Un rire bien angoissant [Elih & Scylla]

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Ashryn - Sylvar - IV
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L'après-midi touchait à sa fin, même si cela ne se voyait pas vraiment dans l'antre des brumes. Les lieux étant toujours plongés dans l'obscurité et la brume, il était difficile de savoir quel moment de la journée il était en se fiant par exemple à la place du soleil dans le ciel. Sora s'en accomodait sans trop de soucis, Falka aussi. Là où l'une avait une affinité toute particulière pour les ombres, la deuxième en était tout bonnement une. Elles n'avaient donc aucun problème avec le fait de rester dans un endroit pourtant si redouté et si lugubre. Elles s'étaient d'ailleurs arrêté un moment, pour manger un morceau. Elles avaient choisi un petit coin entre deux trois buissons et des rochers pour se caler confortablement. Le brouillard était épais, et l'environnement sinistre, mais les deux compères n'en avaient pour ainsi dire rien à fiche. Elles parlaient même assez fort tout en riant.

« À mon tour alors ? » hésita la blonde avant de soupirer. « Qu'est-ce que tu veux que je demande à un foutu spectre qui n'a ni identité, ni souvenirs, ni connaissances à part moi... Allez, je passe. »

Elle replia ses jambes en tailleur et attrapa la sacoche posée juste à côté d'elle. Elle en sortit une couverture, qu'elle étala soigneusement sur le sol, et posa dessus quelques aliments tout droit sorti de son sac : des myrtilles, du pain, du jus de framboise et un semblant de tourte au fromage un peu trop cuite sur les bords.

« Bon à moi alors, je m'en réjouis d'avance... Hm, réfléchissons... Ah je sais ! »

Ce ''je sais'' enthousiaste suivi d'un court silence et d'un regard pour le moins équivoque n’inspiraient rien de bon à Sora. Elle ne rajouta cependant rien et attendit que Falka expose son idée.

« Qu'est-ce qu'il y a d'écrit sur cette fameuse lettre ? »

« Je te l'ai déjà dit. » répliqua-t-elle spontanément. « Je t'ai dit qui l'a écrit, quand, pour qui, pourquoi et ce qu'elle dit. »

« Je parle des mots exacts. Je veux la lire. » surenchérit l'ombre.

« Hors de question. » répondit Sora avant d'avaler quelques myrtilles. « Joker. »

Falka soupira. Si elle n'avait pas grand chose à raconter sur sa personne du fait de sa nature mystérieuse, Sora elle, avait de quoi alimenter la conversation. Le problème ? Il y avait pas mal de sujets sur lesquels elle était totalement fermée. L'ombre en avait déjà trouvé pas mal d'ailleurs, elle les retenait pour mieux les aborder de nouveau plus tard en espérant un jour avoir une réponse à l'un d'eux. Remarquant que pour celui-là ce soir, elle n'obtiendrait rien, elle changea de direction.

« Bien alors... Je voudrais savoir si... Hm... Ah ! Si tu n'as jamais rêvé d'une vie normale, basique. Avoir une maison, une famille, un mari, des enfants, un petit travail, de quoi subsister sans avoir à voyager et combattre tous les jours. Sans avoir un lourd passé sur les épaules. »

Alors que la concernée venait d'attraper la bouteille de jus de framboise qu'elle venait de dé-bouchonner, elle se stoppa en plein élan. Si Falka ne la connaissait pas par cœur, elle n'aurait pas remarqué l'éclat vif d'hésitation qu'elle eut à ce moment-là au fond des yeux, l'espace d'une seconde à peine. Ni le ton de sa voix très légèrement inhabituel.

« Franchement tu me vois dans ce genre de rôle ? Nan, ça ne me va pas du tout. »

« C'est pas ma question. »

Les deux compagnes relevèrent en même temps le regard, ces derniers se croisant intensément l'espace d'une seconde.

« Alors deuxième joker. »

« Chut ! Tu as entendu ? »

« Oui, j'ai dis deuxième j- »

« Non ! Tais-toi ! »

La blonde se tut instantanément, en oubliant même de prendre une gorgée du jus de framboise qu'elle venait d'ouvrir. Elle se concentra en silence un moment, tout comme Falka.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-elle une minute plus tard d'une voix plus douce et plus basse.

« J'ai entendu quelqu'un rire. »

Sora haussa un sourcil moqueur, et pouffa le plus silencieusement qu'elle put. Si sa réaction montrait qu'elle ne prenait absolument pas au sérieux sa compagne, elle avait pourtant du même temps posé sa main sur le manche de son épée, accrochée à sa ceinture. Elle referma la bouteille de jus de framboise juste après d'une main, et rangea ce dernier ainsi que les myrtilles, la tourte au fromage et le pain dans le sac. Duquel elle sortit un arc et un carquois rempli de flèches avant de le fermer, arc qu'elle tendit à Falka qui l'attrapa aussi vite qu'elle le banda.

« Tu me couvres. »

Sora déposa le sac près de l'ombre et enjamba le rocher, après avoir vérifié que sa dague était bien attachée sur sa cuisse sous son manteau. Elle avança de quelques pas, la main sur le manche de son épée, prête à dégainer.

« Il y a quelqu'un ? » hasarda-t-elle à lancer dans la brume, d'une voix assurée et glaciale.

Falka se crispa légèrement mais évita de faire tout commentaire. Sora était déjà assez éloignée d'elle, bien trop pour que ce soit tout à fait sécurisé de lui dire qu'avec une telle brume, elle ne couvrait quasiment rien du tout avec son arc. Il était bien possible que la personne à qui appartenait le rire l'entende aussi.

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Ven 3 Fév - 21:59
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Ashryn - Laethlion - III
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« C’est un contrat risqué Mademoiselle. Êtes-vous réellement capable de l’honorer ? ». L’humaine fronça les sourcils, serrant les poings discrètement sous la table de la taverne. Son regard se durcit, et un soupir s’échappa de l’entre ouverture de ses lèvres alors qu’elle prenait une gorgée de rhum, tapotant le parchemin du bout des doigts. « Je ne veux pas insinuer que.. ». Elle le coupa. « Insinuer que quoi ? Que vous ne me pensez pas assez courageuse pour foncer tête baissée à l’Antre des Brumes ? ». Il s’arrêta, cherchant ses mots, fuyant son regard. Ce n’était pas la première fois qu’il demandait à une mercenaire de sortir de sa zone de confort, mais la présence de la jeune femme l’intimidait. Recouverte de tâches de sang, une cicatrice en dessous de l’œil, un regard noir comme les ténèbres… Elle ne lui inspirait rien de bon, et c’était, ironiquement, ce qui l’avait poussé à l’engager. Elisabeth n’éprouvait aucun ressentiment pour ses victimes, encore moins des regrets. Elle ne jugeait aucunement les raisons de ceux qui voulaient la mort d’un autre, estimant tout simplement que cela ne la regardait pas. Elle était payée pour un service, elle l’effectuait, raflait la mise, et ça s’arrêtait là. Ni plus ni moins.

Elle se mit à se balancer sur sa chaise, sirotant son verre. « Vous avez raison. ». Et un très léger sourire vint élargir ses traits fatigués. « Je ne suis pas assez sotte pour me rendre dans un endroit aussi dangereux et singulier si vous n’y mettez pas le prix. ». Elle désigna alors le parchemin ou le contrat avait été rédigé. « Augmentez vos tarifs, et peut-être que j’y réfléchirais à deux fois. ». L’homme, d’une cinquantaine d’années, souffla d’exaspération. Depuis plusieurs jours, il cherchait en vain quelqu’un capable de se rendre à l’Antre des Brumes pour accomplir une vengeance personnelle. Cependant, dès qu’il abordait le sujet en profondeur, tous se refusaient à accepter son offre. Elle était sa dernière chance. Grommelant, il posa une nouvelle bourse sur la table et, attrapant la plume, griffonna un nouveau prix. Elisabeth examina avec attention ce qui lui était proposé, puis tendit sa main. « C’est un endroit lointain. Je partirais à l’aube. ». Puis de l’autre main elle prit l’une des deux bourses. « Il me faut un acompte, ne serait-ce que pour le voyage. ». Ce n’était pas comme si elle lui laissait véritablement le choix, après tout. Et sans demander son reste, elle s’éclipsa vers l’auberge et partit le lendemain matin, comme convenu.

Le voyage fut long, mais tranquille. L’Antre des Brumes n’était pas un endroit dont l’Humaine raffolait, mais son métier impliquait des dangers bien plus grands que l’épaisse fumée qui l’empêchait de voir plus loin que le bout de son nez. En quelques heures, le contrat fut honoré, et c’est tâchée de sang qu’elle entreprit de retrouver le chemin vers la Forteresse Maudite où se trouvait le Port le plus proche. La démence ne l’eut pas assez gagné pour qu’elle se rende sur les territoires vampiriques qui ne feraient sans doute qu’une bouchée d’elle, les membres endoloris après une course poursuite pour obtenir la tête qui lui était demandée. Etirant ses muscles un à un, elle poursuivit sa route, ne quittant pas le sentier qu’elle avait emprunté à l’aller, de peur de se perdre dans la Brume. Une heure passa. Deux heures passèrent. Peut-être même trois. Elisabeth s’arrêta et croisa les bras, sortant de son sac la Carte de Langzyliah. La traversée n’était pas censée durer aussi longtemps, aussi elle sut immédiatement qu’elle était tombée dans un piège ou dans une illusion.

Elle s’apprêtait alors à faire demi-tour quand une voix l’interpella. Elle haussa un sourcil. Qui pouvait bien se trouver non loin d’elle dans la Brume ? Dégainant son arme, elle avança à tâtons, suivant l’origine du son sans un bruit. Si cela pouvait être une autre personne perdue, cela pouvait également être un ennemi prêt à l’appâter pour mieux la détruire. Elih secoua la tête. Elle se devait de rester concentrée en toutes circonstances. Puis alors qu’une silhouette se dégageait enfin dans la fumée, un rire résonna dans son esprit. Elle fronça les sourcils, durcit le regard. Se moquait-on de sa malchance, une fois de plus ? Il n’y avait aucune honte à se perdre dans ce lieu, tant qu’elle n’y laissait pas la vie. S’approchant tout aussi doucement de la silhouette qu’elle distinguait à peine, elle décida de hausser quelque peu le ton. « Qui que vous soyez, vous feriez mieux d’arrêter de vous esclaffer sans raison. ». Elle se retourna une fois, deux fois. Le rire était partout, surgissait, s’immisçait dans sa tête et s’y répétait. Tout devenait flou. Donnant un violent coup d’épée contre le sol, elle sentit le métal s’arrêter contre une roche. Ainsi, elle n’était pas totalement perdue.

Relevant la tête, elle tapa une seconde fois, un peu plus fort. « Si vous m’entendez, venez par ici. Si vous voulez régler vos comptes, faites-le au moins à la loyale et sortez de la brume. ». Elle se sentait stupide. Terriblement idiote. Qu’allait-elle faire si elle se retrouvait avec un fardeau sur les bras, à traîner jusqu’à ce qu’elle finisse par trouver la sortie ? Mais elle ne pouvait pas non plus rester sans savoir ce qui se tramait ici. Un véritable dilemme taraudait l’esprit de la jeune femme, qui finit par s’asseoir sur le rocher qu’elle venait de frapper avec son arme. C’était ironique de se proclamer loyale, elle qui poignardait les autres dans le dos. Mais avoir fréquenté un bon nombre de malfrats lui avait appris une chose : ils ne reculaient jamais face à la provocation, et les bienfaiteurs n’hésiteraient sûrement pas à suivre ses indications pour se laver de tous soupçons. Dans tous les cas, elle gagnait. Un sourire égaya ses traits pendant une fraction de seconde. Elle aussi, serait sans doute aisément tombée dans le panneau..
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Dim 5 Fév - 17:05
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Ashryn - Sylvar - IV
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Sora était sur ses gardes. Si elle avait un penchant pour la déconne ironique constante, elle savait très bien à quel moment elle devait arrêter de blaguer et devenir tout à fait sérieuse. Et c'est là, prête au combat, attentive à tout ce qui se passait autour d'elle, arme en main, qu'elle devenait véritablement terrifiante. Falka elle-même ne blaguerait pas avec elle en lançant une flèche perdue près d'elle. Elle savait Sora redoutable dans ces moments-là. Elle lui avait même parlé d'un temps où elle avait appris, avec quelqu'un qui lui était cher, à dévier les flèches de sa lame. Bien qu'elle ne l'ait jamais eu à l’œuvre – la blonde lui répétant que vu le temps passé depuis la dernière fois où elle l'avait fait, ce serait bien trop dangereux et sûrement vain - elle n'a jamais remis en doute sa parole. Falka avait en effet une confiance aveugle en la jeune femme. Elle était tout ce qu'elle avait, la seule personne qui l'avait accepté tel qu'elle était, dès le premier regard qu'elle eut posé sur celle. C'est pour cela même qu'elle débanda son arc, le remit dans le sac, et, prenant l'apparence d'un serpent, se glissa dans la brume. Elle ne se permettrait jamais qu'il arrive quoi que ce soit à Sora.

Cette dernière était totalement immobile au milieu du brouillard, légèrement penchée en avant, la main tenant fermement le manche de son épée. Elle demeurait attentive au moindre son. Elle ne sursauta même pas en entendant le bruit caractéristique d'une petite chose qui rampe rapidement sur le sol. Et ne frissonna pas non plus lorsque l'animal, dont le corps était long et onduleux, grimpa sur sa botte et glissa sur son corps jusqu'à atteindre son cou. Il n'y eut pas besoin de mots. Elles avaient élaboré des tas de stratagèmes combinant leurs capacités à toutes deux. La cachette de Falka en tant que serpent ou autre petit animal dans le col de Sora était un classique certes, mais rudement efficace : il y avait là un effet de surprise qui lui avait été plusieurs fois bien plus qu'utile.

Alors que Sora allait enfin se décider à faire un pas en avant, elle entendit une voix, indistinctement. Elle ne capta que quelques bribes de mots. Falka prit alors le ton le plus feutré et doux qu'elle put pour s'adresser à la jeune femme :

« Ce n'est pas le même timbre que celui du rire. Il est plus cassant, plus sec et- »

Elle fut interrompue par un autre bruit. Pas de voix cette fois. Un bruit métallique et rocailleux, unique. Comme si quelqu'un était en train de frapper quelque chose. Un objet en métal qui frappait un caillou, ou l'inverse. Quoi que ce soit, vu la hauteur du son produit, Sora n'eut aucun mal à définir la direction d'où il provenait. Cette ou ces personnes indiquaient leur position ? Étrange. Vraiment très étrange. Ou complètement stupide. Cela conforta légèrement la blonde, qui se mit à avancer très doucement, vers la source du son qui venait d'avoir lieu une seconde fois.

Soit c'était en effet quelqu'un de terrible stupide, auquel cas elle n'aurait aucun problème à s'en débarrasser. Soit c'était un acte délibéré et réfléchi, et dans cette situation, il était bien moins probable qu'une personne lui souhaitant du mal ne se révèle ainsi, lui donnant toutes les cartes en main pour l'éliminer. Quoi qu'il en soit, le fautif n'était plus très loin : une masse sombre se distinguait désormais dans la brume face à Sora. Et il semblait, après une attentive observation, que ce soit plutôt la fautive. Au lieu de continuer à s'approcher en ligne droite, elle commença à faire des pas de côté, toujours en réduisant la distance entre la silhouette et elle.

« Bonjour. » lança-t-elle simplement d'un voix glaciale, épée toujours en main, en mettant soigneusement un pied l'un après l'autre sur le côté, tournant ainsi autour de ce qui semblait être une femme assise. « Êtes-vous le son de cloche ? Ou le rire ? Ou les deux ? »

Elle serait bien embêtée si la personne ne lui répondait aucun des deux. Ce qui monterait dangereusement le nombre de gens – ou choses ? – actuellement tapis dans ce brouillard, et deviendra sûrement problématique.

« Nous ne nous sommes jamais croisées et je ne souhaite pas non plus que ce soit le cas de nos fers. » fit remarquer finement Sora en voyant, toujours en tournant autour d'un pas léger et très lent, qu'elle semblait avoir une lame en mains. « Néanmoins, je n'aime pas trop qu'on se moque de moi gr- »

Le rire retentit à nouveau. Mais derrière elle. Puis à gauche, à droite, au-dessus, partout. Sora, sans perdre sa mine impassible et sa garde, empoigna plus fermement sa lame. Et tout en gardant un œil sur la silhouette assise, tourna légèrement le visage.

« Soit ce n'est que moi, soit ce foutu endroit a priori très peu fréquenté car très dangereux devient une véritable réception de château. Même si pour le coup, il manque les tapisseries au mur et le buffet, puisque nous avons déjà l'élément important de telles festivités : le fieffé hypocrite avec son petit rire grotesque. »

Falka se tenait prête et Sora, malgré son air provocateur et son corps détendu, était parfaitement parée à une quelconque éventualité, que ce soit un coup, une lame ou quoi que ce soit d'autre. Elle gardait toujours un œil vers la silhouette, même s'il semblait pourtant bien que le rire ne venait pas d'elle. Mais ça pouvait tout à fait être de la magie.

« Ne me forcez pas à deviner moi-même si il y a réellement un petit lutin stupide caché derrière cet épais brouillard et cette blague, ou si en effet le responsable est un leurre savamment posé devant moi. Quoi qu'il en soit, ma patience a de fines limites, et peu de gens ont eu l'occasion, en arrivant à les outrepasser, à voir le bout de ces frontières. Ils n'en ont pas eu le temps. Tenez-vous à ce que je vienne vous expliquer moi-même pourquoi ? »

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Lun 6 Fév - 20:51
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Ashryn - Laethlion - III
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L’Humaine n’était pas friande de farces dans ce genre. Ce rire la dérangeait jusqu’au plus profond de son âme, titillait une zone qu’elle savait sensible : la peur de l’inconnu. Elisabeth se trouvait, en ce moment-même, en position de faiblesse, chose qui ne lui arriva que de rares fois dans une vie de mercenaire pourtant bien remplie. Elle choisissait ses contrats avec un soin que l’on ne retrouvait nulle part ailleurs et ainsi, ne mettait nullement sa vie en danger pour quelques pièces. Seuls des fous se jetteraient dans la gueule du loup pour une bourse bien remplie. La jeune femme n’en était pas à ce point-là. Elle avait un but à accomplir, un objectif à atteindre, et nul n’aurait su la détourner de celui-ci. Il l’obnubilait, la hantait constamment, s’invitant dans ses pensées et dans ses songes sans crier gare. Elle fronça les sourcils. Tout ceci ne pouvait être qu’une mince mascarade venue obstruer son chemin, déjà plein d’embûches. Elle n’avait pas besoin de ça. L’Antre des Brumes n’était pas un lieu où l’on venait passer du bon temps, aussi elle s’impatientait à l’idée de quitter cet endroit morbide et ce rire insupportable qui la tiraillait constamment.

Néanmoins, elle n’aurait plus à réfléchir bien longtemps, car elle sut que sa technique pourtant idiote avait marché à merveilles. Les pas se rapprochaient, doucement, et Elisabeth décida de rester assise, afin de ne pas effrayer l’inconnue. Être mercenaire n’est pas être assassin : cela nécessite parfois de se rapprocher de sa victime avant de la poignarder dans le dos. Aussi, elle avait appris que mettre son assaillant en position de confiance ne pouvait que lui faciliter la tâche. En restant immobile, elle lui donnait un sentiment de puissance qui au fond, ne serait qu’une façade, car si elle venait à s’en prendre à elle, elle serait complètement prête à se défendre. C’était un pari risqué, qui fit frissonner la jeune femme. De peur ? Surtout d’excitation. L’adrénaline montait dans ses veines, s’immisçant dans les recoins de son cerveau. Tout ceci n’avait aucun sens, et c’était précisément ce qui rendait cette situation intéressante. L’incompréhension la plus totale, tout simplement. Et enfin, une voix ne semblant pas correspondre au rire s’éleva.

Tout s’enchaîna rapidement, alors qu’elle s’apprêtait à lui répondre. Un maigre sourire égaya ses traits. Au moins, elle ne se trouvait pas devant une personne manquant de caractère et de répondant. L’inconnue manquait définitivement de tact, et cela plut à l’Humaine. Elle ne se souciait point de faire bonne impression, seulement de mettre à plat ce qui se déroulait en ce moment dans l’épais brouillard qui les entourait. Plus elle parlait, plus elle lui plaisait, intensément. Elle pensait se voir, en miroir. Et cette pensée stoppa immédiatement le semblant de joie qui commençait à l’étreindre. Se trouvait-elle dans une illusion ? Il fut fort improbable qu’elle puisse croiser quelqu’un de sa trempe dans un lieu pareil, dans des circonstances aussi singulières. Elle plissa les yeux, se relevant très lentement, tapant encore une fois sur la roche. Il n’y avait qu’un seul moyen de le savoir.

« Bonjour. ». Sa voix, rauque et glaciale, résonna à son tour dans le vide. Elle tenta de distinguer correctement les formes qui se trouvaient autour d’elle, calmement. Cela ne servait à rien de se précipiter dans le vide. « Le son de cloche. ». Elle se contentait de répondre, aussi simplement qu’elle puisse le faire. Donner trop d’informations pourrait la mener à sa perte, et elle s’en voulut pendant quelques instants d’avoir baissé sa garde dans un lieu aussi dangereux. Se mordant les lèvres, elle se redressa complètement. « Comment pourrais-je être sûre que le rire ne vient pas de vous et que vous n’êtes pas en train de me duper ? ». Les ensorcellements pouvaient produire tous types d’effets, autant physiques que psychologiques. L’Humaine n’eut en aucun cas l’occasion de les manier, pourtant elle connaissait leur puissance, et sa résistance ne serait pas assez forte pour repousser un assaut. « Les réceptions de château, ça n’a jamais été ma tasse de thé. ». Elle se racla la gorge. « Vous feriez mieux de dire à votre amie de baisser son arme. ». Tendant son épée en avant, elle vint toucher celle de l’inconnue, se rapprochant avec rapidité pour distinguer son visage.

Une fois qu’elles furent proches, Elisabeth s’arrêta sèchement. « Je serais ravie d’en savoir plus à propos de ceux ayant eu le malheur d’abuser de votre patience, cependant je crains que ce ne soit pas le problème auquel nous devons faire face aujourd’hui. ». La demoiselle n’avait pas l’intention de se lier à son interlocutrice. Elle gardait son arme baissée, touchant légèrement celle de l’inconnue, pour la bloquer en cas de mouvement brusque. « Je n’ai pas l’intention de vous blesser. ». Puis un rire fit vibrer ses cordes vocales. « Et vous n’avez pas l’intention de me laisser faire, me tromperais-je ? ». Posant sa main sur son bras, elle la tâta rapidement. « Bien, vous n’êtes pas une illusion. Voilà qui est rassurant, mais qui ne nous avance pas. ». Elle baissa son épée, lentement. Se précipiter avait parfois du bon, car au moins, elles n’étaient plus bloquées dans une peur d’être trahie l’une et l’autre par un sortilège sordide. Sans plus de manières, la demoiselle chercha à comprendre d’où venait le rire incessant qui lui cassait les oreilles. « Vous avez ramené tout votre escadron avec vous et le plus turbulent s’est fait la malle ? ». Dans ce genre de circonstances, l’Humaine aurait accepté n’importe quelle excuse pour se sortir du pétrin. Elle était loin d’être difficile…
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Mer 15 Fév - 15:18
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