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Nier son passé constitue une grande souffrance ~ Scylla

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Scylla Fentkräes
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Scylla Fentkräes
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LES PLUS INSONDABLES TÉNÈBRES
feat Falka

   

''La première fois que je l'ai vu, je l'ai trouvé belle. Même ainsi couverte de sang, couchée sur les pavés du grand hall de ce manoir en ruines, dans des vêtements en lambeaux. Elle était belle. Mais de tout son être émanaient également une tristesse et un désespoir sans pareils. Elle avait, derrière ses cheveux blonds méchés de rouge, un regard qui disait qu'elle avait déjà abandonné. Je l'ai soigné, veillé, nourri, surveillé, protégé des mois durant. Mais les premiers jours après notre rencontre, elle demeura ce qu'elle était quand je l'avais trouvée : une ombre parmi tant d'autres qui ne se plaignait pas d'avoir déjà un pied dans la tombe, et qui semblait avoir tout bonnement envie de jeter tout le reste de son corps dedans.

Résignée dans la mort et de toute façons bien trop faible pour protester, j'ai pu inspecter son anatomie pendant cette période. Outre la plaie béante qui barrait désormais son dos et lui laisserait une vilaine cicatrice, j'en ai trouvé d'autres. Mais des dissimulées, comme si on avait cherché à les effacer. Je pense qu'elle avait des tatouages qu'elle est parvenue à effacer à l'aide de quelqu'un. Un petit sur la hanche et un large et long qui devait faire tout le tour du haut de son bras droit. Mais je ne les aurais jamais vu si je ne m'étais pas penchée dessus.

Si ses vêtements n'avaient rien de caractéristique en eux-mêmes, j'y ai remarqué deux choses. Sa ceinture arborait un fourreau, vide cependant. Les personnes qui l'avaient ainsi amoché devaient s'être servis, puisqu'elle n'avait ni arme, ni bourse, ni bijoux. La deuxième chose, c'était qu'une de ses bottes avait, à l'intérieur, une petite pochette en cuir. Dedans, il y avait un papier, si usé qu'il aurait pu être aussi vieux que le monde lui-même. Mais je ne l'ai ni ouvert, ni lu. Si j'étais aussi bonne envers mon prochain que curieuse à son égard, je n'étais pas pour autant une fouineuse ignorant tout des politesses et du respect. Aujourd'hui encore, je n'ai jamais lu cette lettre, qu'elle garde toujours aussi précieusement. Mais Sora m'a raconté son contenu, qui l'a écrit, pourquoi, pour qui, quand. Et je sais, à entendre l'histoire de ce morceau de papier, qu'il est plus précieux que tout ce qu'elle a en sa possession. Et qu'il la lie à quelqu'un de plus précieux encore.

Au bout d'une grosse semaine, elle a commencé à se manifester. Autant de par ses gestes que par sa voix. Elle m'a donc vu, telle que j'étais. Une sorte de silhouette noire piquée de deux yeux aux couleurs changeantes. Quelque chose qui n'inspire ni la sympathie ni la confiance à vrai dire. Mais dans son état, il lui aurait été difficile de me fuir. Elle aurait cependant pu crier ou manifester un semblant de panique. Mais elle ne l'a pas fait. Elle s'est contenté de me regarder, au fond des yeux. Et les siens affichaient toujours cette profonde tristesse et ce désir inébranlable de plonger dans ce qui serait son tout dernier sommeil. Mais elle a malgré tout accepté ma présence, mes soins, mon attention vis-à-vis d'elle. Même si son état l'obligeait légèrement au départ, elle aurait tout à fait pu m'envoyer sur les roses plus tard, lorsqu'elle était enfin à peu près remise, et tout à fait en mesure de se rebeller. Mais elle ne l'a pas fait non plus. Et elle a perdu peu à peu, cet éclat suicidaire qu'elle avait au fond des yeux.

Je ne sais sincèrement pas ce qui lui serait arrivé si je n'étais pas venue à son secours. Mais à l'idée qu'elle aurait pu crever là, délaissée de tous comme un vieux clébard galeux en fin de vie, je n'ai aucun regret vis-à-vis de mes actes et de mes décisions. Si je ne l'avais pas fait, je ne partagerais aujourd'hui pas sa route et elle ne mettrait pas en moi cette confiance aveugle, que je place réciproquement en elle.''


662 mots.
   
   

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SUP' BITCHES

Scylla Fentkräes
Dim 5 Fév - 0:47
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Scylla Fentkräes
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LE FEU ET LA GLACE
feat nobody

 

Elle avait quitté la maison depuis un jour entier déjà. Partie au crépuscule, sans prendre quoi que ce soit avec elle, ni nourriture, ni vêtements chauds, ni armes, elle n'avait pas arrêté de chercher. La nuit d'abord, elle voulait fuir, elle était en quête d'un échappatoire à ce cauchemar. Elle avait donc couru, longuement, le souffle court, les membres gelés, dans la même direction, sans s'arrêter pendant un long moment. Elle s'était finalement laissée tomber lorsque la fatigue l'eut rattrapée. Et elle dormit, quelques heures à peine. Elle se réveilla, et se remit en route, cette fois à la recherche du chemin du retour. Elle tourna toute la journée dans la forêt, sans jamais le retrouver. Si elle avait passé miraculeusement la nuit malgré son corps frêle de jeune fille, elle savait que la prochaine serait sa dernière.

C'est résignée, abattue et désespérée, qu'elle se laissa tomber contre un tronc lorsque les derniers rayons du soleil disparurent derrière les grands bouleaux. Elle grelottait, avait terriblement froid. La faim la tenaillait si fort qu'elle s'était questionnée sur la possibilité de manger de l'herbe, des feuilles ou des racines. Mais elle n'avait pas cette force. Ou peut-être pas l'envie de l'utiliser. Elle était déjà décidée. Elle n'avait alors que huit ans à peine, et savait déjà que ce soir, elle ne passerait jamais le cap des neuf. Elle n'en avait pas le désir. Elle n'était déjà plus qu'une ombre parmi tant d'autres. Personne ne tenait à elle, elle avait toujours été seule. Personne ne la regretterait. Elle-même ne se sentait pas coupable de s'abandonner à son sort.

De toutes façons, que pouvait-elle bien faire ? Elle n'était qu'une frêle petite fille de huit ans, perdue dans la forêt, sans rien. Elle n'avait aucun bien à chérir. Aucune personne pour laquelle elle aurait pu se battre. Et aucune cause à défendre. Elle n'était qu'une petite chose perdue, à laquelle personne ne faisait attention, dont personne n'avait besoin. Et face à ce monde si vaste, si cruel, elle trouva alors les bras du serviteur de la mort elle-même, étrangement chaleureux. Dans la forêt sur laquelle l'obscurité de la nuit tombait peu à peu, elle se recroquevilla contre le tronc du bouleau et attendit.

Elle avait eu le temps, durant toutes ces années, de dévorer tous les livres de la bibliothèque de ses parents. Il y avait des ouvrages scientifiques, des livres de contes, des ouvrages illustrés sur la magie, sur des langages anciens... Si elle avait eu le temps d'en apprendre beaucoup et de mémoriser un paquet d'informations, elle était sûre d'une chose : elle savait quelle étagère contenait les livres avec les histoires qui n'existaient pas, et celle qui abritait les ouvrages qui parlaient de choses vraies. Elle savait donc que la mort qui l'attendait serait longue et douloureuse, et qu'aucun prince charmant ou miracle ne viendrait la sauver. Elle n'était pas dans un conte de fées. Elle n'était pas une princesse, loin de là. Elle n'était rien d'autre qu'une petite chose affreusement faible que le destin avait créé dans le seul but de l'abandonner.

Voilà la dernière pensée claire qu'elle formula avant de tomber dans un demi-sommeil. Le reste demeura flou. Elle était encore consciente mais ne savait plus très bien où elle se trouvait, ce qui se passait. Son corps faiblissant ne lui permettait plus de penser correctement, de manière correcte et concrète. Ce dernier cherchait à économiser ses dernières forces pour la maintenir en vie, un dernier réflexe tout à fait humain. C'est lorsqu'elle crut que même ses paupières avaient gelé, alors que la neige s'était mis à tomber, qu'elle vit quelque chose bouger. Et comme un dernier instinct de survie enfoui au fond d'elle-même prêt à bondir, elle se força à entrouvrir les yeux. Elle eut un mal de chien à le faire et voyait totalement flou. Quelque chose se trouvait pourtant bien devant elle, mais elle était totalement incapable de dire ce que c'était. C'était sûrement une bête sauvage, tombée du ciel, et qui allait abréger ses souffrances. La chose approchait, mais bien trop craintivement et lentement pour être une menace. Elle avait la peau bien trop pâle pour être autre chose qu'un être humain. Elle se rapprocha encore, jusqu'à se trouver à quelques centimètres de son visage. Cette chose était en fait un jeune garçon aux cheveux noirs comme l'ébène et aux yeux d'un bleu qui marqua à tout jamais la fillette.

Il posa ses toutes petites mains sur les épaules de la fillette, et frotta frénétiquement. Il se mit alors, tout en continuant à tenter de la réchauffer, à lui parler :

« Hé tu m'entends ? Ça va aller ! Je vais te ramener au chaud. Tiens le coup ! »

Elle ne l'écoutait qu'à moitié. Elle ne pouvait pas faire mieux à vrai dire, elle était totalement amorphe et à bout de forces. L'inconnu ne se laissa pourtant pas abattre et retira son manteau pour lui mettre sur le dos. Il attrapa ses mains dans les siennes et les frotta également pour les réchauffer.

« Tu peux te lever ? » demanda-t-il d'une voix très douce, comme conscient qu'il avait pu la brusquer tout à l'heure.

La fillette puisa au fond d'elle-même des forces qu'elle croyait ne plus avoir et tenta de bouger les jambes. Elle émit néanmoins un gémissement plaintif : cela lui faisait un mal de chien. Elle avait l'impression que tout son être était empli de blocs de glace, elle se sentait terriblement lourde. Le garçonnet le remarqua immédiatement et ajusta au mieux en tirant dessus son long manteau qu'il avait donné à la fillette pour couvrir ses jambes. Il se résigna à ne pas la faire se lever de suite et à la réchauffer d'abord. Qu'elle recouvre un peu de forces et d'espoir pour avoir le courage de se tenir sur ses deux pieds. Il continua à frotter de ses petites mains pâles ses épaules, ses bras puis ses mains. Quand il eut remarqué que la fillette semblait beaucoup plus consciente que tout à l'heure, les yeux ouverts et le regard vif, il lui souffla, toujours d'une voix qui se voulait incroyablement douce et chaleureuse :

« Ça va aller, d'accord ? Je m'appelle Eddie. »

Et dès lors, le monde tout entier changea aux yeux de la fillette, et ce pour bien des années encore après. Peut-être même pour toujours, mais l'histoire n'ayant pas fini de s'écrire, il serait très difficile de le dire.

1075 mots.
   
 

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Scylla Fentkräes
Jeu 9 Fév - 21:40
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Scylla Fentkräes
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LE PALE REFLET DE LA MORT
feat Falka

 

« Tu sais, je ne vais pas me plaindre, chouiner et chercher de la pitié auprès de quiconque. Surtout pas auprès de toi qui a pris soin de moi avec tant de rigueur et d’attention alors que tu ne me devais absolument rien. Mon histoire n’a rien d’exceptionnel qui plus est. Ici-bas je pense qu’on a tous nos malheurs. Plus ou moins grands et importants… Selon le vécu déjà, notre point de vue change sur le degré d’horreur de tel ou tel événement. Et il devient alors impensable de tenter d’être plus à plaindre que notre voisin. Tout le monde préfère se faire passer pour la victime, c’est tellement plus facile… C’est ce que j’ai fait au début, parce que j’étais bien trop faible pour avoir des ambitions. Comme disait l’autre, c’est bien beau d’avoir des principes, mais ça ne sert à rien si on a pas de quoi les défendre corps et âme aux yeux des autres. Je l’ai appris à mes dépends. »

Elle marqua un court de temps de pause, et dans ses yeux je distinguais des milliers de souvenirs qui défilaient.

« Avant de passer de l’autre côté de la barrière. Du côté du coupable, du mercenaire, de l’assassin, du pariât. C’est un clan qui n’accepte que ceux capables de protéger leurs valeurs. C’est là où on passe de l’affection à la crainte. Les gens ne t’aiment pas forcément, mais ils te respectent. Et c’est essentiel dans un monde comme le nôtre. Si sombre qu’on peut aller jusqu’à tuer un être qui nous est proche, alors qu’on ne s’essayerait pas à attaquer quelqu’un qui nous fait peur. »

C’est comme ça qu’elle a commencé son récit. J’ai tout de suite su que ça avait de l’importance à ses yeux de m’exposer sa vision du monde, cette évolution de comment elle le percevait à force de vécu et d’expériences. Mais tout du long de son récit, je n’ai pu m’empêcher de me placer de son côté. Je n’ai jamais été objective. Parce que je l’avais sauvé de la mort, et j’avais vu là l’être le plus désespéré et le plus abandonné que je n’avais vu de ma vie. Et je voulais croire, de manière sûrement très égoïste, que j’avais été capable de redonner un sens à sa vie. Que grâce à moi, qui était pourtant un être si rejeté, la vie de quelqu’un avait changé.

Et il fallait avouer qu’il aurait difficile de ne pas la prendre en pitié. Unique enfant de deux parents qui avaient l’air aux premiers abords tout à fait normaux, elle fut abandonnée dès son plus jeune âge. Elle fit preuve d’autonomie assez vite, ce qui était incroyablement surprenant pour un enfant. Mais comme je le pensais, cela ne dura pas. Il vint un temps où la solitude et la réalité la rattrapèrent et la firent perdre pieds. Elle était visiblement abonnée aux situations de la dernière chance, vu qu’elle avait fui la maison où elle vivait, et manqué de mourir dans les bois de froid de faim et de peur avant d’être retrouvé par un jeune garçon.

Le passage à l’orphelinat de la grand-mère du petiot qui l’avait retrouvé fut terriblement difficile à raconter. Elle crispait ses mains par moments, fronçait les sourcils, et on lisait dans son regard une incommensurable douleur. Elle se ressaisit lorsqu’elle aborda son propre départ de là-bas, juste après celui de son sauveur, qui avait fui sans laissé de traces et sans donner de raison quelconque à sa soudaine disparition. Vint ensuite assez rapidement le jour où elle avait été laissée là, comme un vieux chien galeux prêt à mourir. Pour ce qui est du reste, l’histoire allait pouvoir se poursuivre.

« Tu sais Falka, je ne vais prier personne. Je ne crois en rien, sinon qu’en la toute-puissance de la mort, la grande, l’unique. Et je me dis que pour survivre, il va falloir vivre à ses côtés. Pas en la craignant, ni en la repoussant. En s’adaptant à sa proximité. En faisant en sorte de la frôler si souvent que le monde entier puisse me confondre avec elle. »

684 mots.
 
 

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Scylla Fentkräes
Jeu 16 Fév - 11:24
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FLEUR DES FLAMMES
feat Falka & nobody

 


''Je ne l'avais jamais encore jamais vu avec une mine aussi sombre. Et je crois que je n'avais pas bien saisi à cet instant – et que je n'aurais de toutes façons jamais l'occasion de réellement comprendre, n'étant tout simplement pas à sa place – toute la symbolique de son geste. Son être tout entier était aussi sombre que les cendres à ses pieds. Les quelques flammes restantes éclairaient à peine ses prunelles d'un bleu si terne qu'il aurait été plus juste de le qualifier de gris. Cela faisait un moment déjà qu'elle demeurait là immobile. Depuis le début du brasier à vrai dire. Elle s'était juste déplacé de temps à autre pour empêcher une braise volatile d'aller foutre le feu à tous les arbres aux alentours. Puis après avoir empêché le début d'un nouveau foyer de flammes d'un coup de talon, elle revenait à la même place et reposait son regard totalement vide sur le bâtiment en flammes.

Je vis bien sa main glisser dans sa poche à un moment, mais elle la retira aussitôt avec une rare violence, comme si elle avait touché quelque chose de piquant ou de brûlant. Je savais très bien ce qu'il y avait à cet endroit-là et ce n'était en rien désagréable au toucher. Mais je ne fis pas de commentaires.  Je n'ai pas osé l'interpeller, pas même m'approcher d'elle. C'était à peine si je respirais, tant j'avais envie de me faire oublier, ne sachant où me mettre dans telle situation. Je pense que n'importe quel geste ou mot de ma part aurait été de trop, ou tout du moins, n'aurait absolument rien changé. Je ne l'avais pas encore vu aussi profondément désespérée et triste, mais le peu de fois où je l'avais vu frôler un tel état, aucune des choses que j'avais tenté n'avait réussi à la tirer de là.''

''Elle demeura encore un peu de temps face au tas de cendres, même si le brasier était bel et bien éteint depuis un moment et que plus aucune flamme ne persistait à briller sur le tapis grisâtre qui recouvrait la terre. Puis soudainement, elle fit demi-tour sur elle-même, prononça mon nom d'une voix aussi dure et glaciale que le marbre, et s'enfonça dans la forêt sans même se retourner. Le tas de cendres derrière elle signifiait sans doute que tout ça était désormais de l'histoire ancienne. Mais son visage étiré en un rictus de douleur et ses mains tremblantes disaient que rien n'était vraiment terminé, malgré son désir évident d'en finir avec ça. Et je n'ai rien trouvé de judicieux à ajouter. J'étais de trop dans ce paysage qui ne m'était pas familier. Les jours qui ont suivi, Sora est demeurée très silencieuse et renfermée sur elle-même. Elle parlait seulement par nécessité. Je ne sais plus ce qui a fait que son état s'est amélioré. Je ne me rappelle plus non de ce qui l'a poussé à revenir sur les lieux. Je crois qu'elle n'est pas si forte qu'elle veut le faire croire, ni stupide. Elle a dû se faire une raison. Tant mieux d'ailleurs.''


La blonde avançait d'un pas tranquille à travers les chênes imposants qui composaient la forêt. Ses bottes bruissaient doucement dans l'herbe humide. Elle était suivie par une ombre, dont les pas ne faisaient eux, aucun bruit. Après quelques détours, elle parvinrent dans une clairière, à l'entrée de laquelle elles s'immobilisèrent toutes les deux. Sûrement parce que c'était une bien étrange clairière. La terre à cet endroit n'était pas recouverte d'une herbe verdoyante et fraîche, mais plutôt d'un tapis de poussière grisâtre et affreusement triste. L'ombre attarda son regard sur l'étrange couleur du sol, et sursauta lorsqu'elle vit du coin de l'œil sa compagne tomber à genoux à quelques pas devant elle. Elle allait pour poser sa main sur son épaule, mais c'est en avançant vers elle qu'elle se retint, comprenant la raison de sa chute.

« Tu crois Falka... » hasarda d'une voix tremblante la jeune femme aux cheveux d'or, « que quelque chose de bien plus fort que moi essaye de me dire... que la lutte est vaine ? »

L'ombre croisa les bras catégoriquement, ce que ne vit pas la jeune femme, étant dos à elle. De ce fait, elle ne vit pas non plus le léger sourire plein d'espoir de la silhouette sombre.

« Je crois au destin et au hasard. C'est déjà pas mal. »

La blonde secoua les épaules : elle s'était sûrement retenu de rire. Falka, en écoutant mieux, comprit qu'elle venait en fait de se mettre à sangloter mais qu'elle tentait de le cacher. Sachant à quel point cela était une démonstration de faiblesse, elle fit mine de ne pas y faire attention. De n'avoir pas remarqué. Elle demeura silencieuse, regardant un peu partout ailleurs, laissant le temps à la blonde de se calmer. Mais elle sursauta en entendant un bruit métallique caractéristique. La jeune femme venait de se lever et de sortir son épée de son fourreau. Elle fit un pas en avant, les yeux écarquillés, prête à l'empêcher de commettre l'irréparable. Mais s'arrêta en comprenant que ce n'était pas là son intention. D'un geste vif, elle planta la lame dans le sol, au milieu de la clairière, et demeura un petit moment appuyée sur son manche, les mains fermement cramponnées à ce dernier. Et comme la dernière fois, elle tourna les talons, et après avoir interpellé l'ombre, s'enfonça dans la forêt. Mais cette fois, c'était différent. Falka le savait. Elle avait quitté la clairière beaucoup moins précipitamment que la dernière fois, et n'était pas partie le visage crispé. Elle avait même cru entrapercevoir un sourire. Et cette fois, avant de la suivre, l'ombre s'approcha de la lame. Elle posa un genou à terre et dans un geste solennel où elle joignit ses deux mains, répéta mot pour mot ce qu'elle avait entendu de la bouche de la blonde il y a quelques dizaines de secondes.

« A lube melfa's wolgnig in eth skraneds. A lube melfa's langdei ymtaph. À bientôt donc. »

Elle sourit et se releva en faisant demi-tour, commençant à rejoindre la jeune femme. Mais avant de quitter la clairière, elle jeta un bref regard en arrière. Et elle sourit en voyant danser juste devant l'épée plantée dans la terre, guidée par une légère brise, la belle fleur aux pétales bleu ciel. Et à onduler ainsi sous le vent, il lui sembla de loin, alors qu'elle jetait un énième coup d'œil au-dessus de son épaule, que la fleur ressemblait davantage à une petite flammèche bleue.

1089 mots.
 
 

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SUP' BITCHES

Scylla Fentkräes
Dim 19 Mar - 22:50
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