Une croisière chaotique | SOLO

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Ashryn - Sylvar - IV
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La blonde se prélassait dans son bain. Elle n’avait pas souvent l’occasion de se baigner, aussi bien dans un lac que dans une baignoire, alors qu’elle adorait ça. Elle pouvait demeurer des heures à faire trempette. Elle appréciait particulièrement le bruissement de l’eau qui froisse le silence. De ce fait, elle préférait passer ce genre de moments seule. Cela faisait cependant au moins deux heures qu’elle pataugeait, n’en déplaise à Falka qui commençait à sérieusement s’emmerder, seule dans la chambre. Elle toqua donc avec force à la porte de la salle de bains.

« Excusez-moi princesse, d’oser vous déranger lors de vos moments intimes mais vous en avez encore pour longtemps ? »

L’interpellée répondit d’un bruit entre le bâillement et le soupir, en étirant ses bras en-dehors de la baignoire.

« Oui oui ça va ! » geignit-elle comme une enfant qu’on tente d’arracher à son jeu préféré pour passer à table. « J’arrive, encore quelques minutes. »

Falka ne cacha pas son désarroi en poussant un long et profond soupir. Elle ne sortit cependant pas de la salle de bains, attendant le dos contre le mur avec la serviette sur le bras. Si elle retournait attendre dans la chambre, elle était bien foutue de devoir revenir dans une heure car Sora ne serait toujours pas sortie. Cette dernière se décida enfin, avec une certaine lenteur qui exprimait très bien son envie inexistante de sortir de son bain. Elle attrapa la serviette que lui tendit l’ombre, et s’essuya rapidement.

« Si tu aimes tant que ça l’eau, tu devrais te presser pour la mission que tu as acceptée. On ne va pas manquer d’eau tu sais. »

« Au milieu de la mer sur un rafiot ? » répliqua-t-elle. « Certainement pas. Mais crois-moi que si on tombe du navire dans la flotte loin de la rive, ce sera bien moins agréable que ce bain. »

Falka ne répondit pas, se contentant de suivre la jeune femme qui revint dans la chambre et commença à enfiler ses vêtements étalés sur le lit. Elle boucla sa ceinture, y attacha soigneusement le fourreau de son épée, planqua sa dague et sa sangle sur sa cuisse sous ses fringues et vérifia une dernière fois qu’elles n’avaient rien laissé dans la chambre. Puis, elle ouvrit la fenêtre, posant un pied sur le rebord.

« On ne paye pas aujourd’hui ? » questionna l’ombre.

« Pas les moyens. »

Sur ces mots, la blonde bondit et atterrit sur le toit le plus proche. Bien vite suivie de Falka, qui referma soigneusement la fenêtre derrière elle. Encore une auberge qu’elle devait rajouter à la liste de celles où elle ne devait pas revenir, au risque d’avoir des ennuis. Une fois qu’elles furent de nouveau sur la terre ferme, elles se mirent en route vers le port.

« Stop ! »

La jeune femme venait de placer son bras devant son amie l’ombre pour l’empêcher d’avancer davantage. Falka ne dit pas un mot, attendant la raison de cet arrêt soudain, qui ne tarda pas à venir.

« Tu vas te transformer en ce que tu veux et rester discrète. Une puce ou un oiseau sur le mât, comme tu veux. Mais je veux que tu sois un atout dans ma manche. Et même si ça craint, tu ne fais rien, tu ne bouges pas avant mon signal. Même si ça chauffe pour moi. Si tu interviens au mauvais moment, tu nous mettras toutes les deux dans une situation délicate. »

L’ombre planta son regard dans celui de Sora. Et lui répondit.

« Entendu mon capitaine. »

Pour dire vrai, elle n’était pas tout à fait d’accord. Elle se permettra d’intervenir quand la situation semblera critique ou mortelle pour Sora à ses yeux, comme d’habitude d’ailleurs. Elle s’exécuta cependant, et prit son envol après s’être transformé en corbeau. La blonde la regarda un moment s’éloigner, puis se poser un peu plus loin sur un poteau d’où elle semblait avoir un large panorama. Rassurée, la jeune femme se mit donc en quête de son moyen de transport : un bateau nommé l’Intrépide. Un nom qu’elle trouvait aussi ridicule qu’arrogant. De ce fait, elle le trouva assez rapidement, son apparence étant plutôt proche de son surnom. Il fallait tout de même admettre que c’était un beau navire. Muni de grandes voiles blanches qui battaient joyeusement les deux mâts du bateau, le bois qui le composait était verni et en très bon état.

« Hola mademoiselle ! Seriez-vous une de nos passagères ? » 

Elle détourna son regard pour le poser sur un homme gras aux cheveux noirs affreusement en pagaille. Et avant même de lui fournir une réponse orale, elle sortit de son sac un petit morceau de papier et lui tendit.

« Je pense que ceci est susceptible de répondre à votre question, monsieur. »

L’homme sourit en reconnaissant le parchemin. Il se poussa du ponton et d’un moulinet disgracieux de son court bras potelé, il l’invita à embarquer. Elle grimpa agilement la planche de bois et parcourut le pont du bateau du regard. La plupart des gens présents ici étaient bien habillés, avec peu d’affaires. Aucun n’était venu pour faire un trajet d’un continent à l’autre, et personne n’était venu avec l’objectif de Sora en tête. Elle s’avança jusqu’au rebord qui n’était pas contre le quai, et entreprit de demeurer là en attendant l’heure du départ. Elle vérifia cependant d’un bref coup d’œil que le mât n’était pas inoccupé. Un corbeau à la robe de cendres la scrutait attentivement. Elle détourna son attention de l’oiseau noir en entendant la voix singulière de celui qui l’avait accueilli, qui devait être le capitaine. Il avait la dégaine d’un véritable pirate. Et cela inquiétait autant Sora que ça la faisait sourire. Elle écouta cependant ce qu’il avait à dire, tandis que ses hommes retiraient le ponton d’accès.

« Bienvenue sur l’Intrépide mesdames et messieurs, pour une petite croisière à laquelle vous avez eu la chance d’être invités ! Prenez votre aise et profitez du paysage ! »

Son discours fut acclamé d’applaudissements, auquel Sora ne daigna même pas participer. Oh, elle n’était pas naïve. Il y avait bien une raison à sa présence ici. Et elle était bien différente de la plupart de celles qu’avaient les gens autour d’elle. Mais selon les informations qu’on lui avait fournies, elle n’avait pas à s’inquiéter de suite. Les festivités allaient commencer une fois que le navire se trouverait au large. Elle en profita donc pour s’installer sur le bord, et contempler le port qui s’éloignait, repoussé au loin par l’étendue d’eau sombre. Comme dans son bain ce matin, elle se perdit dans ses pensées. Si bien qu’elle se fit avoir comme une novice et ne vit pas venir le coup de bâton sur sa tête, qui l’assomma instantanément.

1135 mots.


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Dim 2 Avr - 23:06
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Ashryn - Sylvar - IV
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Le réveil fut douloureux, et elle n’eut pas à passer sa main sur sa tête pour sentir une grosse bosse à l’arrière de son crâne. Selon elle, elle tanguait toujours. Elle se trouvait donc encore sur le bateau. Son hypothèse se confirma lorsque sa vue redevint tout à fait nette. Elle se trouvait dans la cale, avec la plupart des passagers, assis et silencieux. Il n’y avait pas un bruit sinon que le bruit caractéristique des vagues qui s’écrasent sur la coque. Quelqu’un se risqua à dire quelque chose, et un bruit sourd se fit entendre au plafond. Bien, les fameux pirates ne surveillaient pas la cale mais ne voulaient même pas les entendre ouvrir la bouche. La blonde était démunie de son épée et sa dague. Bah, elle devrait passer sur sa pensée qui lui disait qu'ils avaient du tâtonner sa cuisse pour la trouver ce qui la révulsait profondément et elle savait de toutes façons se battre sans l'un ou l'autre, au moins le temps de parvenir jusqu’à ses biens et de les récupérer. Elle se masse un moment les tempes puis releva la tête, pensive. Et au bout de quelques minutes, elle murmura quelque chose le plus bas possible à son voisin, en lui présentant sa main.

« Tu vas faire passer ce message à tout le monde, un par un. Ton voisin qui va le répéter et ainsi de suite, en restant extrêmement silencieux. Quand je donnerais un signal, tout le monde va faire un signe selon sa réponse : celui-là si tu sais te battre avec une arme, celui-ci si tu sais utiliser la magie, celui-là si tu sais utiliser les deux et celui-ci si tu ne sais rien faire. Vas-y et tâche d’écourter mes mots sans en perdre le sens principal. »

Il s’exécuta et, à la grande surprise de la jeune blonde, le message passa très bien. Et lorsqu’elle fit son signal, tout le monde lui répondit. Malheureusement, si le message était bien passé et que tous avaient bien saisi la consigne, alors les résultats étaient désastreux. Le seul signe concernant la maîtrise de la magie était tremblant, et Sora ne doutait pas, vu la tronche de l’homme en question, qu’il avait uniquement des dons en cuisine ou un quelconque autre domaine inutile en combat. Personne ne faisait le signe disant qu’il maîtrisait les armes. Et une seule personne faisait celui de la maîtrise des armes et de la magie. C’est en croisant son regard que la blonde sut que c’était sur elle qu’elle devrait miser. Elle bougea sa main de façon à leur faire comprendre que c’était bon, et avança lentement vers la jeune femme, en tentant de faire le moins de bruit possible. Les gens, par respect, par peur ou quoi que ce soit d’autre, lui laissait le passage. En s’approchant de la femme, elle la détailla, sans pour autant avoir l’air oppressante.

Sa peau était bleue. Si les gens autour d’elle, avant même le rapprochement de Sora, avaient laissé un cercle de sécurité, il était évident que c’était à cause de la couleur de son épiderme, par crainte. La blonde avait sa petite idée de la race de la jeune femme grâce à ce détail. Mais si sa théorie s’avérait juste, elle n’avait aucune raison de la discriminer ou la rejeter. Elle aurait été bien trop mal placée pour le faire. Ses cheveux étaient longs et d’un bleu sombre aux reflets violacés saisissants. Elle les avait accrochés en une longue et stricte queue de cheval. C’est en continuant d’avancer qu’elle remarqua ses yeux jaunes. Pénétrants, insistants, Sora soutint le regard. Elle n’avait jamais eu l’habitude de le baisser, et ce n’était pas quelque chose qu’elle allait commencer à faire maintenant. Certainement pas, elle avait un orgueil bien trop grand pour cela et elle s'asseyait sur celui-là seulement en des occasions rarissimes en la présence ou sur la demande de personnes bien précises. Et croyez-bien qu'elles ne se comptent même pas sur tous les doigts d'une seule main. Arrivant à hauteur de la jeune femme, elle se remit assise, assez proche d’elle sans pour autant l’envahir, afin qu’elle entende sa voix sans hausser le ton. Elle réfléchit à quels mots employer pour être aussi brève qu'aimable, même si les deux étaient rarement combinables généralement.

« Hey. Je vais pas y aller par quatre chemins, le temps presse. Qu'est-ce que tu sais faire ? »

La voix de la jeune femme sonna comme l'avait imaginé Sora : elle était aussi douce que froide.

« Je connais quelques sorts, mais un pacte de Démon ne va pas avancer à grand-chose ici. Je me débrouille cependant bien avec une épée ou un couteau. Je maîtrise particulièrement l'usage du fouet. Mais je n'ai rien sur moi. »

Sora ne prit même pas le temps de réfléchir avant de lui répondre.

« Une écoute du navire pourrait te suffire ? Mes capacités magiques ne sont pas extraordinaires, mais je peux nous créer un passage jusqu'à l'endroit où ils gardent les biens des passagers et donc les miens, et pour y parvenir, nous pouvons également nous emparer des armes des membres de l'équipage qui tenteront de nous arrêter. J'aurais de ce fait une épée pour toi. Cependant, c'est un pari risqué que je te propose, car comme tu l'as vu, personne n'est réellement qualifié pour se battre, et nous serons évidemment en infériorité numérique. Rien ne t'oblige de ce fait à accepter. »

Contre toute attente, elle acquiesça sans prendre une minute ou une seconde de réflexion supplémentaire. Après tout, elle était au fond d'une cale comme prisonnière, ne sachant pas à quoi s'attendre, elle n'avait sûrement pas de meilleur plan que celui-là. C'est ce que son oui de la tête avait fait dire à Sora : ni enthousiaste, ni sec. Juste le oui qui veut dire qu'on a pas le choix mais qu'on a déjà vu pire. Elles s'organisèrent elles et les autres passagers le plus silencieusement possible, puis après avoir bien vérifié que tout le monde avait bien compris, se préparèrent à l'offensive. Pour cela, elle se placèrent sous la grille – seul accès à la cale qui se trouvait sur le pont – et tous les passagers se mirent à faire du bruit. Comme prévu, des matelots rappliquèrent. Ils n'y en avait que deux, mais c'était déjà ça de pris. Sans crier gare, alors qu'ils tapaient des pieds sur les barreaux de métal pour faire taire les captifs, Sora leva les bras vers le ciel, et le mouvement fut suivi et prolongé d'une énorme vibration de l'air. La grille, bien que solide, s'arracha sans problèmes du bois du pont et bondit comme le bouchon d'une bouteille, avec les deux hommes dessus. Elle retomba plus loin dans l'eau, suivi de deux ploufs qui devaient être les deux malheureux. Mais la blonde n'avait pas le temps de se féliciter d'un si joli feu d'artifice. La jeune femme à la peau bleue sortit la première de la cale et apparut sur le pont. Elle eut un court moment d'hésitation en voyant qu'elle était montée seule. Mais elle ne se laissa pas démonter.

« Un face en moi, deux derrière, un à huit heures un peu plus loin. »

Cela ne voulait sûrement absolument rien dire aux hommes concernés. Tant mieux d'ailleurs. Cela permit à Sora de sortir à son tour de la cale d'un bond, et de balancer une onde de choc aux trois endroits que la jeune femme lui avait indiqué. Il y eut quatre ploufs. Cela semblait encourageant, mais le navire était grand, et la blonde se doutait bien que pour manœuvrer une telle chose, il fallait bien plus d'un groupe de dix matelots. Aussi était-elle quasiment certaine du fait que le pire n'était pas passé. Elle demeura cependant confiante, prête à accueillir comme il se devait le premier homme qui fonça sur elle. Coup de chance, ça semblait être un abruti fini à qui on avait donné une lame juste pour l'esthétique. Le coup qu'il tenta d'asséner à Sora était irréfléchi, brusque et totalement stupide. Elle ne tarda pas à lui mettre un énorme coup de poing en se retournant après l'avoir esquivé, à s'emparer de son arme et à se précipiter vers la première corde qu'elle vit. Deuxième coup de chance, elle était enroulée au sol et non utilisée ou utile à maintenir quelque chose. Elle put ainsi siffler sa compagne à la peau bleue et lui lancer l'écoute enroulée une fois qu'elle eut obtenu son attention.

Mais le temps passait bien vite, et déjà des hommes armés arrivaient de toute part pour intercepter les deux troubles-fêtes. Sora ne se démonta pas. Et avant de se jeter sur le premier adversaire qui allait lui tomber sur le coude, elle leva rapidement la main en l'air sans même faire suivre son regard, et fit un bref signe de la main. Pour n'importe qui, cela n'avait aucun sens. Pour le corbeau perché sur le mât qui trépignait d'inquiétude et d'impatience, ce geste avait un sens extrêmement précis. Cela signifiait pas encore. Qu'il n'était pas encore temps d'intervenir. Bien que Falka, ainsi inutile à observer le tout en haut du navire, n'avait aucune envie de demeurer là en simple observatrice. Mais elle vouait une confiance aveugle à Sora. Si elle lui disait pas encore, c'est qu'elle n'avait pas encore besoin d'elle. Qu'elle voulait garder son atout dans sa manche. Alors elle devait obéir. Elle saurait reconnaître le moment où la blonde nécessiterait sa présence d'elle-même, même si elle ne lui passait aucun message codé. Depuis le temps qu'elle la connaissait, il lui suffisait de la regarder dans les yeux pour la comprendre.

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Dim 2 Avr - 23:09
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Ashryn - Sylvar - IV
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Sora baissa son bras juste à temps, prête à parer le coup – aussi maladroit et inexpérimenté que le premier – de sabre qu'on tenta de lui asséner. Oh elle ne doutait pas du fait qu'on lui envoyait d'abord le menu fretin. Et que le pire était de ce fait, encore à venir. Elle se débarrassa sans aucun mal du deuxième assaillant, qu'elle balança à la flotte – elle était quasiment certaine du fait que dans le feu de l'action, le bateau continuant à avancer, toute personne qu'elle balancerait à la mer serait un adversaire de moins définitivement – et tenta de réfléchir très rapidement à l'endroit où ses biens pouvaient se trouver. Pas qu'elle était désarmée puisqu'elle avait récupéré la lame d'un des hommes, mais il n'y avait rien de mieux que sa lame. Autant en manière d'habitude que d'adaptation à sa morphologie, ou de qualité du matériau. Mais il fallait pour l'atteindre, qu'elle se fasse elle-même un chemin avec ce qu'elle avait sous la main. C'est avec une légère appréhension – qu'elle camoufla comme à son habitude derrière un visage tout à fait neutre et impassible – qu'elle accueillit les prochains qui se jetèrent sur elle, et qui n'y allèrent cette fois pas à un à la fois, mais à trois en même temps. Elle fit reculer le premier d'un bon coup de pied dans le bide, dissuada temporairement le deuxième d'un coup du bout du manche du sabre dans la mâchoire mais ne put s'occuper du troisième assez rapidement. Elle laissa échapper un cri plaintif lorsque l'épée de ce dernier lui valut une belle coupure sur l'épaule.

Mais Sora n'était pas du genre à s'écrouler à la première blessure. Comme toute personne, elle ne pouvait être insensible à la douleur – même s'il fallait admettre que pareille capacité serait sûrement extrêmement pratique – pas même essayer de faire semblant de ne rien ressentir sur le moment. Mais elle se reprenait toujours très vite. Le fait de se faire toucher était pour elle un signal d'alarme. Si comme tout le monde, cela lui faisait de toutes évidences mal, elle prenait ça pour un avertissement. Cela voulait dire qu'elle avait commis une erreur, qu'elle était en train de se faire submerger, et qu'il était temps de se ressaisir. De ce fait, elle bondit sur les trois hommes avant même que le premier ne se remette de son coup dans le bide ou que le deuxième ne se rende compte qu'un coup de manche d'épée dans la mâchoire n'était pas si grave que ça. Elle trancha la gorge du premier, sonna le deuxième, et en entendant le tintement métallique particulier de deux lames qui s'entrechoquent, elle comprit que le troisième allait sérieusement l'emmerder.

Elle fit mine de se prendre au jeu, et recommença à attaquer avec sa lame. Deux puis trois coups qu'il para sans problèmes. Elle en asséna un suivant, bien moins joli et réussi. Et il tomba dans le panneau. Il se jeta pour saisir son angle mort, qui était une feinte – bien que risquée – tout à fait prévue par la jeune femme, qui peut lui envoyer dans la figure un bon coup de poing bien dosé à l'aise de sa super force. Elle ne fit pas attention à la douleur dans ses phalanges, ni au bruit de dents cassés dans la bouche de l'homme, et ne porta même pas un regard à son corps qui retomba, inconscient.

Prise par le feu de l'action, Sora en avait presque oublié sa compatriote. Elle se débrouillait bien à vrai dire. La corde en guise de fouet temporaire dans une main, un sabre subtilisé dans l'autre, elle semblait réussir à en découdre avec trois hommes en même temps elle aussi. Mais elle n'avait pas le temps de la regarder se battre. Elle devait trouver la salle où ils gardaient sa besace afin de s'armer un peu mieux que ça avant que d'autres n'arrivent. Elle emprunta la première porte qu'elle trouva et fut surprise d'avoir autant de chance – si on peut appeler chance le fait de se faire capturer sur un navire à la base – en voyant sur une table, des tonnes d'objets qui ressemblaient fort aux possessions de potentiels passagers captifs. Elle écarta rapidement les manteaux, les ombrelles, les sacs avec de la jolie dentelle blanche et quand elle tomba enfin sur son sac, elle n'eut pas le temps d'y poser la main. Elle y posa sa tête à vrai dire, et très violemment. Quelqu'un venait de l'avoir dans son dos, de lui attraper l'un des bras d'une main, de lui coincer l'autre sous elle et de prendre sa tête pour la frapper contre la table. Sa besace avait amorti le choc, mais elle demeurait coincée.

« Petite traînée ! Je vais t'apprendre à faire la fanfaronne et à tuer mes camarades ! Tu vas avoir droit à une bonne correction ! À moins que tu m'implores gentiment et que tu me rendes un petit service ? »

Sora crut que le contact forcé entre sa joue pressée et la table était le pire, mais elle sut que non une fois qu'elle eut le courage de lui répondre avec arrogance :

« Va te faire foutre... Ordur- »

Il lui releva la tête pour mieux la tirer par les cheveux. Quoi qu'il arrive, tout comme pour une blessure, il était difficile de faire semblant de ne pas avoir mal. Il lui faisait une clé de bras, et la tenait par sa chevelure, elle était incapable de faire quoi que ce soit.

« Alors sale chienne ! Je vais te découper en petits morceaux pour ton arrogance tu vas voir ! » beugla-t-il le visage au-dessus de son épaule ensanglantée. « Tu vas apprendre ce que c'est la vraie souffrance ma petite s- »

Pas de fin de mot, juste le sifflement de l'air et un bruit visqueux. Et soudainement, la prise autour de son poignet lâche, ainsi que celle qui retenait ses cheveux. Et le corps de l'homme devint aussi lourd qu'immobile. Sora s'écarta d'un coup, et le détail lui sauta aux yeux : il avait désormais une flèche en travers de son crâne mal rasé. Normal qu'il n'ait pas pu finir sa phrase. Instinctivement, la blonde tourna la tête vers la porte. Et ne fut pas surprise de voir une ombre humanoïde avec un arc à la main.

« Un petit merci suffira tu sais. Je connais ton orgueil. »

Elle fit la moue, et fit volte-face une fois qu'elle eut attraper sa précieuse besace.

« Je t'avais dit que je n'avais pas besoin de toi tout de suite. Mais y'a pas le temps pour les mercis. Une femme a besoin de nous sur le pont. »

Falka ne répondit pas. Elle savait que sa raison était aussi bonne que mauvaise : arracher un compliment, une excuse ou un remerciement à Sora tenait du petit miracle. Et elles n'avaient pas le temps nécessaire pour ce genre de choses. Elles se ruèrent donc à nouveau dehors, et l'ombre fit de grands pas de courses jusqu'à elle, aussi gracieux qu'efficaces, puisqu'elle tournait parfois sur elle-même pour faire un tour complet avec son arc et ainsi balayer plusieurs adversaires. Le coup d'un arc dans la tempe ne les tuait pas, mais il les calmait quand même un peu si cela ne les assommait pas. Et c'était déjà amplement suffisant. Elle aida la jeune femme à la peau bleue à se dépêtrer du groupe d'hommes qu'elle avait sur le dos, et elles furent bien plus efficaces à trois. Elles se rendirent compte après en avoir fini avec le groupuscule, qu'il n'en accourait plus aucun de nulle part.

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Dim 2 Avr - 23:12
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Ashryn - Sylvar - IV
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« C'est tout ? Oh merde. » soupira Sora. « J'aurais du y penser avant et en garder un conscient, un naïf et peureux qui sous la menace aurait accepté de conduire le bateau. J'y connais rien... »

Elle releva le regard vers la Démone, comme attendant qu'elle lui avoue soudainement qu'elle avait été capitaine d'un navire dans une ancienne vie. Mais aucune révélation de ce genre ne vint, et elle dut se contenter de l'éclat de voix de Falka qui venait de s'être rapproché du bord.

« Il y a un bateau en vue ! J'y connais rien en navigation mais il semble aller vachement vers nous ! Et les étendards noirs avec des têtes de morts, ça sent pas bon non plus. »

Sora laissa échapper un juron. Mais elles n'avaient plus le temps de s'apitoyer sur leur sort ou de se poser des questions. Il fallait agir.

« Falka, tu t'empresses de prendre tous les hommes qui sont sur le pont. Même les morts, tu m'emprisonnes ça quelque part, et si tu trouves quelque chose pour lier les inconscients, ça sera parfait. Et... »

Elle n'eut même pas le temps de l'affubler d'un petit surnom pour s'adresser à elle que l'interpellée comprit instantanément la donnée qui lui manquait et répondit à la question qu'elle n'avait pas eu le temps de poser.

« Kaeldwen Aenlyn. Mes amis m'appellent Kae, Kael ou bien Dwen. »

Sora ne put s'empêcher de sourire. Elle ne trouvait que plus sympathique les gens qui se présentaient sans qu'on ait à leur demander et qui en plus, lui proposait des diminutifs bien plus pratiques à employer.

« Scylla Fentkräes. Pour la plupart, c'est néanmoins Sora. J'aimerais que tu m'aides à manœuvrer. Je vais tenter de faire un demi-tour. Je prends la barre et tu t'occupes des voiles. Et dès que nous aurons fait demi-tour, nous échangeons, je vais forcer l'air à passer dans la voile pour aller plus vite. Falka viendra t'aider dès qu'elle en aura fini. »

La dite Kaeldwen ne se fit pas prier pour s'exécuter. Et cela fut d'ailleurs impressionnant. Elle lança la corde de fortune – qu'elle avait transformé en lasso au bout à l'aide d'un nœud -  avec une étonnante précision, et du premier coup, attrapa quelque chose qui lui permit de se mettre immédiatement à grimper. En la voyant faire, Sora se jura de ne plus jamais se nommer comme une acrobate. Elle avait les capacités d'une patate en matière de souplesse et d'agilité par rapport à cette femme. En un rien de temps, elle fut sur le mât, prête à faire ce qu'elle pouvait avec la voile – même si au fond, elle comme Sora n'avaient aucune idée de quoi faire justement. La blonde fit ce qui lui sembla le plus logique. Elle chercha à voir d'où venait le vent, pis tourna à fond du côté duquel elle avait jugé qu'il allait. Kaeldwen fit de son mieux à l'aide de sa corde pour diriger la voile. Par elles ne savaient quel miracle, elle avait désormais le bateau avec l'étendard noir dans le dos. C'était déjà un grand pas. Mais de là à savoir si elles allaient réussir à le larguer en route et à aller plus vite que lui... Falka ayant fini d'aller foutre dans un coin la plupart des hommes les ayant attaquées, elle revint face à Sora en même temps que Kaeldwen, qui ne pouvait plus faire grand chose de plus avec la voile.

« Si nous arrivons à apercevoir le port, je pense qu'ils abandonneront. S'ils sont ce que je pense, approcher la côte n'est clairement pas un bon pari pour eux. Reste à espérer que mes hypothèses soient justes. Que l'une de vous deux prenne la barre, je vais donner un peu d'élan aux voiles. »

Elle acquiescèrent d'un signe de tête et Sora lâcha le volant pour approcher du mât. Elle n'avait pas les capacités de Kaeldwen en matière d'escalade mais elle avait mieux que ça. Aussi naturellement que sur le sol, elle se mit à marcher à la verticale, le long du mât. Elle s'arrêta au milieu, les jambes en croix autour du poteau de bois pour se retenir, et se pencha en arrière, vers la voile, les bras en avant pour donner le maximum de poussée au navire.

« Elle prend toujours trop de risques. Prends la barre Kaeldwen s'il te plaît, il faut que je sois là pour la rattraper si elle tombe cette idiote. Elle utilise son contrôle de la gravité et celui de l'air en même temps, elle pourrait me tomber dans les vapes en haut du mat et chuter que ça m'étonnerait pas. »

La Démone n'étouffa même pas un rire, et se contenta d'affirmer en s'exécutant avec un visage glacial. Falka ne s'éloigna néanmoins pas trop, restant près de la jeune femme. Elle gardait cependant les yeux en l'air sur la blonde suspendue. Et au bout d'une dizaine de minutes tout à fait silencieuse, la Démone finit par parler :

« Quels liens vous lie toutes les deux ? »

Falka aurait aimé écarquiller les yeux et se retourner, mais ironie du sort, elle tenait trop à Sora pour balader son regard ailleurs que sur elle. Elle lui répondit donc en restant de dos.

« Ça va te paraître un peu con mais je suis comme son ombre. Je crois que c'est la meilleure façon de définir précisément notre relation. »

Kaeldwen ne crut sans doute pas nécessaire de commenter ou de la remercier pour sa réponse. Elle se contenta de diriger le bateau sans rien ajouter.

« Et toi alors ? » lança finalement l'ombre sans même poser son regard sur elle. « Qu'est-ce que tu es ? Qu'est-ce que tu es venue faire ici ? »

Elle laissa planer un court silence avant de répondre d'un ton monocorde.

« Je ne sais pas vraiment. »

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Dim 2 Avr - 23:17
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Ashryn - Sylvar - IV
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Falka aurait aimé lui répondre qu'il était étrange de ne pas savoir pourquoi on allait à tel endroit ou qui on était, mais elle se rappela rapidement que Sora avait parfois des réponses totalement vagues à ce genre de questions, aussi s'abstient-elle de tout commentaire.

« Alors qu'est-ce qui te guide dans la vie ? Qu'est-ce qui te fait avancer ? »

Elle lui répondit l'air totalement détachée, alors que le contenu de sa réponse était véritablement triste.

« Je n'avance pas. On se forge un but dans la vie parce qu'on a vécu, parce qu'on a quelque chose à défendre, un objectif à atteindre. Il n'y a rien pour les amnésiques, ni devant, ni derrière. »

Cette fois, l'ombre se tourna vers elle. Elle demeura silencieuse, les yeux plantés sur elle, le regard affreusement triste. Pourtant, Kaeldwen restait de marbre, comme si ce qu'elle venait de dire ne la concernait pas. C'est Sora, qui surgit dans son dos, qui la sortit de sa rêverie.

« Hey, le port est en vue, et il me semble que ceux derrière nous ont ralenti l'allure et commence à penser à faire demi-tour. N'aurions-nous pas gagné ? »

Sa voix était tremblante et elle semblait en sueur.

« T'as gagné de dormir à l'auberge pendant deux jours et une nuit au moins. Tu vas prévenir les prisonniers qu'ils peuvent sortir ? Si c'est moi qui le fait, ils vont pas vouloir quitter la cale. »

Elle confirma et repartit vers l'endroit où il y avait jadis une grille. Et se pencha.

« Mesdames messieurs, le danger est écarté, nous voici bientôt arrivés à quai. Vous pouvez sortir sans craintes. »

Elle ne s'attarda pas sur les soupirs de soulagement, les larmes de joie et les applaudissements, et retourna voir Falka et Kaeldwen. Ce spectacle la mettait à vrai dire terriblement mal à l'aise.

« Garez ce machin comme vous voulez, surtout comme vous le pouvez. On l'a ramené, c'est déjà pas mal. Une fois à quai, on ira voir notre employeur Falka. »

La concernée ne répondit pas. Elle se contenta de se tourner vers la Démone.

« Tu viens avec nous ? »

« Pourquoi donc ? » lâcha-t-elle simplement d'un air si froid et perturbant que cela était sûrement capable de couper l'envie à quiconque de lui refaire une telle proposition.

Tout le monde sauf Falka. Elle côtoyait déjà Sora, et savait passer à travers les masques, ce n'était pas un problème. Elle voyait en cette jeune femme une Sora qui n'attendait qu'un coup de pouce en avant.

« Parce que tu n'as rien d'autre à faire ? »

Si la Démone n'avait pas un air aussi impassible, toute personne normalement constituée aurait explosé de rire face à une proposition aussi ridicule et insensée. Cependant, ce n'est pas la réaction qu'adopta Kaeldwen. Elle fronça simplement légèrement les sourcils et son visage se crispa.

« Je suis une Démone tu sais. »

« Et parce que tu es un Démon, je devrais te cracher dessus et te jeter immédiatement à l'eau alors que tu n'as rien fait sinon que m'aider à sauver ma peau et la tienne aujourd'hui ? » finit par lancer Sora en s'ajoutant sans crier gare au débat.

Elle planta ses yeux azur dans les pupilles jaunes de la jeune femme à la peau bleue. Et n'en démordit pas, tout comme elle, malgré le court mais pesant silence qui se fit.

« Ma compagnie est la plupart du temps un fardeau de par la réputation des Démons à n'être que méchanceté, violence et meurtres. Je doute vraiment que votre amie ne soit réellement consciente de ce qu'elle vient de me proposer. »

« Pourtant, elle l'a bien fait. Parce qu'elle me connaît, et qu'elle agit en fonction de mes principes et valeurs. C'est pour ça qu'elle l'a dit. Même si tu es une Démone. Justement parce que tu en es une. J'aimerais croire que grâce à ce dit facteur, je fais le bon choix. »

Ces derniers mots déstabilisèrent légèrement Kaeldwen. Qui ne dit rien et fit un petit mouvement du menton pour inviter Sora et Falka à se retourner. Le rafiot allait bientôt parvenir à bon port. Le choc de la coque contre le quai fut un peu rude et secoua les passagers, mais par miracle, le bateau ne coula pas. Sora et Falka sortirent les premières, talonnées par Kaeldwen. Et avant de partir, la blonde se planta devant elle.

« Est-ce ici que nos chemins se séparent Kaeldwen Aenlyn ? »

« Ce n'est pas à moi de faire un tel choix, je n'en ai jamais eu le droit ni l'honneur. » répliqua-t-elle toujours aussi froidement, rendant ainsi impossible l'analyse de ses mots comme étant ironiques ou parfaitement sincères.

Même si Sora avait vu le léger mouvement de sa bouche qui lui indiquait qu'elle avait refréné un sourire. Peut-être était-il simple, machiavélique, prétentieux ou bien simplement rieur. Qu'importe. La palette de gens que connaissait la blonde était extrêmement varié, de la couleur à la race, de la taille au poids, des capacités à la puissante, de la dangerosité à la sympathie.

« Le fait est que tu me plais bien, je t'apprécie. Et j'avais précisément besoin de passer un pacte avec un Démon. Je suis d'autant plus disposée à le faire avec une Démone qui m'a aidé à sauver ma peau. »

Elle n'attendit pas vraiment de réponse. Et tendit sa main vers elle. Elle ne resta pas longtemps suspendue en l'air pour rien.

« Alors dans ce cas, » commença tranquillement Kaeldwen en affichant un sourire qui pouvait être aussi bien sournois que sympathique et en attrapant sa main de la sienne, « marché conclu ma chère Scylla Fentkräes. »

La blonde lui rendit alors son sourire, tout aussi mystérieux au niveau de son sens. Elle tourna donc les talons en faisant signe à sa troupe de la suivre.

« Bien alors nous allons de ce pas t'acheter un fouet. Si tu restes avec moi, vu les capacités formidables que tu as avec une vieille corde moisie de bateau, je veux que tu puisses te servir d'un outil convenable. »

Elle se tut puis commença à marcher. Et s'arrêta finalement à nouveau au bout de quelques pas. Elle fit volte-face et une légère révérence aussi ridiculement exagérée que sincère tout en prononçant ces quelques mots avec un sourire complice.

« Oh, une dernière petite formalité dans ce cas si nous devons nous côtoyer : mes amis m'appellent Sora. »


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WITH GREAT POWERS COMES GREAT BULLSHIT

Dim 2 Avr - 23:20
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