Prisonnière... mais de qui ? - [Han] SOLO

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Ashryn - Sylvar - IV
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« C'est bon ? T'as fini ? Tu vas finir pas te tuer à ce rythme-là et tu le sais. »

Falka s'étira paresseusement. Arborant l'apparence d'un chat noir, elle était avachie sur un rocher et toisait d'un œil aussi attentif le vide. Pour n'importe quelle personne externe à la conversation, il aurait aisé de croire que ce chat, en plus de parler, le faisait tout seul. Et ce dit spectateur, s'il avait été là, aurait compris que ce n'était pas le cas en voyant surgir du sol, cinq secondes plus tard, un corps. Il ne surgissait pas vraiment du sol d'ailleurs. On aurait plutôt dit qu'il sortait de l'ombre du rocher sur lequel Falka se trouvait. Et sortir est un bien faible mot vu la façon dont la personne en question fut projetée hors de là où elle se trouvait. Elle roula sur deux petites mètres et demeura un moment immobile.

« Super, y'a du progrès. Ça se voit. Tu es restée dedans environ dix secondes de plus que d'habitude. Mais tu es ressortie vingt-six fois plus faible et amochée. Un petit pas pour Sora, un grand pas pour les imbéciles. »

La jeune femme blonde qui venait d'émerger de ce qui semblait être les ombres ne prit même pas la peine de lui répondre. Elle se mit assise à l'aide d'un premier bras tremblant puis d'un second. Elle était égratignée de partout.

« Sora, tu m'écoutes ? »

L'interpellée se releva, faisant mine de s'épousseter.

« Je recommence. Encore une fois. »

« Je suppose que ça veut dire non, » rétorqua le chat noir d'une voix sarcastique. « Je serais toi, je ne réessayerais pas. Ou alors je le ferais, mais de l'extérieur. »

À ces mots, la dénommée Sora releva enfin la tête vers elle, comme si elle venait tout juste de remarquer sa présence.

« C'est ta première parole sensée du jour, bravo. Mes félicitations. »

Le chat poussa un long soupir – tant est de croire qu'un chat peut pousser un soupir – et pour seule réponse, roula sur le dos de manière à se redresser sur ses quatre pattes. La jeune femme se mit pendant ce temps-là en position. Droite, les jambes légèrement écartées, elle se mit à faire de gracieux et lents mouvements de bras. Elle les fit de moins en moins larges, pour bouger de plus en plus ses mains et ses poignets. Ses yeux étaient rivés sur l'ombre du rocher. Celle-ci d'ailleurs, commença finalement à bouger. C'était des mouvements restreints et saccadés, comme forcés. On avait presque l'impression que l'ombre elle-même se débattait. Sora crispait son visage, et tentait de redoubler d'efforts. Pendant un moment, l'ombre continua à se mouver comme si on l'y obligeait et qu'elle n'arrivait pas à se défaire de cette entrave qu'on lui imposait. Soudainement et sans crier gare, quelque chose bondit de l'ombre vers Sora. Cela se passa bien trop vite pour que Falka comprenne quoi que ce soit. L'instant d'après, l'ombre était redevenu cette chose immobile tout à fait normale, tandis que la jeune femme était couchée un peu plus loin. Le chat noir sauta de son piédestal et s'approcha de Sora, reprenant une forme humanoïde, bien que tout à fait noire.

« Je crois que tu t'es fait mettre une grosse rouste ma vieille. »

Un gémissement plaintif lui répondit tandis que tremblante, la jeune femme tentait de se mettre à genoux.

« Tant que ça ? C'est le retour du bâton ma pauvre. Persévérer c'est triompher ? C'est courir au suicide oui. Allez, les conneries, c'est fini pour aujourd'hui. »

Elle se baissa près de Sora et passa son bras sous les siens pour l'aider à se relever. Celle-ci n'était pas plus amochée que tout à l'heure, elle avait juste l'air sacrément fatiguée. La blonde se sépara bien vite de son étreinte en râlant.

« Je n'en suis pas au point où j'ai besoin d'aide pour marcher j'te ferais dire ! J'ai juste besoin d'un peu de repos. »

Falka se mit à pouffer, tout en lui faisant signe d'avancer.

« Ouais, six ou huit heures de sommeil, tout au plus. Juste un peu. »

Sora ne répondit rien. Elle sentit qu'au plus profond de son être, son énergie l'avait supplié de ne rien rétorquer, sachant pertinemment que ce que venait de dire sa compagne était parfaitement vrai. Elles arrivèrent auprès d'un petit ruisseau entre quelques arbres morts, là où elles avait laissé leurs affaires et arrangé un petit coin provisoirement. La blonde se laissa bien vite tomber contre l'un des troncs, attrapant d'une main le sac qui était posé juste à côté. Une affaire que cette chose. Pour une pièce d'or, elle avait un bagage qui n'était jamais rempli. Une invention merveilleuse, il fallait bien le dire. Ainsi, elle en sortit son manteau, une énorme cape noire à capuche et s'en vêtit, pour être bien au chaud. Elle extirpa également du sac son épée dans son fourreau, qu'elle cala juste à côté d'elle. Le temps de se remettre dans une bonne position et d'entendre Falka lui dire qu'elle montait la garde, elle trouva immédiatement le sommeil. Celui-ci fut d'abord doux, agréable et réparateur, mais devint soudainement rude, sans que Sora ne sache pourquoi. Enfin, jusqu'à son réveil en tout cas. Celui-ci se fit juste après la fin d'un étrange rêve.

Il faisait sombre, très sombre. On ne pouvait pas vraiment considérer ça comme le début d'un cauchemar, puisque Sora n'avait jamais eu peur du noir. Disons même plutôt qu'elle l'affectionne particulièrement. Mais c'est ce qui apparut une fois que la lumière se fit qui la laissa perplexe. Face à elle, il y avait un bâtiment énorme, pavés de grandes fenêtres. Un chemin menait jusqu'à la porte d'entrée, sur laquelle était apposé un petit panneau, qui disait ''Toute personne ne faisant pas partie du personnel ou des gens résidant ici doivent se présenter dans le petit salon, juste à gauche après l'entrée''. Sora voulut s'en approcher, mais un bruit attira son attention sur la droite. Et dès l'instant où elle tourna la tête, le précédent bâtiment disparut pour laisser apparaître un tout autre décor. C'était un grand hall en pierre, qui semblait abandonné depuis bien longtemps. Les tapisseries étaient déchirées et poussiéreuses, les meubles et les bibelots en pièces éparpillées sur le sol. Sora n'eut pas le temps de s'en apitoyer : le décor changea à nouveau. Et cela recommença, de plus en plus vite. Il y eut une sorte de grenier, le fond d'une ruelle sombre, une gigantesque bibliothèque, le couloir qui menait à une gigantesque cave. Et il y en eut d'autres. Mais la jeune femme se força à se réveiller le plus rapidement possible ; son esprit, douloureusement capricieux et encombré de milles et uns souvenirs douloureux, était en train de la mener sur un chemin qu'elle ne voulait pas emprunter. Elle n'avait pas le temps de relater le passé. Plus important encore, elle n'en avait aucunement envie. Elle sentit enfin, après le défilement de nombreux autres décors, qu'elle sortait de ce sommeil de plomb. Et la dernière chose qu'elle vit, dans cet affreux rêve qui se muait en cauchemar, fut une silhouette. Elle la vit l'espace d'une seconde à peine, mais la reconnut sur l'instant.

Elle ouvrit enfin les yeux, et constata qu'elle n'était plus contre le rocher près du ruisseau et qu'il n'y avait aucune trace de son précieux sac ou de son épée tout à l'heure à côté d'elle. Le sol était dur et froid. Alors qu'elle émergeait doucement, il lui sembla que le dit sol était bien trop régulier et pavés de petits carrés pour être naturel. Les barreaux et les murs qu'elle vit autour d'elle en levant les yeux confirmèrent son impression. Elle pesta une injure, chassa la silhouette qui était revenue dans son esprit – ou tenta plus exactement, parce qu'elle savait depuis bien longtemps qu'elle ne pouvait la chasser que temporairement, et qu'elle resurgirait, quoi qu'il arrive, bien cachée dans un des plus profonds recoins de son être – et se releva. Une odeur répugnante traînait là, et si on lui avait dit qu'elle était tombée dans le coin le plus obscur et le plus malfamé de ces terres, elle l'aurait cru sans hésiter.

Mais il y avait plus important que faire l'état des lieux : le mieux était d'en sortir. Si elle n'avait pas une idée très claire d'où elle se trouvait, elle était certaine d'une chose : elle serait mieux ailleurs. C'était en tout cas ce que lui faisaient dire ces barreaux et ces murs qui la retenaient prisonnière.

Un bruit métallique attira son attention. Elle remarqua alors la présence d’un garde, jusque-là resté silencieux, adossé aux barreaux de la cellule d’à côté. Sora se mit à réfléchir. Elle pourrait l’interpeller, lui faire croire qu’elle désirait ‘’s’amuser un peu avec lui’’ puis l’assommer pour lui voler les clés. Soudainement, elle sursauta, et se mit à pouffer. Elle fixa sa cellule, puis le couloir dehors. Les deux étaient plongés dans une obscurité à peine altérée par quelques faibles torches ici et là. La blonde soupira, et en quelques secondes passa du dedans à dehors à l’aide des ombres. Les derniers mots que le garde entendit avant de tomber, sonné par le mur contre lequel on lui frappa violemment la tête, furent :

« Suis-je bête ! »

Elle était désormais libre. Plus ou moins à vrai dire. Où étaient passés Falka, sa besace et son épée ? Ces trois choses étaient importantes à ses yeux et elle ne sortirait pas d’ici avant de les avoir retrouvés. Elle tourna sur elle-même. Elle était dans un long couloir et avait le choix entre la gauche et la droite. Un choix sans indications, sans aide, puisqu'aucune des deux directions ne se distinguait de l'autre. D'un côté elle croiserait peut-être une meute de gardes toute entière et de l'autre rien du tout. Mais ça, c'était au petit bonheur la chance. Elle choisit d'aller à droite, sans réelle raison. Elle comptait plus sur son instinct totalement aveugle qu'autre chose. Et ce dernier la trompa lourdement.

1679 mots


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Jeu 9 Fév - 19:37
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Ashryn - Sylvar - IV
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C'était une bien étrange prison. Déjà, elle était sortie de nulle part, et rien que ça la rendait tout à fait inquiétante. Aux dernières nouvelles, Sora se trouvait dans l'antre des brumes, là où il n'y avait pour ainsi dire aucune âme qui vive – sinon que la sienne aux tendances légèrement suicidaires – et surtout aucune institution ou bâtiment comme une prison. Après quelques détours dans des corridors miteux puant l'humidité et sombres comme des trous à rats, Sora finit par se questionner sur le fait qu'il y ait vraiment des gens en ces lieux ou si elle avait été tout bonnement victime d'une vulgaire farce dans ce qui n'était alors, qu'un décor de façade. Elle trouva bien vite la réponse à sa question, lorsqu'après un énième tournant dans ce dédale qui semblait sans fin, elle tomba nez à nez avec un groupe d'hommes armés. Elle aurait bien voulu faire demi-tour de suite et faire comme s'ils ne l'avaient pas vu mais c'était déjà trop tard.

«  Hep toi là-bas ! Qu'est-ce que tu fais là ? Hé les gars, c'est qui celle-là ? Qu'est-ce qu'elle fait à se balader comme ça ici ? »

Sora allait donc devoir régler ça à l'amiable. Sans dague, sans épée, sans Falka. C'était là une excellente nouvelle, qui allait sûrement embellir sa journée si mal partie. Elle soupira puis se concentra en remarquant que les gars lui fonçaient déjà dessus. Ils n'étaient certes pas désarmés comme elle, et en supériorité numérique, mais ça allait, vu à la vitesse où ils s'étaient mis à l'attaquer, ils ne semblait pas être des lumières en matière de stratégie et de combat. La blonde avait donc toutes ses chances. Et pour cause, le combat, qu'il soit magique ou aidé d'une lame, elle en avait l'habitude. Pire que ça : elle l'appréciait.

Cela faisait longtemps qu'elle s'y était entraîné et avait fini par se rendre compte de son attirance pour l'affrontement. Elle affectionnait tout particulièrement le danger, aimait les défis. Elle n'était davantage excité qu'effrayée par son cœur qui se mettait à battre la chamade et l'adrénaline qui montait. Sora était donc ce qu'on pourrait communément appeler un monstre. Pourtant dissimulé sous les traits d'une jeune femme blonde aux yeux bleus l'air tout à fait banale, il y avait sous cette illusion, une véritable machine à tuer. Une machine qui se complaisait dans ce qu'elle faisait. Et il fallait la voir à l’œuvre. Certes, pour cette fois, elle n'avait pas de lame. Cela lui donnait un léger handicap. Mais la demoiselle était maline. Elle dézingua donc d'un coup de pied le premier qui se présenta à elle, un coup de pied qu'elle plaça judicieusement pour le faire perdre tous ses moyens. Additionné à un peu de son pouvoir qui lui permettait de devenir plus forte que la normale, elle était sûre que celui-là ne l'embêterait plus. Elle ramassa rapidement son arme pour s'occuper du reste qui fondait déjà sur elle. D'un bref coup d'œil et du fait qu'elle l'avait en main, elle sut que c'était une épée tout à fait misérable, avec une lame de mauvaise facture et un manche qui en avait déjà vu de toutes les couleurs. Elle ne s'attarda cependant pas à la qualité de l'arme qu'on lui avait fourni.

''On ne mesure pas la qualité d'un épéiste à son arme : s'il est le meilleur, il gagnera, même avec la moitié d'un roseau desséché.''

Et si Sora n'était pas extrêmement vantarde, elle avait tout de même connaissance de ses capacités une fois qu'elle avait une lame entre les doigts. Elle avait commencé si jeune... Mais ça, elle ne voulait pas s'en rappeler. C'était bien quelque chose qui aurait pu la déstabiliser. Elle coupa la tête du prochain qui vint se proposer à elle comme nouvel adversaire. Elle mit un énorme crochet du gauche – toujours aidé de son pouvoir qui augmente sa force sur commande – à celui d'après et troua le bide de l'avant-dernier du petit groupe. Il ne lui en restait qu'un, qui s'était arrêté dans son élan. Il fit quelques pas en arrière avant de brusquement se mettre à courir en sens inverse.

''Il ne faut pas qu'il aille prévenir tous ses copains ! Cinq ça va, une cinquantaine, ça va plus être possible !''

Le sang de Sora ne fit qu'un tour. Heureusement pour elle, l'endroit était si obscur qu'il lui permit de se déplacer à sa guise. En un quart de seconde, elle disparut dans le sol, et le quart de seconde d'après, elle venait de bondir en sortant du mur sur le fuyard, et l'avait violemment assommé. À moins qu'il ne se soit évanoui de frayeur avant qu'elle ne le touche ? Qu'importe. Il était hors d'état de causer le moindre souci, tout du moins, temporairement.

Sora prit donc un temps pour souffler. Elle devait cependant bouger rapidement, car leur lutte avait sûrement fait un vacarme ahurissant qui allait en faire rappliquer d'autres. Elle se reprit donc rapidement et continua d'avancer dans ce qui ne ressemblait à rien d'autre qu'un labyrinthe cauchemardesque. Elle arpenta le dédale pendant bien dix minutes avant qu'elle n'entende à nouveau des bruits tout à fait humains. Mais voilà le souci : elle était dans un couloir à voie unique, et les sons provenaient aussi bien de gauche que de droite. Et ils semblaient nombreux. Elle se plaqua contre le mur, même si elle savait pertinemment qu'ils finiraient par la trouver. Elle ne pouvait pas se planquer dans les ombres très longtemps au risque de se mettre en danger. Elle devait trouver une cachette.

Elle la trouva plus rapidement que prévue : en longeant sur la pointe des pieds la paroi, elle finit par tomber en arrière. Il y avait là une porte si sombre qu'elle ne l'avait même pas vu. Elle s'empressa donc de la refermer derrière elle avec douceur et de reculer vers le milieu de la pièce – encore plus sombre que le couloir lui-même – et de ne plus faire de bruits pour ne pas se faire remarquer. Il faut croire que la porte était véritablement invisible, car elle entendit les groupes d'hommes passer mais aucun ne s'arrêta devant la porte ou n'entreprit même de l'ouvrir.

Visiblement tranquille, pour le moment en tout cas, la blonde décida de visiter la pièce dans laquelle elle se trouvait. Elle semblait immense, et de ce fait, avait sûrement d'autres sorties. Cela ressemblait fort à une très vieille salle des archives. Il y avait d'énormes étagères qui faisaient au moins trois fois la taille de Sora et étaient remplies à craquer de documents et de bouquins. Pas mal étaient éparpillés sur le sol également, mais le tout était surtout recouvert d'une épaisse couche de poussière. En se rapprochant, elle lut des noms sur les tranches des ouvrages. Dans d'autres rangées, elle trouva des espèces, des âges. Si elle s'était d'abord mis en tête de chercher un échappatoire à ce cauchemar, une autre lui vint. Elle se redirigea alors vers le rang des ouvrages et des documents triés par race. Elle écarta bien vite les anges, les nagas et les elfes, et se stoppa quand elle fit face aux démons. Au sein des espèces, le rangement redevenait alphabétique. Elle feuilleta donc frénétiquement le premier livre, qui ne contenait que des fiches avec des noms en A. Elle prit peur en voyant l'état misérable des bouquins et des pages qui menaçaient de tomber en poussière à tout instant une fois effleurées. Mais elle ne se découragea pas, jeta au-dessus de son épaule le premier ouvrage et s'attaqua au deuxième. Tout autant de noms en A que de B et de C. Six bouquins volèrent au-dessus de son épaule pour aller s'écraser au sol derrière elle. Les D étaient plus rares, et les E, encore davantage. Parvenue au F, elle fit preuve de plus d'attention et de douceur. Elle tournait les pages plus lentement, lisait machinalement les noms.

''Febryss, Feepili, Feem, Feka, Feloa, Felune, Femius, Fenhia, Fentkräes-''

Son sang se glaça dans ses veines. Et son corps tout entier se raidit d'un coup, comme soudainement parcouru de part en part d'un violent blizzard. Elle écarquilla les yeux, et ses paupières tremblantes demeurèrent longuement sur le dernier nom qu'elle avait lut dans son esprit. Ses mains se crispèrent alors sur le livre qu'elle tenait et elle dut se forcer à détourner son visage avant que la première goutte d'eau salée ne s'échoue sur les pages. Elle lâcha d'une main le bouquin qu'elle tenait pour essuyer d'un revers de manches ses yeux, et au moment où elle retourna la tête, elle ressentit une grande douleur au niveau de la tempe, et des étoiles se mirent à danser devant ses yeux. Le sol était d'ailleurs devenu soudainement bien plus proche de son visage qu'il ne l'était. Une silhouette se dressait au-dessus d'elle. Mais elle ne demeura menaçante qu'un instant. Après un vif et soudain bruit visqueux, l'inconnu s'effondra à côté de Sora qui se saisit d'un réflexe inespéré pour esquiver son corps inerte. Une autre silhouette lui tendit alors la main. Mais celle-ci n'était réellement qu'une silhouette, la main était noire, comme une ombre. Falka s'empressa alors de se pencher à son chevet, remarquant qu'elle ne voulait pas se relever.

« Ça va Sora ? J'ai mis du temps à te retrouver dans un capharnaum pareil ! »

L'interpellé ne répondit pas, elle tentait de retrouver une vue claire et nette après le coup de poing qu'elle venait de recevoir et ses paupières papillonnaient. Falka n'était cependant ni stupide, ni aveugle. Surtout pas quand il s'agissait de sa compagne.

« Tu as les yeux rouges, comme humides. Tout va bien ? Sora ? »

Elle fit un effort surhumain pour lui indiquer de sa main le bouquin à terre, celui qui était un peu à l'écart de tous les autres. Falka suivit la direction de son doigt, et attrapa l'ouvrage avec précaution, mettant son doigt entre les pages pour garder l'endroit où il était tombé. Elle le tendit à la blonde, sans même le regarder : elle la connaissait par cœur. Si elle voulait lui parler de ce qu'elle avait découvert, elle le ferait. Sinon, Falka devra se contenter de se perspicacité, de sa discrétion et de sa confiance en elle. Sora se remit dans une position plus confortable afin de consulter la page du livre. Elle n'eut pas le temps d'en connaître davantage : un bruit de porte qui s'ouvre avec fracas venait de s'entendre. Elle s'empressa donc – mais avec minutie pourtant – de déchirer la page qui l'intéressait et de jeter le reste du bouquin, avant de faire signe à Falka qu'il était plus que temps de se tirer d'ici.

1679 + 1784 mots = 3463 mots.


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Jeu 2 Mar - 13:22
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Ashryn - Sylvar - IV
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Il en arrivait de tous les côtés. Sora et Falka allaient peut-être mener là leur plus grand combat en matière de nombres. L'ombre prit garde à rendre à son amie ses armes qu'elle avait planqué dans le sac sans fond avant de lancer les hostilités. C'était en effet plus judicieux.

« La salle est circulaire. Les étagères sont disposées selon sa forme... »

Le sang de Sora ne fit qu'un tour. Elle rangea son épée qu'elle venait pourtant de dégainer et se dirigea vers une des étagères après avoir tendu le précieux morceau de papier à sa compagne ténébreuse. Elle marqua une courte pause avant de prendre son élan et de sauter les deux poings en avant. Falka comprit sur le coup son idée. Elle s'empressa de devenir aussi minuscule qu'une puce pour ne pas se prendre sur le coin du nez toutes les étagères qui commençaient déjà à tomber comme des dominos les unes après les autres. Il y eut des cris de peur et de douleur, et rapidement le silence revint. Les hommes qui s'étaient élancés dans la pièce n'étaient visiblement pas assez brillants pour que ne serait-ce qu'un seul évite de se prendre un meuble sur la tête. Sora revint tranquillement vers Falka, légèrement essoufflée.

« Fentkräes... Scylla Fentkräes... Soit tu as omis un détail aussi gros qu'un foutu mariage soit tu voles des noms qui ne sont pas les tiens et mens sur ton identité, soit tu caches encore quelque chose d'autre Sora. »

L'interpellée soupira. Elle se pencha légèrement, posant ses mains sur ses genoux pour souffler un peu.

« Quelle réponse préférerais-tu entendre ? »

Falka lui répondit du tac au tac :

« La vérité. »

Sora releva alors son regard bleuté vers elle. Elle repoussa une mèche rebelle qui lui obstruait la vue et formula finalement une phrase, le plus calmement du monde :

« Il aurait pu mais il s'est arrêté devant les marches. Il m'a seulement accompagné et est reparti en sens inverse. Pas parce qu'il ne voulait pas ou parce qu'il avait peur, mais parce que c'était son rôle ce jour-là, de seulement faire avec moi le chemin jusque devant l'autel et de repartir seul. Je lui ai donc comme qui dirait légèrement emprunté. De toutes façons, il ne l'utilise jamais et je doute même qu'il le sache ou s'en rappelle. Mais si c'est le cas et qu'il entend quoi que ce soit d'une Scylla Fentkräes, peut-être qu'il... »

''Qu'il quoi d'ailleurs ? Se mettrait à ma recherche ? Pfuh, tu parles...''

« Et tu as une idée de ce qu'il pouvait bien foutre dans une prison ? Il y est resté un moment quand même selon ce papelard. » rajouta Falka en secouant le dit parchemin sous le nez de Sora. « Ah ! En plus il s'est évadé, tu parles d'une référence. Malin certes, mais pas l'air fréquentable. »

La blonde reprit le papier des mains de l'ombre, et le rangea précieusement dans sa poche.

« Ce que je sais, c'est qu'il a été en prison, pour une raison que j'ignore mais pour une plutôt longue durée. Si je l'avais appris avant, il n'aurait pas moisi si longtemps dedans. »

Elle pesta et jura contre elle-même dans sa barbe, alors qu'elle repartait sens inverse en enjambant au mieux les corps inertes des hommes armés et les étagères écroulées.

« Sora. » l'interpella Falka sans même bouger. « Pourquoi est-ce que tu tiens tant à le retrouver ? Quelle est ta vraie raison ? »

La jeune femme se stoppa net, dressée au milieu des corps et des livres éparpillés. Elle ne répondit pas immédiatement, laissant le silence planer.

« Je crois, » commença-t-elle sans se retourner, « que si c'est lui qui me l'avait demandé une fois que ça aurait été fait, je lui aurais répondu ce qu'il m'a déjà dit une fois. Disons que je l'ai fait par amour. Mais... »

Elle s'interrompit et haussa les épaules, étouffant un petit rire gêné. Et fit volte-face avec un sourire.

« Si je te dis la deuxième raison, tu vas te foutre de moi. »

« La première est déjà risible du point de vue de n'importe qui incapable d'aimer. Mais tu sais bien que moi je ne te jugerais jamais. » lança-t-elle en lui rendant son sourire et en avançant vers elle.

Sora pouffa, en levant les yeux vers le plafond. Ils pétillaient de nostalgie, étincelaient d'une douce tristesse.

« J'ai le pressentiment... L'étrange intuition que je le dois. Que c'est quelque chose que j'ai à accomplir. Qu'il a besoin de moi comme j'ai besoin de lui. »

L'ombre n'émit aucun commentaire. Elle observa avec attention l'air soudainement si rêveur de sa compagne qui levait la tête.

« Enfin, le temps nous le dira. Peut-être que nous pourrions d'abord songer à sortir d'ici avant d'émettre des plans stupides sur un avenir qui est tout à fait incertain ? »

La silhouette obscure acquiesça. Elles trouvèrent alors bien vite une porte et se remirent à explorer désespérément le dédale de couloirs sombres à la recherche de la sortie. Elles croisèrent quelques gardes, qu'elles mirent sans grandes difficultés et avec une grande rapidité hors d'état de nuire ou de leur barrer la route. Elles passèrent cependant un bon moment dans ce labyrinthe de corridors humides, dégueulasses et obscurs. Elles ne savaient d'ailleurs toujours pas où elles étaient. Qu'importe. L'important était seulement de sortir de ce merdier qui semblait sans fin. Alors qu'elles perdaient peu à peu tout espoir de revoir la lumière du jour et que Sora commençait sérieusement à faire exploser tout cet endroit pour en réchapper, un escalier leur donna un peu d'espoir. Il allait vers le haut, ce qui était bon signe. Elles grimpèrent à tâtons, méfiantes. En haut ne se trouvait pas une porte mais une trappe. Elles se lancèrent un regard entendu, et après que la blonde eut dégainé son épée, Falka poussa le lourd panneau de bois.

Elles se sentirent bien stupides en déboulant, certes à la surface, mais au milieu d'une cœur de bâtiment en ruines où une cinquantaine d'hommes à la mine patibulaire et à l'aspect de bandit s'affairaient. Elles furent bien vite remarquées, et encerclées de tout le baraquement.

« Falka ! »

Il n'y eut pas besoin d'un ordre. Elle savait ce que Sora lui demandait. Et en une seconde, l'ombre humanoïde se muta en un gigantesque dragon noir qui balaya d'un revers de queue tous les hommes qui les menaçaient. Elle invita ensuite rapidement sa compagne à grimper sur elle, et prit son envol avant que leurs adversaires ne se relèvent. Elles dépassèrent un mur et retrouvèrent alors la forêt. Elles étaient sûrement – et enfin surtout – libres. Falka s'empressa de se laisser tomber le plus rapidement possible, sa transformation en dragon lui coûtant énormément. Elle surprit cependant sa compagne en devenant un bel étalon noir.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

« On se barre très loin au plus vite, on se reposera après, je peux prendre sur moi. Mais on se casse de là, j'en ai assez vu pour un moment. »

Sora ne put qu'acquiescer. Elle grimpa sur le dos du cheval à la robe de cendres, qui démarra au quart de tour dans un galop effréné.

« Où allons-nous donc ? » questionna Falka entre deux souffles.

La blonde lâcha d'une main sa prise sur l'animal et sortit de sa poche le papier. Elle fit signe à sa monture de ralentir afin de ne pas perdre le papier au vent. Elle le parcourut une demie-seconde, alors que Falka avait adopté un léger trot, qui lui permettait d'ailleurs de récupérer.

« Les îles Azurées. » finit par répondre Sora en rangeant à nouveau le parchemin avec délicatesse.

Le cheval s'arrêta alors totalement et tourna son museau vers sa cavalière.

« Donc en fait tu veux ma mort ? C'est super loin ! »

Il y eut un silence. Les deux amies se regardaient les yeux dans les yeux, même si pour le coup, l'une était pour le moment un animal avec quatre sabots.

« Toi tu as une piste hein ? »

Sora ne répondit qu'avec un sourire. Falka s'en contenta et se remit rapidement à galoper le plus vite possible.

''C'est stupide c'est vrai mais j'ai ce sentiment au fond de moi que c'est ce que j'ai à faire. Même moi je trouve que c'est complètement débile... Mais c'est comme si quelque chose m'y poussait, comme une intuition, un pressentiment, quelque chose... Personne ne va le faire à ma place de toutes façons ? Et si j'arrête de me mentir à moi-même, j'ai terriblement envie de le revoir. Égoïstement, pour savoir s'il m'a cherché lui aussi toutes ces années ou s'il a eu des ennuis et n'a pas jugé utile de quérir mon aide ou de m'en informer... Savoir où on en est. Si ce que je crois être un lien puissant capable d'outrepasser n'importe qui et n'importe quoi n'est pas qu'une impression que j'ai seulement de mon côté.''

« On va le retrouver ton démon Sora, ne t'en fais pas. » finit par dire Falka, comme s'il avait remarqué que sa cavalière était en train de s'embourber dans des pensées sombres. « Tu me connais, je vais tout faire pour que tu mènes tes missions à bien, aussi compliquées soient-elles, même s'il faut chercher une aiguille dans une botte de foin. Et je respecterais toujours tes choix. Si tu veux abandonner, si tu veux persévérer à en risquer ta vie... Si en le voyant tu veux qu'on le crame vif ou qu'on le protège à tout prix. Je serais toujours comme ton ombre Sora. Si tu ne peux pas le retrouver lui, sache que tu m'auras toujours moi. Même si je sais que c'est sûrement une maigre consolation vis-à-vis de son statut à lui. »

La blonde pouffa et tapota gentiment l'encolure du cheval.

« Dis pas de conneries Falka. Ce n'est pas une question d'échange ou de priorité. Je ne choisirais jamais entre toi et qui que ce soit, même lui. Je ferais en sorte de pouvoir prendre soin de tous ceux qui me sont chers. Et je te suis infiniment reconnaissante d'être là à mes côtés. »

« C'était beau, j'aurais presque pu pleurer. »

« Oh ça va ! J'ai essayé de t'ouvrir mon cœur pour une fois, je réessayerais pas hein ! »

« Je rigole. Merci d'être là aussi, camarade. A lube melfa's wolgnig in eth skraneds. A lube melfa's langdei ymtaph.  »

« A lube melfa's wolgnig in eth skraneds. A lube melfa's langdei ymtaph. » répéta avec douceur Sora, les yeux pétillants d'espoir alors que Falka galopait plus vite que le vent.

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WITH GREAT POWERS COMES GREAT BULLSHIT

Jeu 2 Mar - 20:41
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