je suis juste de passage. Je m’appelle Fyn, et vous ?
-Dulirion. Dites-moi, qu’est-ce qui vous amène par ici, Fyn ?
-Moi.

En apercevant le raton-laveur grimper sur l’épaule de Fyn, l’elfe se releva vivement. Le mouvement avait été à ce point sec et fluide qu’on aurait pu jurer qu’un ressort invisible l’avait propulsé sur ses pieds.

-Domino ? Qu’est-ce que… Que me vaut ce plaisir ?
-Je suis venu parler de ce que tu as fait.
-De quoi parles-tu ? Je ne suis pas sûr de comprendre…

Remarquant le quart de seconde durant laquelle il l’avait regardée, Fyn tapota du pied.

-Domino m’a déjà dit que c’était à cause de vous que les animaux parlaient.

Dulirion vrilla ses deux prunelles noires sur l’animal.

-Regrettable. Je ne pensais pas que tu aurais été celui qui me tromperait…
-Je suis désolé ! Il y avait des gardes partout, ils m’ont attrapé et… j’ai gaffé. Je voulais pas, je te jure ! Mais ils posaient plein de questions et ils étaient tellement… tellement méchants.

L’elfe avala une dernière gorgée de sa tasse et il la posa un peu trop sèchement sur le banc. L’image de calme qu’il tentait de renvoyer se craquelait à chaque mouvement qu’il faisait, Fyn le sentait. En prenant une longue inspiration, il lui demanda.

-Bien. Que faisons-nous alors ?
-J’aimerais bien que vous m’expliquiez, déjà. C’est donc bien vous qui avez fait tout ça ? Pourquoi ?
-Ah, pourquoi le nier après tout ? Oui, c’est moi. J’en ai assez de voir les animaux servir d’esclaves aux hommes pour accomplir leur tâche ingrate. Ils ne peuvent rien faire par eux même. Pour labourer les champs, pour garder les troupeaux ou leur maison, pour qu’ils servent de tampon face à une solitude qu’ils ne peuvent pas affronter ou pour les…

Il cracha par terre de dégoût.

-Voilà ce qu’ils m’inspirent. Les humains brandissent l’absence manifeste d’intelligence chez les animaux pour justifier leurs ignominies. Mais plutôt que de m’ériger comme leur porte-parole, j’ai décidé de leur laisser l’opportunité de s’exprimer par eux-mêmes. Pour qu’ils montrent enfin ce qu’ils sont, ce qu’ils pensent et ce qu’ils veulent. Est-ce si condamnable ?
-Mais vous voyez pas ce que ça provoque en ville ? Tout est sens dessus dessous !
-Ce désordre est nécessaire. Si c’est le seul moyen pour qu’ils comprennent que les animaux ne sont pas aussi simples qu’ils le pensent, alors ainsi soit-il. En tant qu’hybride, vous devriez comprendre…
-Ce que je comprends surtout c’est qu’il y a plein d’animaux en ville qui sont complètement déboussolés par ce qu’il leur arrive !
-Avec le temps ils s’y feront. Et ils verront à quel point leur situation était scandaleuse.
-Fyn…

Domino tira doucement son oreille pour lui faire tourner la tête. Un peu plus loin dans la rue, un attroupement de soldats avançait dans leur direction. A leur tête, le capitaine Moustache.

-Oh non…
-Voici les baillons de la liberté en marche.

L’elfe se lissa les cheveux et attendit patiemment que les gardes n’arrivent à leur niveau. Il les jaugea un par un comme s’il estimait ses chances de s’en sortir puis porta son attention sur leur chef qui fit un grand pas en avant.

-Je suis le capitaine Barthe, responsable de la sécurité de ce quartier. Au nom de notre roi, je vous arrête pour…

Fyn s’interposa aussitôt.

-Non, attendez ! Vous nous aviez promis de ne pas intervenir !
-Je suis désolé mais j’ai des ordres. La sécurité de la ville avant tout. Cet elfe a commis un acte très grave, possiblement d’origine magique. Je ne peux pas le laisser en liberté.
-Alors faites votre devoir, monsieur. Je n’ai plus rien à dire.

Quand deux gardes l’attrapèrent fermement, il ne se débattit pas. Tout juste le contact de leurs mains gantées le firent se tendre légèrement. Son visage, lui, restait de marbre. Le capitaine Barthe le jugea sévèrement du regard.

-J’espère que vous serez plus loquace par la suite. J’ai ordre des ordres très stricts concernant les animaux que vous avez ensorcelés ce soir si vous ne coopérez pas.

La menace à peine voilée qui traina dans l’air fit son effet. Un pli s’esquissa sur le front de l’elfe.

-Vous n’oseriez pas.
-Vous me sous-estimez grandement si vous pensez cela.
-Ils n’y sont pour rien ! Si vous devez punir quelqu’un, alors punissez-moi. Ce ne sont que des… Ils sont comme nous !

En voyant sa détresse, Fyn eut un pincement au cœur. Elle le prit presque en pitié.

-Soyez pas trop dure avec lui. Il vous expliquera peut-être pourquoi il fait ça…
-Je l’espère. La suite ne dépend que de lui. Bien. Messieurs, direction la caserne ! Quant à vous deux, j’espère que vous aurez quitté le quartier avant l’aube si vous ne voulez pas partager une cellule avec lui.

Les soldats encadrèrent l’elfe qui ne jeta aucun regard en arrière. Rigide comme un bâton, il prenait surement conscience que les choses ne s’étaient pas déroulées comme il les avait imaginées. Une fois hors de vue, Fyn passa une main distraite sur Domino.

-Qu’est-ce que t’en penses, toi ?
-Je sais pas trop, Fyn. J’aime bien parler avec toi comme ça mais… J’ai l’impression d’avoir des fourmis dans la tête. Et puis je suis pas vraiment à plaindre contrairement à d’autres. Je t’ai toi.

Elle sourit et pressa sa tête contre la sienne. Et puis un hululement sur une corniche un peu plus haut attira leur attention à tous les deux. Un sourire étira les traits de Fyn.

-Coucou Philippo ! Je croyais que tu étais parti !
-C’était le cas, oui. Mais je n’allais tout de même pas laisser cette affaire en suspens sans en voir le bout, hou !

Le hibou plana jusqu’à eux et se posa sur le banc, ses griffes crissant doucement sur le marbre poli. Il pencha la tête sur le côté.

-Je dois dire que votre départ subi m’a quelque peu troublé. Mais je suis content de voir qu’il n’en est rien sorti de mauvais. Enfin. Je me nomme Philippo, comme votre amie vient de le dire.
-Domino. On s’est pas déjà vu quelque part ?
-Dans d’autres circonstances, qui sait ? Avec ce qui est arrivé cette nuit, je suis prêt à le croire. Heureusement que tout va rentrer dans l’ordre, hou !

Fyn se gratta le bout du nez, pensive. Elle ne savait plus trop quoi penser après avoir entendu Dulirion parler, ni même ce qu’il adviendrait de tous les animaux de la ville. Mais au moins elle dormirait la curiosité satisfaite. Le reste viendrait avec le soleil. Lourdement, elle se laissa tomber au sol et massa ses cuisses endolories. Sur le banc, Philippo battit des ailes.

-Il faudrait peut-être y aller. Vous avez entendu le garde…
-Il a dit l’aube. On a encore le temps.

Elle soupira et laissa Domino s’installer entre ses cuisses.

-Dis, Fyn. Tu crois que je vais arrêter de parler après ?
-J’espère pas ! Avec qui je pourrais discuter sinon ?

En observant la lune, elle se dit que dans le fond, Dulirion n’avait peut-être pas totalement tort.

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Jeu 18 Mai - 22:44
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