Le Brouillard des Illusions [PV Blanche]

 :: Le Continent Sibyllin :: L'Antre des Brumes Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Ashryn - Laethlion - III
Parchemins : 1440

Véhémente, la Vampire s’avança vers son fiancé et lui asséna une gifle en plein visage, ce qui eut pour effet de lui rougir les joues. Sans aucune réaction, il continua de la fixer, plantant son regard d’acier dans le sien, tandis qu’elle se redressait avec élégance, époussetant sa robe d’une qualité irréprochable. Sans le quitter des yeux, elle partit s’installer sur le fauteuil en face du sien, déterminée à faire passer ses idées et son message comme une idée à respecter sous toutes les conditions possibles. Pourtant, elle sentait dans l’attitude de son promis que rien ne le détournerait de son objectif personnel, ce qui la fit grincer des dents et froncer les sourcils.

Ne serait-elle jamais qu’une ombre dans le décor, alors que le script indiquait bel et bien qu’elle serait l’héroïne principale de la pièce ? Cette mascarade l’épuisait, mais pouvait-elle réellement imposer un changement à cet oiseau en cage, qui demeurait pourtant libre paradoxalement ? Le posséder par ensorcellement était une solution plausible, et si elle en venait à s’adresser à ses congénères, ils ne se gêneraient pas pour trafiquer l’esprit d’Eal’ric afin qu’Hélène obtienne tout ce qu’elle désire de ce qu’ils considéraient comme un incapable. Mais elle n’était pas si désespérée. Non. Elle était bien trop fière pour faire appel à la magie. Ce qu’elle voulait, elle l’aurait par la force, certes, mais cela inclurait la soumission totale et volontaire du jeune homme. Ce qu’elle était loin d’atteindre en ce moment même, en soi.

« Comment as-tu pu oser me tromper de la sorte ? ». Il ne répondit point, plaçant sa tête dans ses mains, peu concerné par les accusations qui planaient au-dessus de sa tête comme une épée de Damoclès. Elle poursuivit, arrachant ses mots à la rage qui prenait petit à petit le contrôle de son corps. « Tu devrais avoir honte de tes actes. Plus jamais je ne laisserais vagabonder sans surveillance. ». Il haussa les épaules, nonchalant. Elle pouvait planter ses ailes au sol, l’enchaîner aux murs, elle ne l’empêcherait pas de poursuivre son but et encore moins d’user de toutes les facéties possibles pour s’en rapprocher. Faire connaissance avec des inconnus en faisait partie.

Personne ici ne saurait ou même ne voudrait lui donner d’informations sur sa cadette, alors que pouvait-il faire ? Rien de particulier, et cette attente seule le torturait dans ses nuits les plus sombres, lui broyait le cœur et l’encastrait dans un cercueil de ronces ne faisant que le lacérer avec une lenteur des plus insupportables. Donnant un violent coup sur la table, elle le sortit brutalement de ses pensées. « Tu vas me répondre, oui ?! ». Passant sa main dans sa chevelure noire de jais, il se contenta d’acquiescer. « Qui était cette demoiselle avec laquelle tu as dansé au bal ? ». « Je ne la connais pas. ». La haine déforma son visage angélique. « Ne te moque pas de moi. ».

Puis elle se releva et tourna les talons. « Tu as de la chance qu’il ne se soit rien passé. Et que je ne puisse pas la retrouver. ». Au fond, elle savait pertinemment qu’il ne s’agissait pas de la sœur du bellâtre. Jamais il ne l’aurait laissée s’éclipser. Hélène soupira. Après quinze années, elle ne savait toujours rien du Vampire, qui restait secret et ce en toutes circonstances. Elle ignorait jusqu’au nom de sa cadette, qu’il chérissait tant, et qu’elle désirait détruire. Elle pesta dans le vide pendant plusieurs secondes, avant de claquer la porte lors de son départ. Eal’ric, lui, resta longtemps sans bouger dans son fauteuil, fixant l’extérieur. Il tritura rapidement le collier se trouvant autour de son cou, véritable artefact de la famille à laquelle il appartenait. Tant de fois il voulut l’arracher, mais il savait pertinemment qu’un destin funeste l’attendait si on venait à le trouver dans les couloirs sans cette marque distinctive.

Dehors, il la masquait. A l’intérieur, s’il ne la montrait pas, il finirait bien vite en charpie. Les jours passèrent, et se ressemblèrent. Hélène continuait à venir le voir fréquemment et petit à petit, sa rancune s’effaça. La demoiselle était rancunière, mais savait le Vampire trop impassible pour obtenir ce qu’elle voulait de lui dans cet état. Aussi, lorsqu’elle l’invita à sortir se promener dans les souterrains interdits, elle ne s’attendait pas à ce qu’il accepte aisément. Sans lui tenir le bras ni montrer une quelconque marque d’affection, la jeune femme avançait silencieusement. La frustration la gagnait doucement. Il avait fait une erreur, alors pourquoi culpabilisait-elle à sa place ? Tout ceci n’avait aucun sens. Elle se retourna lentement, commençant à articuler une phrase quand elle se rendit compte que le Vampire avait disparu de son champ de vision.

De son côté, Eal’ric déambulait à une vitesse folle. Cet emprisonnement, même s’il ne montrait aucune émotion, mettait ses sentiments à rude épreuve. Les nombreux gardes ne firent que le regarder, peu concernés par cette histoire de famille qui, de toute manière, n’intéressait personne. Cependant, quand il croisa la demoiselle qu’il venait de quitter au détour d’un couloir, son sang se glaça et il se précipita derrière un pilier, attrapant une personne au passage. Sans regarder son visage ni même la moindre parcelle de son anatomie, il la bloqua contre le mur et se cacha. « Ne faites pas de bruit. ». Il ne lui demandait pas. Il la suppliait. Dans son regard, dans sa posture affaiblie, dans sa crainte de retourner dans ces lieux qu’il maudissait tant. Sans même lever la voix, toute sa détresse se lisait aisément dans ses actes. Aussi, lorsqu’il redressa la tête et constata qu’il venait de retirer une Dame à ses activités quotidiennes, il se recula très légèrement, comme pour instaurer un minimum de distance entre eux. Il ne dit pas un mot de plus, priant pour qu’Hélène passe derrière eux sans les remarquer.
977 mots



© Scylla
So, what if I'm addicted ?:
 
Raptor Jéselih:
 
Mer 15 Fév - 14:07
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Norphis - Sitien - I
Parchemins : 10


   
 
 Blanche & Eal'ric
   La passion éperdue est une trahison aveugle

E
lle noua le fil autour de l’aiguille, et s’ensuivirent alors de lents allers-retours. Ses doigts habiles travaillaient le tissu, le déformaient à volonté pour former dans un premier temps un corset. De la dentelle noire cousue de part et d’autre, laissait entrevoir le bleu pétrole du reste de la tenue. Elle forma d’abord un ourlet, tissa le bas de ses jupons, avant de jouer de quelques tracés sombres pour les fixer à la bande unie qui enserrerait sa taille. Sur un mannequin en tissu, elle étaya les derniers détails. Dans une légère robe de chambre, elle sentit une présence s’éveiller. De petites plaintes silencieuses lui parvenaient de la salle d’eau, juxtaposée. Elle avança lentement, jusqu’à détailler du seuil en bois le petit corps échoué dans la baignoire en ivoire. Elle s’approcha de la crinière blonde, émerveillée par des ondulations tentatrices, une peau qui surgit des abîmes. Arrivant à sa portée, les yeux de la sirène s’ouvrirent. D’un geste violent, elle chercha à chasser la vampire, qui recula d’un pas pour l’éviter. « Calme toi. Je ne te ferrai pas de mal » , « Comment… Comment voulez-vous que je crois en un membre de votre espèce ? » La belle sourit face à l’ironie de la situation. Elle se détourna lentement de sa cible, prenant appui sur une alcôve pas loin. « Tu hais ceux qui se servaient jusque là de toi ? Comme d’un breuvage insatiable ? C’est un miracle que tu ne sois pas morte » , « J’étais préparée à ça. Ils m’avaient promis qu’une fois ma dette payée, je pourrai rentrer chez moi » La vampire ricana, se sentit comme attendrie devant son ignorance. « Les as-tu crus ? Ces rustres qui te faisaient endurer leur soif et leur violence ? Crois-tu vraiment que tu étais dispensable pour eux ? Ils ne t’auraient jamais laissé partir, pauvre sotte » La sirène rougit, à la fois insultée par les propos de la morte, à la fois rassurée d’être hors de sa cage. « N’allez-vous pas me faire subir le même sort ? » , « Non. Je ne me plais pas dans ce genre d’activités. Je préfère chasser » Elle se tut quelques instants, songeuse. « Je t’ai achetée. Tu m’appartiens donc. Je veux que tu sois mon esclave, mon espionne. Je veux que tu me sois fidèle. Et je te donnerai tout ce que tu voudras » La sirène se trouva outragée par tant d’applomb et d’audace. « Qui vous dit qu’il vous sera si facile de me duper ? De m’acheter ? » , « Tu n’es pas vraiment en position de négocier. Si tu ne veux pas que je te brise la nuque, tu devrais m’écouter. Mais je vais quand même t’expliquer » Elle s’approcha de la petite, s’asseyant sur le bord de la baignoire. « J’ai des ambitions. Qui ne connaissent comme limites ni les frontières ni les océans. Je cherche quelque chose, et je ne me laisserai pas vaincre avant de l’avoir trouvé. Je veux contrôler ce monde sombre qu’est celui du crime et sur lequel personne n’a d’emprise. C’est pourquoi… je dois avoir sous mes ordres des individus sur qui je peux confier. Et que je suis certaine de ne jamais voir me trahir »

L’être des abysses ferma les yeux quelques secondes. « Le choix t’appartient. Je te laisse un peu de temps » Le discours de la demoiselle s’avérait des plus convaincants, mais il y avait quelque chose au-delà de cette façade de peur. Cette femme était d’une extrême beauté, qui n’avait d’égal que la fine stratège que l’on ignorait se trouver derrière. Elle n’était pas une femme en proie au sexisme, à la misogynie. Elle avait des rêves à accomplir, et s’assurerait d’y parvenir en jouant de ses règles contre autrui. Elle lui promit la liberté, la libre volonté. Peu étaient si offrants en ce bas monde. Elle voulait en voir d’avantage, connaître ce qui pouvait la pousser à aller si loin. Elle se méfiait des hommes, mais n’avait que faire du danger. Elle plongeait dans cette déviance humaine et dans l’adoration des dieux, de l’antique. Elle était une femme de pouvoir, que la sirène vit comme une potentielle alliée, en ces quelques paroles échangées.

Elle baissa les yeux, et acquiesça.

Elle lui sortit une serviette et l’enroula autour de ses épaules. Avec l’aide de la belle femme, l’être marin put sortir de la baignoire et trouver refuge sur le lit mou. Ignorant presque tout du monde à la surface, la vampire l’intima à suivre quelques consignes de sécurité avant toute chose. Son mari étant absent, elle avait une liberté de mouvement peu habituelle. Et elle en profitait. Une fois qu’elle eut enfilé la robe qu’elle venait de coudre, parfaitement aux bonnes mesures, Blanche l’invita à se joindre à elle dans la bibliothèque. Décrochant un livre des plus épais d’une étagère banale, elle en sortit un petit paquet. « Rappelle-toi. Je suis la seule à qui tu peux parler de nos affaires. Tu te dois de mentir. Pour nous. Mais jamais entre nous. Aucun secret ne doit exister entre nous, ou la confiance sera brisée. Je ne te confies qu’une petite bribe de ce que sera l’avenir. Libre à toi de le bafouer. Mais ne t’avises pas de me trahir. Tu es libre jusqu’à l’instant où tu y songeras, ma chère » fis la vampire, après le lui avoir remis. « Pour te prouver ma confiance, je te demande de  bien vouloir livrer ce colis à un de mes acheteurs. Je t’ai écris sur ce bout de parchemin son adresse, et comment tu pourras l’identifier. Sois la plus discrète possible, et vient m’avertir du bon déroulement de la transaction, une fois que tu auras terminé. » Sur ces mots, elle quitta la bibliothèque, pour quérir un pardessus recouvert d’une fourrure noir d’ébène.

Arrivée dans les souterrains, elle fraya son chemin parmi les ruelles isolées et les coins malfamées. Elle ne souhaitait croiser aucune connaissance indésirable, ou de celles qu’elle pourrait regretter. Son regard scrutait les environs dans des mouvements répétitifs. Ses jambes, fuselées, avançaient à un rythme constant, tandis que son ouïe s’assurait qu’elle n’eut pas été suivie. Elle ignorait jusqu’où pouvait aller le désir de son chez époux de la garder sous son emprise, mais elle savait néanmoins le pas dantesque qui séparait ses aptitudes de celles de sa garde rapprochée. Si elle, elle venait à peiner d’assembler ses premiers pions, l’homme avait déjà tout un arsenal à sa disposition. Ses talons claquèrent sur le sol mal pavé, jusqu’à trouver un obstacle à sa route. Une main autour de sa taille la fit vaciller contre un pilier tout proche. La sienne, parvenue jusqu’au holster attaché à sa cuisse, tremblait sur le fer aiguisé. Prête à s’en servir, elle analysa tout d’abord la situation. Le corps étranger n’opposa aucune résistance et sembla même dénué de toute intention malveillante. Se contentant de la faire taire, elle comprit bien vite son devoir de coopérer.

Elle lut dans son regard la nature fugitive de sa requête. Il était comme acculé, incapable de se sortir seul de cette toile qu’on avait tissée pour lui. Il était le papillon fragile dont les ailes étaient prisonnières, transpercées d’aiguilles douces de nectar, mais assassines. Il était un être meurtri, et qui avait enfin réussi à fuir l’objet de ses ennuis. Quelques regards lui suffirent pour voir sa détresse et élaborer la fuite. Elle lui saisit sa main, distinguant non loin une bâtisse. L’empressant de courir, elle le fit franchir les cloisons forcenées, pour se trouver alors à l’abri des regards indiscrets. Une seule porte donnait accès à l’extérieur et elle se trouvait être fermée à huit clos de l’intérieur. Ayant pour première utilité d’être un refuge, une réserve utilisée pour garder des premières nécessités. Consciente de ce fait, la vampire en avait profité.

Se tournant vers l’individu, dont elle avait manqué la prestance et la noblesse de prime abord, elle lui sourit. « Je pense… que vous n’avez plus rien à craindre. J’ai pris la liberté de vous emmener ici » Elle dépoussiéra ses genoux, dans une tenue révélatrice de ses atouts. « J’ai cru vous voir fuir cette femme. Ai-je bien agi ? Elle nous aurait remarqué si nous étions restés cachés derrière… un pilier si fin » articula-t-elle, dans l’espoir de comprendre les motivations du jeune homme. Elle n’était pas une femme corrompue, ni même une vampire de pauvre morale. Elle n’avait de cruel que ses instincts de chasse, et de violent que les exigences du métier. Hors de ces circonstances, de ce cercle très fermé où intérêts sont mortels, elle était tout à fait agréable, et pouvait même s’avérer une confidente mielleuse. Sans laisser paraître. Il fallait juste savoir s’y prendre.

◊ 1 459 mots

WILDBIRD
 

Spoiler:
 
Jeu 16 Fév - 17:16
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Voir le profil de l'utilisateur
Ashryn - Laethlion - III
Parchemins : 1440

Ses pensées s’emmêlaient, s’entrechoquaient, alors qu’il maintenait faiblement la demoiselle contre le mur. Il sentit sa gorge se serrer et sa respiration s’accélérer. Lui qui feignait l’indifférence depuis tant d’années, lui qui taisait ses faiblesses derrière un mur d’indifférence que rien n’aurait su percer, se voyait à présent acculé, la queue entre les jambes tel un chien battu. Ses doigts parcoururent son propre épiderme, et ses yeux se mirent à parcourir le couloir, tandis que le stress gangrenait son esprit et secouait son âme. A présent, il ne pouvait plus reculer devant l’évidence. Il la craignait, la fuyait, s’éclipsait dès qu’une occasion se profilait. Mais elle le retrouverait, quand bien même il disparaîtrait à l’autre bout du monde. Elle le suivait à la trace, le traquait, pistait la moindre de ses traces pour que jamais il n’échappe à son emprise malsaine. Le souvenir douloureux de la perte d’Elisabeth le raidit instantanément et il dut se retenir de pester contre le monde entier. Aujourd’hui, son corps ne soutenait plus ses agissements, et toutes ses émotions se retrouvaient décuplées. La haine, la peur, la jalousie, l’espoir… Tout se mélangeait, jusqu’à ce que tout devienne complètement obscur. Les instants qui suivirent furent d’une rapidité effroyable, et il n’eut point le temps de réagir à quoi que ce soit avant de se retrouver embarqué dans une course poursuite.

Son regard parcourait les lieux, et l’angoisse le prit de plus belle. Maintenant qu’il avait fui son pire cauchemar, qu’allait-il advenir de lui ? Après tout, il n’avait pas encore réussi à quitter l’enceinte des souterrains interdits. Avalant sa salive, il entreprit de détendre tous ses muscles et d’observer son interlocutrice, sans éprouver une gêne manifeste. Eal’ric baissa les yeux et se mordit la lèvre inférieure. Arrêter une inconnue pour la plaquer contre un mur et maintenant, se retrouver à sa merci... Tout ceci ne lui ressemblait point, pire, le consternait complètement. Ses actes n’avaient aucun sens, regroupés ou séparés. Aussi, il se contenta de se retourner, avant qu’un soupir ne s’échappe de l’entre ouverture de ses lèvres. Nerveux, il resta silencieux un instant. Des milliards de pensées traversèrent son esprit. Une espionne d’Hélène ? Sa robe témoignait de sa noblesse, aussi il serait fort surprenant qu’elle soit une esclave. Puis, il haussa vaguement les épaules. Lui, affublé d’un costume de très bonne facture, n’était rien de plus qu’un jouet pour la société vampirique. Il ne représentait rien, si ce n’est les débris de ce peuple, les incompris, les non désirés. La haine de son bourreau envers les autres femmes lui revint comme un éclair et un sourire imperceptible égaya ses traits.

Il souffla un bon coup. Pouvait-il fuir à nouveau ? Il scruta les lieux, et s’aperçut bien vite qu’une seule porte menait à la sortie, et la devina fermée. Sinon, pourquoi l’emmener dans un endroit où il pouvait aisément être retrouvé par celle qu’il fuyait, si elle clamait l’avoir secouru de ses griffes acérées ? Un frisson de malaise le parcourut. Elle ne connaissait rien de lui, et l’inverse était également vrai. Alors pourquoi la tension qui l’habitait semblait s’atténuer au fur et à mesure que sa douce voix parvenait à ses oreilles ? Tout chez elle respirait la grâce, la douceur. Il plissa les yeux, puis toussa doucement pour se redonner du ton, avant de hausser la voix. « Excusez-moi d’avoir surgi de nulle part, ma Dame. ». Il s’inclina poliment. Les rudiments des souterrains interdits revenaient malgré eux. C’était bien la seule et unique bonne chose qui lui fut inculquée au cours de ces dernières années, aussi il ne pouvait que mettre la chance de son côté. « Je ne voulais pas vous importuner ». Il refréna la suite de sa phrase. Ne pas avoir le choix… Bien sûr qu’il l’avait. Mais il était lâche, peureux, faible. Tout ce confinement l’avait rendu chétif et souffreteux. Il ne pouvait s’en remettre à personne d’autre. « Vous n’auriez pu mieux agir, ma Dame. ».

Sa crainte trahissait ses mots. Bientôt, ses doigts se mirent frénétiquement à trembler, et il les cacha dans ses manches. Maladif, il se tenait pourtant fier envers sa salvatrice. « Je ne saurais vous remercier de m’avoir permis de m’éclipser ». Il baissa ensuite le regard, peu confiant. Que pouvait-il bien faire de plus ? Il ne pouvait rester indéfiniment dans ces lieux, à prier que nul ne trouve sa cachette. Il vit en la demoiselle une porte de sortie, une lumière dans le noir. Il ne pouvait pas la laisser fuir. Si elle venait à l’abandonner, il serait de retour à la case départ. Prenant son courage à deux mains, il s’abaissa pour prendre la sienne et y déposer un baiser comme le voulaient les us et coutumes. « Eal’ric Marendir. Enchanté de faire votre connaissance malgré les circonstances. Aurais-je l’honneur de connaître l’identité de ma libératrice ? ». Ses muscles agissaient de manière robotique. Tout ceci n’était qu’une répétition d’enchaînement appris par cœur. Pour ne pas faire honte à Hélène lors de réceptions diverses et variées. Pour paraître sans être. Aujourd’hui, la façade tombait, le masque s’effondrait, s’éclatait en mille morceaux sur le sol froid et pâteux des souterrains interdits.
862 mots



© Scylla
So, what if I'm addicted ?:
 
Raptor Jéselih:
 
Lun 6 Mar - 18:37
Revenir en haut Aller en bas
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Langzyliah :: Le Continent Sibyllin :: L'Antre des Brumes-
Sauter vers: