anipassion.com

Les hommes charment les blés [PV Alexis Gouez]

 :: Le Continent Sacrifié :: La Berge aux Méduses Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
Invité
avatar
Invité
Invité
Plus de deux ans s'étaient écoulés depuis le rite de passage à l'age adulte des frères Amaru. Et quelques mois depuis qu'ils étaient revenus s'installer sur la Berge aux Méduses. Entre muraille rocheuse et océan, l'endroit était rassurant, ici on se sentait à l'abri. Il y avait ici et là de minces plaines aux terres limoneuses gage de bon rendement agricole. Dans ces ilots de verdure les moutons vivaient à l'état sauvage, couverts d'une épaisse laine, ressource économique appréciée des hommes. C'est donc dans une de ces prairies que s'installèrent Jerokaal et Lucokaal proche d'une large rivière se jetant dans la mer. La rivière, source d'eau douce nécessaire à la vie quotidienne, était également pourvoyeuse de bois. En effet, celle-ci prenait sa source dans les montagnes, là où le bois le plus dur pousse, là où grandissent les cèdres, les pins et les chênes. Ainsi, les deux frères n'avaient qu'à abattre les arbres dans les montagnes, les diviser en tronçons et les balancer à la rivière qui s'occuperait de les charrier jusqu'à leur lieu d'habitation.
Au bord de l'affluent et à trois cents metres de la mer ils construisirent donc une maison de terre battue d'une pièce, semblable à celle de leur village d'origine. Des canaux d'irrigation se frayaient un chemin jusqu'à leurs champs. Point d'animaux d'élevages, la viande de leur alimentation provenant exclusivement de la chasse. La récolte de la laine se faisait directement sur les moutons peu farouches de la plaine.
A côté de leur maison s'élèvent deux greniers à céréales circulaires en Cèdre. L'essence utilisé pour les construirent n'est pas le fruit du hasard mais le produit des expérimentations des hommes.
Le cèdre est un bois qui résiste bien à l'humidité et aux moisissures sans traitement. De plus, ses propriétés odorantes repoussent les insectes permettant de garder le fruit des récoltes à l'abri des nuisibles.
Le long des murs de la maison étaient disposés toutes sortes d'ustensiles tantot de bois tantot d'argile. Il y avait également des coffres de cèdre où ils stockaient différentes choses et des outils divers. Le tout était protégé des intempéries par un préau aux poteaux en pin et au toit de paille et de terre.
La vie des deux frères s'organisait paisiblement dans leur petit havre de paix. Il régnait ente eux une égalité stricte, ils ne se donnaient jamais d'ordre, chacun étant attentif à ce que faisait l'autre pour en déduire ce qu'il restait à réaliser. Ainsi les discordes étaient facilement évitées, lorsque l'un entreprenait de s'occuper des cultures, l'autre s'appliquait à chasser, collecter des ressources ou fabriquer les outils nécessaires. La construction des infrastructures était par contre le résultat d'un travail de concert.



    L'après-midi était déjà bien avancé mais le soleil d'été brillait encore haut dans le ciel. Jerokaal marchait au milieu des blés les caressant du bout des doigts. La peau cuivrée et chaude. Il aimait que les rayons lui brûlent le dos, sentir sa peau humide, se laisser englober par cette chaleur ambiante, l'odeur des blés jaunes qui cuisent sous les bombardements de photons. Les brises discrètes qui les font onduler comme une mer calme et qui apportent un peu de fraicheur à l'air suffocant. Il était content, cette deuxième récolte s'annonçait encore meilleure que la première qui avait déjà été une très bonne surprise. Ils mangeraient à leur aise et même pourraient revendre le surplus et une partie des sous produits. Lucokaal était parti collecter le fruit du gemmage des pins dans les montagnes, il reviendrait avant la nuit et ils pourraient déguster les lapins attrapés dans les collets aux environs des cultures. Après cela ils consommeraient l'alcool de maïs au bord de la mer, les pieds dans le sable chauffé toute la journée. Ils regarderaient Kilikilal saigner l'horizon avant d'aller se coucher grisés par la boisson. Demain ils iraient tous deux abattre de gros et beaux chênes pour construire le moulin à eau.
Ils avaient de nombreux projets et en réalité il y avait du travail pour dix et pour des années, pas le temps de s'embêter ici pensa t'il, tout est encore à faire.

[732 mots]
Invité
Sam 4 Mar - 14:21
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar
Invité
Invité
En contrebas d'un grand promontoire rocheux était un banc de sirène. Allongées sur le sable, elles se prélassaient au soleil, tandis que les vagues du bord de mer éclaboussait périodiquement leur longue queue argenté. Dans ce moment d'intimité, leurs charmes habituels semblaient contenus. Les sourires affichés tiraient de la complicité entre les membres du groupe et on ne chantait que pour se réjouir mutuellement.

Alexis venait de passer les vingt dernières minutes à scruter ces curieuses créatures qui, bien qu'hybride en apparence, ne partageaient pas sa culture : terre et mer ne se mélangeaient pas quand il s'agissait de faire peuple. Mais pour le chat, il ne faisait aucun doute qu'un lien de parenté existait entre eux, fut-il antique. Dans son esprit, le temps et l'absence de communication les aurait séparé, au point d'en faire deux espèces distinctes. Car si la mère Nature avait décidé de mêler homme et bête une bonne fois pour toute, ce n'était certainement pas pour omettre les créatures de la mer. La théorie se tenait.
Quoiqu'il en soit, l'hybride admirait beaucoup la surnaturelle beauté que dégageaient ces femmes piège. Les voir barboter au bord de l'eau excitait autant sa libido que ses instincts de prédateur : mais peut-être s'agissait-il de la même énergie ? Dans tous les cas, il restait indécis entre son envie de tâter la blanche peau des femmes et celle de croquer la chair du poisson. Bien entendu, il ne se risquerait à l'un, ni à l'autre. Bien fou celui qui se frotte aux sirènes : tout le monde savait cela.

C'est donc bien caché derrière des oyats jaunit par le soleil que le matou sans pelage se régalait l'imagination. A chaque mouvement de corps, on voyait sa pupille rectiligne tirer sur l'ovale. Museau et oreilles dressées, en alerte, traduisait l'intensité de sa concentration.

Kiez, quand à lui, achevait d'empaqueter leurs affaires dans le sac sans fond, dont il avait la charge. Observer un banc de naïade ne l'intéressait guère. Tout du moins, il s'en lassait bien plus vite que son comparse libidineux. Les responsabilités s'imposent naturellement aux priorités de celui qui les détiens. Le chien savait bien que s'il laissait au chat le soin de préparer la suite du voyage, ils y seraient encore le lendemain.
« Bon, dis moi, tu comptes y laisser la vue ou on peut espérer partir ?
Fit-il après un moment, constatant qu'il ne restait rien à faire. Alexis émit un genre de grognement, avant de daigner tourner la tête en sa direction.
« C'est bon. Dit-il. Je viens.
A ces mots, il glissa silencieusement le long de la dune, jusqu'aux restes du feu de camp. Kiez était déjà déshabillé : Alexis l'imita sans broncher. Une fois leurs affaires soigneusement rangées dans le sac sans fond, les deux compères se changèrent en animaux. Le chien était assez grand et costaud pour supporter le poids du sac : grâce à un système d'attache adapté, il pouvait ainsi le transporter sans entrave et sur de longues distances. En silence, le chien et le chat partirent donc entre les herbes, afin de poursuivre leur voyage.

Aller sous forme animale présentait de nombreux avantages. Outre la discrétion évidente qu'une telle forme apportait, les trajets s'effectuaient plus rapidement et l'on était moins fatigué à l'arrivée, car l'effort se trouvait réparti sur quatre membres au lieu de deux. Il était également plus simple d'éviter le danger, notamment grâce aux odeurs.

Après un moment, le paysage du bord de mer laissa place à une végétation propre aux terres plus enclavées. La carte indiquait, en outre, la présence d'une rivière à quelques kilomètres en avant, que Kiez et Alexis espéraient rejoindre avant la nuit.
Toutefois, aucun d'eux ne s'attendait à voir un champ de blé se placer en travers de leur chemin, à ce moment là du voyage. Apparemment, on avait élu domicile à cet endroit de la berge. Le chat et le chien décidèrent donc de redoubler de discrétion, au moment de franchir la propriété. L'un et l'autre glissait, à patte de velours, entre les blés jaunes gonflés de soleil. Aussi, pour des questions pratiques, Alexis ouvrait la marche : comme il était petit et discret, il partait devant afin de s'assurer de ne croiser personne. Kiez, haut sur patte et chargé de son sac qu'il était, marchait un peu en arrière.

Pour le moment, tout se passait bien... Quand, soudain, le chat tomba nez à nez avec une paire de jambe. Levant le nez en silence, il avisa la silhouette massive d'un homme en contre-plongée. Sans broncher, il s'immobilisa donc et prit le parti de reculer doucement. L'individu en question était de dos : il espérait n'avoir pas été entendu. Alexis devait agir vite, car Kiez arrivait derrière et, froissant les herbes comme il le faisait, le duo risquait de se faire repérer.  
Invité
Mar 7 Mar - 12:12
Revenir en haut Aller en bas
Invité
avatar
Invité
Invité
Il y a dans le hasard une série d'évènements, qui, juxtaposés, s'emboitent de tel manière à ce qu'ils aboutissent à une réalité misanthrope, comme repliée sur elle même, avare et discrète sur sa raison d'être. Les pessimistes l'appellent fatalité, les optimistes le nomment providence, les marains le scandent "terra incognita". Pour Alexis, il fut une surprise, un imprévu, une paire de mollets.

Jerokaal ignorait qu'il était observé, et avant l'arrivée de l'hybride, il était toujours dans ses réveries, sur la plage à se prelasser en compagnie de son frère. La baie formait un arc fuitant dans l'horizon. Il y avait là, des éceuils qui au soleil couchant accrochaient les rayons vermeilles. Ces sépulcres laissant aux griffes des néréides les pauvres marins prient dans des tempêtes, ne lassaient pas de divertir l'imagination. En voilà un, creusé par la mer, en une arcade anguleuse rappelant l'industrie des dolmens. Ici un autre, énorme mégalite irrégulier formant un tumulus. Celui-ci, plus discret, c'est un anapeste, trois blocs distincts, deux a peu près égaux en taille, le troisième les dominants et défiant les eaux. Les frères Amaru adoraient péroraient sur leurs projets, la jeunesse a cette force qu'elle ne sait pas où elle va, tout parait possible. L'alcool gonfle les rêves, les rêves stimulent l'ambition, l'ambition donne de la force. On discute des aménagements, des objectifs, des améliorations à mettre en oeuvre. On spécule sur le futur mais le futur a ses caprices.
L'heure du repos n'était pas encore venu, son frère ainé, le travail, le ramena au présent. Les blés, quand les récolter? Devrait-il après ça amender le sol? fertiliser la terre? ou même les deux?
C'est pour retrouver ce genre d'informations utiles que les habitants du village sous la muraille se plongent dans les contes de leur mythologie. Jerokaal baraguinait entre soliloque et récitation, corrigeant et rectifiant sa mémoire à haute voix tout en déroulant les mythes.
C'est à ce moment, comme nous l'avons déjà vu, qu'Alexis arriva, se glissant entre les plants de blés grillés.
Jerokaal plia les jambes et observa la terre comme un apothicaire scrute une pustule pour determiner quel onguent appliquer. Une bonne terre doit être sombre et former des grumeaux. Trop argileuse, trop ocre, le sol retient peu l'eau et elle s'infiltre trop mal en surface. Ce sol se tasse trop facilement et est asphyxiant pour les racines.
Et c'est bien le hasard, encore une fois, qui, fit se croiser les regard de l'homme et de la bête. Le jeune homme regardant l'état général de la terre autour de lui, il ne pouvait pas rater l'animal.
Il resta figé, ingénu face à cette curiosité de la nature. Il semblait bien reconnaître un chat, mais glabre. Comment? Un navire sans gréement ne navigue pas, une nef sans hiloires prend l'eau.
Un félin sans camouflage ne chasse pas, un chat nue meurt de froid dans ces régions tempérées où les hivers peuvent être rudes.
L'homme, est fait de maladresse et d'inperfection. Il amalgame souvent le langage animal au sien. S'imaginant qu'il puisse être compris des bêtes, il leur parle.
Jeroaal apostropha le chat - Salut toi!


[551 mots]
Invité
Jeu 16 Mar - 15:21
Revenir en haut Aller en bas
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Langzyliah :: Le Continent Sacrifié :: La Berge aux Méduses-
Sauter vers: