Surprise et singularité [PV Alexis]

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Ashryn - Laethlion - III
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Un soupir s’échappa de l’entre ouverture des lèvres de l’Humaine, alors qu’elle rentrait finalement au bercail après une journée de travail. Son sac sans fond sur le dos, un rouleau de bandages dans les mains, elle bandait une plaie superficielle tout en avançant vers la Taverne qu’elle avait pris l’habitude de fréquenter en rentrant de mission. Là-bas, on trouvait de tout. Des saoulards venus oublier leurs problèmes, des femmes de peu de vertus gagnant leurs vies grâce à leurs charmes, parfois des petits couples mais c’était rare. Aujourd’hui, tout s’était passé comme prévu. Le contrat n’était ni trop aisé, ni trop compliqué. Les meilleurs en soit, car ils lui permettaient d’installer une routine dans une vie bousculée dans tous les sens, chahutée constamment. La Terre des Rescapés lui paraissait, depuis toujours, étrangère pour une raison inconnue. Peut-être étaient-ce tous ces soldats, grouillant dans les ruelles, prêts à débusquer le moindre être malfaisant ? Sans doute. Elisabeth était loin d’apprécier l’idée de catégoriser les peuples, mais devait bien vivre avec la réalité des choses : le jour où elle croiserait un vampire dans le coin, il ne ferait pas long feu…

Elle poussa la porte nonchalamment, s’enfonçant dans la taverne sans adresser un seul regard à qui que ce soit. Dernière table, au fond, à gauche. C’était la sienne. Rien ne l’indiquait, mais ceux qui la connaissaient savaient pertinemment qu’il ne fallait pas se placer à cet endroit à moins de vouloir s’attirer des problèmes. Sans commander elle s’assit, et termina de bander ses blessures, la figure déformée par une légère douleur, puis s’étira longuement en donnant quelques coups de pied dans la table. Tout ceci aurait eu le don d’épuiser n’importe qui. Courir à droite à gauche, tuer, massacrer, menacer, chasser, traquer… Mais c’était un quotidien comme un autre. Elih haussa les épaules, résignée à accepter son sort. Ce n’était pas payé une misère, et elle était libre de ses mouvements. Tout du moins, elle se croyait libre. Et cette illusion valait bien plus que tout l’or du monde à ses yeux. Relevant la tête, l’humaine ne s’étonna point de trouver sa consommation, prête devant elle. Le gérant, bien qu’il ne semblât pas l’apprécier, ne pouvait refuser de la servir : il perdrait bien trop. Elle faisait partie de cette clientèle ne se sauvant aucunement au moment de régler ses dettes. Elle buvait, payait, partait, puis revenait le lendemain, et ainsi de suite. Depuis cinq ans peut-être ? Elle ne les comptait plus. Tout ceci devenait un commerce de proximité inestimable, et la perdre reviendrait à la laisser filer vers une autre enseigne.

Avalant son verre de rhum lentement, la jeune femme laissa ses yeux parcourir la salle, peu convaincue d’y trouver quelque chose d’intéressant à se mettre sous la dent. Peut-être trouverait-elle un nouveau contrat à honorer dans la semaine, de quoi remplir sa maigre bourse que beaucoup, pourtant, lorgnaient. Mais, sans qu’elle puisse savoir pourquoi, aujourd’hui les regards ne convergeaient pas vers sa personne. Elle revenait souvent tâchée de sang, la plupart du temps frais, et avait pris l’habitude d’être analysée, sondée de haut en bas. Les gardes avaient accepté sa présence, et c’était tout ce qui comptait à ses yeux. Pouvoir rentrer chez elle sans encombre. Pour que les nouveaux venus ne lui accordent aucune attention, quelque chose d’autre devait captiver leurs sens. Une fois de plus, elle haussa les épaules. Les préoccupations du peuple ne lui importaient que trop peu, encore plus si l’alcool les dirigeaient. Se prélassant contre le mur froid de la taverne, l’Humaine ferma les yeux quelques secondes pour se détendre, laissant ses pensées divaguer vers d’autres contrées que seuls ses songes dessinaient à merveille. Si quelque chose venait troubler la tranquillité des lieux, elle serait bien la première à réagir, pour l'instant, elle rêvait…



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Mer 1 Fév - 10:37
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La lumière du soleil était en train de décliner tranquillement depuis la ligne d'horizon. La ville des humains comptait un jour de plus à son histoire. Dans les rues, on achevait de s'agiter. Les commerçant commençaient à ranger les étals, tandis que d'autres se hâtaient de terminer leurs affaires, avant que la nuit ne tombe. Ne restaient que les soldats de la milice pour déambuler avec la même constance. Jour et nuit, ils se relayaient tant et si bien qu'on ne les remarquait même plus, éléments de décors au milieu des autres.
La terre des rescapés comptait son lot de taverne, auberge et autre lieux de convergence pour les voyageurs. Assurément, le peuple ne manquait pas d'occasions ni de lieux de divertissement. On imaginait fort bien l'intensité de cette nécessité, dans un monde naturellement hostile à l'humanité.
Alexis connaissait bien les différents quartiers de la ville. Il y avait passé son enfance et, encore aujourd'hui, s'y retrouvait souvent en compagnie de son acolyte pour passer un moment. Ce dernier appréciait assez l'endroit, même si la civilisation y avait un peu trop écarté la nature à son goût. Le chien ne se sentait véritablement à l'aise qu'au milieu de nulle part, entouré de nature avec le ciel comme couvercle. La ville n'était pour lui qu'un lieu de passage et non de résidence.

Malgré tout, voir ce penchant contrarié ne suffisait pas à brider son appétit. Alexis et lui avaient, à ce titre, trouvé le moyen de se faire inviter par deux anges en vadrouille. Quelques ronds de jambe et une ou deux phrases bien placées avaient suffit à susciter l'intérêt du duo ailé, qui n'avaient pas tardé à leur offrir la table en échange d’anecdotes. Il s'agissait manifestement de jeunes aspirants aventuriers : rêveurs, mais peu expérimentés, il leur suffisait d'entendre parler de dragon pour que s'allument leurs yeux.
« Le ciel avait soudain pris une teinte rouge et crépitait comme si on y avait jeté des braises !
Narrait Alexis entre deux bouchées de poulet. Des dragons, il va sans dire qu'il n'en avait jamais vu la queue d'un seul, mais cela n'avait aucune importante. L'hybride était un fin conteur et, à la moindre faille, il pouvait compter sur Kiez pour prendre le relais.
Ce dernier semblait d'ailleurs absent à demi, une bière à la main et le regard fondu dans l'air. Il affichait un petit sourire satisfait, comme s'il avait conscience de vivre le meilleur moment de sa journée. Après un moment de palabre, Alexis lui jeta un regard en coin puis, d'un coup de coude, le ramena les pieds sur terre.
« Et des écailles grosses comme une rouelle.
Ajouta-t-il aussitôt, de manière tout à fait automatique. Le chat émit un léger sifflement, tout en se curant les dents à l'aide d'un os de poulet pointu.
« C'est fascinant.
Remarqua l'un des anges, tandis que l'autre promenait son regard dans la pièce.
« Vous avez remarqué qu'on nous regardait ?
Reprit alors ce dernier. Alexis haussa les épaules.
« Les humains s'étonnent d'un rien, il va falloir vous y faire.
-Je pensais que la ville était plutôt cosmopolite.

Fit alors le premier ange. Alexis poursuivit, tandis que Kiez s'autorisait une petite gorgée de bière, l'air de cogiter toujours.
« C'est pas faux, enfin il y a cosmopolite et cosmopolite, voyez ?
-Pas vraiment, non.

Répondit naïvement l'ailé. Le chat se contenta de hausser les épaules, pas vraiment motivé à l'idée de développer sa pensée. En vérité, si la plupart des gens ne prêtaient guère une grande attention à la présence de membres d'autres races en ville, il était vrai que certaines caractéristiques spectaculaire attiraient le regard.
Alexis et Kiez, de part leur physique atypique, ne se fondait jamais véritablement dans la foule. Même si la majorité du temps l'intention des voyeurs se limitait à de la curiosité, le fait de n'être jamais anonyme pouvait s'avérer pesant.
Il arrivait également que l'on s'inquiète. Les crocs, l'aspect animal, rappelait à tous la réputation quelque peu sinistre des hybrides : des êtres sauvages sans foi ni loi. Avoir pacifié Lières ne suffisait pas à tuer le stéréotype. Il n'était pas rare que les parents rappellent à eux les enfants au passage des deux compagnons d'aventure. D'autres, moins farouche, se prenaient même à imiter des bruits d'animaux ou s'autoriser une remarque désobligeante.
En bref, mieux valait être à l'aise avec l'idée de se trouver au centre de l'attention. Fort heureusement pour Alexis et Kiez, c'était tout à fait le cas.
« Oh mais je vois qu'il est tard. Dit alors le premier ange en se tournant vers la fenêtre. J'ai bien peur que nous ne devions interrompre cette conversation messieurs... mais ce fut un réel plaisir ! J'espère que nous aurons l'occasion de nous revoir : peut-être pourrez vous alors nous raconter le dénouement de cet affrontement avec le dragon ?
Après un court échange de politesses, le groupe se scinda en deux, laissant les hybrides seuls à table, tandis que les anges quittaient la taverne. C'est alors qu'un homme, plutôt discret jusque là, en profita pour se présenter à leur place. Il avait l'air d'avoir bu un petit coup de trop, à en juger par la teinte rougeaude de son visage. L'expression d'Alexis s’assombrit : il savait reconnaître les fauteurs de trouble.
« Tu veux un verre de lait mon chaton ?
Commença-t-il à dire en ricanant. Un ou deux hommes scrutaient la scène en arrière plan, curieux autant qu'amusés. L'hybride ne répondit rien, se contentant de gronder. Agacé, il laissa ensuite échapper l'amorce d'un miaulement contrarié.
« On ne cherche pas les problèmes ici.
Intervint alors Kiez, sorti de sa torpeur par les vociférations sourdes de son ami. L'homme gloussa, galvanisé par l'attention qu'il recevait de nouveaux spectateurs.
« Toi le chien, couché !
Dit-il alors. Malheureusement, il n'en fallait pas plus à Kiez pour réagir. D'un bond, il sauta de sa chaise, empoigna l'homme au col et lui asséna un violent coup de poing. L'ivrogne fut projeté sur l'une des tables du fond de la salle, sous la violence du coup. Une table derrière laquelle se trouvait la jeune mercenaire aux cheveux blancs, remarquée de personne jusqu'ici. Tout ce qui s'y trouvait se répandit à terre en un grand fracas. Quelques spectateurs applaudirent, mais d'autres semblèrent nettement moins enthousiasmé par le dénouement de ce petit affrontement. Alexis se leva alors, théâtral, tout en brandissant un os de poulet en direction du malotru.
« Les cochons, ça n'empêche pas les chats de manger du poulet.
Sa mine était grotesque, son geste burlesque, tandis qu'il faisait face, de loin, à la jeune femme. Les rires s'intensifièrent en réaction à cette conclusion cocasse qui rompait la tension dans l'air. Quand à Kiez, il se rassit, ravalant peu à peu sa vexation.
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Mer 1 Fév - 17:50
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Ashryn - Laethlion - III
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L’Humaine grimaça légèrement dans un songe éveillé. Il était rare qu’elle puisse s’offrir une pause dans l’emploi du temps chargé qui était le sien. Un contrat à gauche, un contrat à droite… Elle s’aventurait dans toutes les terres de Langzyliah, tout ça pour quoi ? Tuer, escroquer, ramasser la marchandise. Peu lui auraient envié ce train de vie, mais en vérité, elle ne se voyait pas faire autre chose. A bien y réfléchir, son seul talent se révélait être son stoïcisme face aux meurtres et autres atrocités du monde. Se reconvertir après presque huit ans de métier… Sa clientèle était bien trop fidèle, bien trop forte pour qu’elle s’y résigne. Le mal-être et la haine de l’être humain devenait son carburant, son business, sa monnaie d’échange face à des services bien morbides. Se balançant doucement sur sa chaise, elle tenta d’ignorer les bruits des saoulards non loin d’elle, de ne se préoccuper que de ses affaires. L’idée de passer la nuit à l’auberge, pour une fois, lui traversa l’esprit. Elle qui ne faisait confiance à personne, pas même au personnel d’un établissement accueillant des milliers de personnes, commençait à peine à adoucir ses mœurs lorsqu’un chahut vint la secouer dans sa réflexion.


Elle n’entendit que des bribes inintéressantes, mais qui réussirent cependant à capter son attention pourtant volatile. Chaton ? C’était une manière bien familière de s’adresser à un inconnu rencontré dans un bar. Tout du moins, elle supposait que ce fut le cas, alors que ses yeux restaient clos. Elle n’osa imaginer le carnage que cela aurait causé face à une demoiselle de haute société. Ces personnes-là n’avaient aucune valeur, si ce n’est leur fierté et la taille de leur bourse. Aussi, elle décida tout d’abord de ne pas s’en préoccuper et d’essayer de retourner dans ses pensées. Tout s’arrêterait bien trop vite pour qu’elle ait à intervenir dans quelque chose qui ne la concerne pas, et cela lui éviterait de gaspiller sa salive. Elisabeth n’appréciait pas trop que l’on se donne en spectacle en public, et estimait les conflits privés.. privés. Elle secoua la tête, tapotant la table du bout des doigts nerveusement. Ce brouhaha lui tapait sur le système, mais elle n’était certainement pas prête à ce qui allait se dérouler par la suite.

Les insultes passèrent de « chaton » à « chien ». Et c’est à ce moment précis qu’elle ouvrit les yeux, terriblement agacée par ce qu’elle voyait comme une vulgaire dispute conjugale. Ses yeux s’attardèrent, malgré la voltige de l’homme saoul dans son dos, sur les deux protagonistes au physique bien particulier, qui eut pour effet de faire avaler sa salive à la jeune femme. De tels êtres, elle n’en avait jamais rencontré. Elih plissa les yeux. Vu leur apparence, ils ne pouvaient qu’être des Hybrides. Une espèce bien étrange, certes, mais qui attisait sa curiosité d’une force inouïe. Tout à coup, les sobriquets animaliers de tout à l’heure firent sens. Un corps humain, un visage de chat. Une figure de chien, un costume du plus bel effet. Ces deux-là étaient un véritable paradoxe à eux seuls, dans une taverne bien mal famée par ailleurs. Un soupir s’échappa de l’entre ouverture de ses lèvres. Il n’y avait que les idiots pour ainsi chercher des noises aux personnes différentes. Pourtant, Elisabeth n’était pas non plus quelqu’un de tolérant pour un sou. Elle savait pertinemment ce qu’elle voulait, et surtout ce qu’elle ne voulait pas.

Se levant de sa chaise silencieusement alors que des applaudissements résonnaient encore, elle s’approcha lentement de l’homme venant de se prendre un coup de poing pour l’examiner. Elle n’exprimait ni ne ressentait aucune inquiétude à son égard, seulement l’envie de savoir si quelqu’un aurait un mort à déplorer et donc un contrat à lui donner. Elle posa sa main sur son cou et ce fut une déception de plus. Son visage se déforma en une grimace de colère et de dégoût, avant de s’éclipser derrière un soulagement certain. L’humaine perdait un potentiel client à chaque fois qu’une stupide bagarre ne se terminait pas en un bain de sang. Elle se retourna presque brutalement, fusillant du regard les fautifs. Pourtant, au fond d’elle, aucune animosité envers ces derniers n’existait. Tâtant son épée accrochée dans son dos, elle se dirigea ensuite vers les camarades de l’amoché. « Vous feriez mieux de déguerpir. ». « Qu’est-ce qu’elle nous chante celle là, comme si une bonne femme allait nous faire la leçon ! ». Il n’en fallut pas plus pour qu’elle dégaine, avant de répéter lentement. « Vous feriez mieux de déguerpir. Et emmenez votre loque avec vous. » elle fit un signe de la tête vers les deux Hybrides. « A moins que vous vouliez subir le même sort. ».

Sans demander leurs restes, ils s’en allèrent en grommelant une certaine vengeance, qu’ils n’accompliraient sans doute jamais, empli d’alcools divers et variés. L’humaine s’assit ensuite à la table la plus proche, qui s’avérait être celle des deux inconnus. Sans plus de cérémonies, elle ouvrit la bouche. « Elih. ». Puis détourna les yeux. Il était rare que la jeune femme se sociabilise, mais elle avait des manières, et utiliser l’intimidation des autres pour servir ses intérêts ne lui plaisait guère. « Navrée de vous avoir utilisé afin que ces.. ». Elle fit une pause avant de reprendre. « Immondices, quittent la taverne. ». Son regard s’assombrit. « Ils n’ont pas été les premiers et ne seront pas les derniers », soupira-t-elle alors que le bout de sa lame touchait encore le plancher. La jeune femme était une dame de parole. Ils lui avaient rendu service, de près ou de loin, en ne tuant pas directement leur victime, qui au final, développerait un désir de vengeance pur et malsain. Aussi, elle ne pouvait pas les laisser s’en aller sans leur rendre la faveur, et apprendre de ses potentielles futures victimes était un point non négligeable de son travail. De loin, le tavernier écarquilla les yeux, avant qu’un sourire ne vienne égayer ses traits. Depuis le temps qu’Elisabeth fréquentait son établissement, il n’eut pas réellement l’occasion de la voir adresser la parole à qui que ce soit si un contrat n’était pas à la clef. Mais pour dire les choses de manière crue et honnête, l’humaine se fichait bien des personnalités en face d’elle. Ce qui l’intéressait, à ce moment précis, n’était que leur nature singulière qui la fascinait de plus belle.



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Ven 3 Fév - 22:28
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Alexis vit la jeune femme se lever avec lenteur, pour ensuite tâter le pouls du malotru que Kiez venait de mettre KO. Sur le moment, le geste lui sembla étonnant, car personne ne mourrait d'une patate dans les dents. Un œil au beurre noir, un nez brisé ou une dent cassée : voilà un diagnostic sur lequel on pouvait parier sans trop craindre pour son argent. Au pire, il aurait pu se rompre le cou en tombant, mais c'était d'autant plus improbable qu'il s'était écrasé en un très beau plat sur la table.
Une fois assurée que le pauvre bougre était bel et bien au pays des rêves, la jeune femme se retourna en direction d'Alexis et son compère, pour leur adresser un regard noir. L'hybride concevait fort bien que le fait de recevoir un poivrot sur sa table avait de quoi agacer. Il y avait fort à parier pour qu'il se plaigne, lui aussi, si cela devait arriver. Mais son regard avait de quoi faire froid dans le dos et cela amena Alexis à penser qu'il avait peut-être allumé un mauvais feu sans le savoir. A dire vrai, le chat était assez perspicace, lorsqu'il s'agissait de détecter les individus peu scrupuleux : la vermine se reconnaît généralement assez bien mutuellement. Pour celle-ci, c'était assez facile, entre les bandages et l'air patibulaire. Mais il y avait ce petit quelque chose, dans le regard qu'elle venait de leur adresser, qui lui indiqua qu'il valait mieux se méfier.
La scène qui suivit le conforta quelque peu dans son intuition : elle était intimidante et vindicative. Une phrase sèchement lancée suffit à tenir le petit groupe en respect, quand bien même ils s'en offusquaient par principe de fierté masculine. Alexis ne manqua pas une miette de la scène, Kiez non plus. Le chien s'était remit de ses émotions et suivait à présent tout ce qui se passait avec une grande attention. Aussi, quand elle les prit à partie, les deux hybrides s'amusèrent à montrer les crocs et gronder de façon menaçante en direction des fauteurs de trouble, acceptant ainsi de se prêter au jeu du plus fort. Comme on pouvait s'en douter, les hommes partirent sans demander leur reste.

Alexis grogna : les humains étaient une espèce beaucoup trop agressive à son goût. Un fait d'autant plus ironique que l'on associait souvent les hybrides à la brutalité et la loi du plus fort : sans être faux, c'était rester en surface de la signification véritable du principe. Le fait est que dans la nature, les animaux se laissent en paix. Les prédateurs s'attaquent aux proies pour manger, rien de plus. Et quand des questions de rivalité se posent, on se mesure l'un à l'autre, mais cela se finit rarement par un bain de sang : le perdant accepte sa défaite et s'en va, laissant le gagnant profiter de son bénéfice. Les humains, en revanche, étaient prêt à tout pour gagner. Ils n'avaient aucun scrupule à s’entre tuer en masse pour des questions d'honneur ou de vol de poule.
Ils détestaient la soumission et c'est ce qui les rendait si peu fiable aux yeux d'Alexis. On ne pouvait jamais savoir avec eux, pensait-il, si le rapport hiérarchique établi pouvait être cru. C'était sans doute pour cela que l'hybride s'était associé avec l'un des siens alors que, vivant depuis toujours dans la cité des hommes, on aurait pu s'attendre à le voir se lier d'amitié avec ces derniers. En vérité, il trouvait les choses beaucoup plus simples avec Kiez. Quand ils n'étaient pas d'accord, ils grognaient, s'intimidaient, voire s'échangeaient quelques coups. Au bout d'un moment, l'un des deux ployait et l'on savait alors avec certitude quelle décision serait prise. Il n'y avait pas de coup de couteau dans le dos à redouter : chacun acceptait sa place. C'était la loi de la nature.

Le calme revenu, l'aubergiste reprit ses activités comme si de rien n'était et les clients se remirent à parler. La jeune femme s'invita alors à la table des deux compères, ce qui ne déplu pas à Alexis, curieux d'en savoir un peu plus sur elle. Kiez, quand à lui, aurait préféré que chacun reste de son côté : il préférait éviter les ennuies et sentait bien que discuter avec cette inconnue n'allait pas en ce sens. Un vocabulaire excessivement péjoratif à l'endroit de ce qui n'était jamais qu'une bande de pauvres types, un regard sombre, une tendance à éviter le contact visuel et une odeur persistante de plusieurs sangs : il n'aimait pas beaucoup ça.
« N'en parlons plus. Trancha finalement Alexis, après elle. Une taverne sans bagarre, ce n'est pas une bonne taverne.
Les deux hybrides s'échangèrent un regard. Kiez désapprouvait ce que s'apprêtait à faire Alexis, mais il savait aussi qu'il serait vain de tenter de l'en empêcher.
« Elih donc, ravi de faire votre connaissance. Je suis Bruce Von Matagot et voici Kierran El Doggo, mon associé. Nous sommes des marchands de Lières.
Ce qui, vu leur tenue de bonne facture et l'absence d'arme visible était tout à fait crédible. Se retournant, le chat s'exclama, en direction du tavernier.
« Remettez nous la même chose et pour la dame aussi. Se penchant légèrement vers Elih, il ajouta d'un ton naïvement impressionné. C'est pour moi ! Après tout, vous n'avez pas hésité à vous dresser devant ces hommes, alors que rien ne vous y obligeait.
Alexis détourna le regard vers Kiez. Ce dernier, sans trahir ses pensées, répliqua alors d'un ton agréable :
« Oui, c'est vrai : quel courage !
-Cela dit, vous n'avez pas l'air d'en être à votre coup d'essai mademoiselle.
Poursuivit Alexis. Cette arme, ces blessures... seriez-vous mercenaire ? Ou bien quelque chose de plus spécifique ?
L'une des serveuses les interrompit brièvement pour placer sur la table deux bières et un verre de rhum. Alexis en profita pour se redresser un peu et croiser les doigts, l'air d'un saint.
« Dites-nous ! Je suis curieux de vous.
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Sam 4 Fév - 21:51
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Pendant un bref instant, l’Humaine arrêta le cours de ses pensées. Qu’est-ce qui avait bien pu la pousser à s’asseoir à cette table ? Etait-ce sa curiosité ? Son désir de découverte ? Ne pas le savoir la torturait psychologiquement. Toisant les deux inconnus, les bras tout d’abord croisés, elle entreprit de rengainer sa lame. Faire preuve de violence n’arrangerait sûrement pas son cas, et si les hybrides lui témoignaient des marques de sympathie, elle n’était pas convaincue pour autant. Elisabeth ne s’amusait point de telles mascarades, encore moins de s’affubler de ce qui ressemblait à des voyageurs dont les bourses paraissaient bien remplies. Elle grimaça à peine. Tout le monde avait son propre mode de vie, et le fait que quelqu’un possède plus de pièces qu’elle ne l’atteignait pas. Loin d’être cupide, Elih n’en restait pas moins avare et proche de son argent durement gagné : ses pièces restaient les siennes, et la générosité n’existait pas dans son vocabulaire. Aussi, lorsqu’elle se fit inviter, elle ne put retenir un haussement de sourcil. La populace faisait-elle réellement connaissance aussi aisément, ou se trouvait-elle devant des hommes au contact facile ?

Les noms entrèrent dans ses oreilles et elle les enregistra immédiatement, par habitude sans doute. Elle ne les oublierait qu’une fois morts, une constatation morbide mais réaliste. Elisabeth gardait en mémoire tous ceux qui pouvaient un jour lui être utile, et se mettre des civils dans la poche dans la Terre des Rescapés était rarement de mauvais augure. Leur origine était claire : la cité des Hybrides. Bien qu’elle ait entendu que l’organisation y était quelque peu anarchique, elle ne s’étonna point de croiser des personnes profitant du confort de leur situation : même dans les plus grandes guerres, certains se prélassent et s’enrichissent sur le dos des mourants. Elle haussa les épaules, avant de saisir son verre de rhum silencieusement. Ces familiarités ne faisaient que glisser sur sa carapace de fer, sans parvenir à s’y accrocher où à y faire jaillir une brèche. Rien ne la faisait sortir de ses gonds, encore moins le fait d’être caressée dans le sens du poil, si l’on puis dire. Laissant son regard vagabonder dans la taverne de manière distraite, elle entreprit de répondre, tout à coup peu concernée par la discussion. « Se dresser devant une bande d’imbéciles à moitié saoul n’a rien de courageux ou de méritant. ». Elle les coupa sèchement. Elih n’avait jamais fait dans la dentelle, et ce n’est pas aujourd’hui que cela allait changer.

Son métier se lisait sur ses vêtements, sur son attitude, dans l’expression des traits de son visage. Tout respirait le meurtre et l’impassibilité, au point que cela en devenait dérangeant. « J’aime être au calme. ». Elle croisa les bras. Intervenir n’avait été qu’une façon de siroter paisiblement sa boisson après une longue journée de travail, rien de plus et rien de moins. L’Humaine n’aimait pas parler d’elle, encore moins dévoiler des détails de son gagne-pain, de peur que cela ne se retourne contre elle. Aussi, elle écourta rapidement ce sujet. « Mercenaire, c’est le nom approprié pour mon activité, en effet. ». Puis elle plissa les yeux, cherchant rapidement les sacoches des marchands avec intérêt. « Et vous, quelle est votre spécialité, votre domaine ? Vous m’avez dits être marchands, mais vous voilà bien loin de votre terre natale, et il ne me semble point avoir vu des Hybrides commercer avant de vous rencontrer. Des affaires dans le coin sans doute ? ». Si cela concernait des bourses, elle en était. La Terre des Rescapés accueillait n’importe qui sans faire de différences, et ce tant qu’ils restaient tranquilles. Les patrouilles grouillaient dans les ruelles, et c’est à ce moment précis qu’elle entendit du brouhaha venant de l’extérieur. Un soupir s’échappa de l’entre ouverture de ses lèvres, tandis qu’elle se retournait.

« Vous n’êtes pas venus vous balader en ces lieux le bon soir, je le crains. ». Y avait-il seulement un bon soir ? Cette taverne respirait les ennuis, ce n’est pas pour rien qu’elle prenait la majeure partie de ses contrats ici. Personne ne s’y sentait oppressé, la milice ne s’y rendant qu’en journée pour s’assurer du bon profit de l’aubergiste qui lui assurait le calme des lieux en tout temps. Les brigands s’y baladaient, les mercenaires affluaient. Ou tout du moins, ce fut le cas avant qu’Elisabeth n’y pose ses valises. Oh, elle n’était pas la plus rusée, encore moins la plus puissante ou la plus efficace. Non. Elle restait simplement stoïque devant les motivations des uns et des autres, impassible et organisée. Tout ce qu’il fallait, en soit, pour exercer ce genre de métiers. Puis un minuscule sourire, à peine perceptible, orna le visage froid de la demoiselle. « Comment est Lieres ? Ou plutôt, le continent diapré, dans son ensemble. Je n’ai jamais eu la chance de voyager aussi loin pour l’instant, voyez-vous j’ai des… ». Elle fit une pause, tapotant le sol avec son pied. « Restrictions. ».



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Ven 10 Fév - 14:08
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La jeune femme n'avait pas l'air des plus commode. Elle s'exprimait d'une manière assez rude, et semblait tenir à corriger les propos du chat, quand bien même s'agirait-il d'une simple formule de courtoisie. Alexis comprenait bien qu'il avait affaire à une dure à cuire, le genre à aimer avoir le dernier mot. Mais comme il ne cherchait pas à la contrarier, l'hybride se contenta s'esquisser un sourire bonhomme, feignant l'enthousiasme avec beaucoup d'aisance.
Il l'écouta ensuite expliquer brièvement la raison de son intervention, avant de confirmer les soupçons qu'il avait en rapport à son métier. Mercenaire, tueur à gage : c'était souvent la même chose pour les crapules sans foi ni loi qui parcouraient les rues de la capitale des humains. Chacun gagnait sa vie comme il le pouvait, à force d'opportunité, au point que certains basculaient dans la criminalité en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. La vie n'était pas facile pour tout le monde, le chat le savait bien.
Cela ne l'empêchait pas de ne pas porter cette espèce dans son cœur. Alexis savait qu'il ne fallait pas faire confiance aux gens prêts à tuer pour de l'argent. Il estimait que ceux qui n'avaient pas de morale n'avaient pas non plus de parole. Des individus à écarter d'office de ses relations, considérait-il. Kiez partageait largement cet avis : entre les deux hommes, la règle était claire. On ne prêtait pas sa confiance à n'importe qui.
Mais pour l'heure, il s'agissait d'une simple conversation et le chat espérait bien en profiter d'une manière ou d'une autre. Recevant alors les questions de la dénommée Elih, il tourna la tête en direction de son compagnon de route, avant de prendre la parole.
« Ah ! Lières ! S'exclama-t-il d'un timbre nostalgique. Je suis content que vous en parliez. Voyez-vous, ce n'est pas toujours simple d'être éloigné de sa terre natale. Mais dans le commerce, il faut être prêt à se déplacer, si l'on veut prospérer.
A ces mots, il s'autorisa à boire une gorgée de bière, tandis que Kiez reprenait à sa suite.
« Nous allons de capitale en capitale afin de faire passer la marchandise d'un peuple à l'autre.
Le chien savait de quoi il parlait : cela avait été son fond de commerce pendant des années, avant qu'il ne se décide à partir à l'aventure avec Alexis.
« Ici, nous prévoyons de faire le plein d'armes, puis nous repartirons les vendre ailleurs.
-Je crois qu'Eleshyë sera notre prochaine destination. Les elfes sont de bons combattants : ils sont toujours friand d'armes de bonne facture... Même si leurs forges offrent des lames plus fines, en terme d'esthétique...
-Certes. Mais rien ne vaut l'acier des humains et ils le savent.

Les deux hybrides laissèrent échapper un rire entendu, comme s'ils s'attendaient à faire de bonnes affaires. Alexis reprit alors son sérieux pour conclure.
« Mais pour ne rien vous cacher, nous ne commerçons pas avec tous les peuples : les démons n'offrent pas de marchandise très intéressantes comparativement au risque que représente l'expédition. Il faut savoir rester pragmatique !
-La sécurité avant tout.

Conclu Kiez, pour boire à son tour.

A ces mots, un fracas indistinct s'éleva depuis l'extérieur. On devinait le début d'une altercation entre la garde et un ou deux individus un peu excité. De concert, chat et chien jetèrent un regard en direction de la porte. Mais après quelques minutes, la rue sembla retrouver son calme. Ni l'un ni l'autre ne savait combien de temps cela durerait, mais dans tous les cas, ils étaient prêts à décamper si les choses tournaient mal.
Elih leur posa alors une question sur Lières. Le chat sembla y déceler quelque chose de tiède l'espace d'une seconde, mais cela ne dura pas. Il répondit alors, l'air songeur.
« Oh, cela vous plairait, à n'en point douter. Il passa le doigt sur le bord de sa chope d'un air distrait. Lières est une ville propice aux animaux discrets et taciturnes dans votre genre.
Dans sa bouche, il s'agissait plutôt d'un compliment.
« Les demeures se mêlent à la nature. La forêt est épaisse. Il n'y a pas d'humains et chacun respecte le silence.
Kiez laissa échapper un petit rire teinté de cynisme, entendant parler son compagnon.
« Tout le continent est ainsi. Dit le chien. C'est la nature qui impose ses règles. Et c'est beaucoup mieux ainsi.
Se penchant sur l'épaule d'Elih, Alexis murmura.
« Pardonnez mon ami : il est assez patriote. Puis, se redressant. Après tout : l'être humain aussi est un animal. Il l'a simplement oublié.
Tournant la tête vers elle, il planta ses prunelles couleur d'eau dans le regard de glace de la jeune femme.
« Quel genre de restriction peut bien entraver une jeune femme telle que vous ? Si la perspective du continent vert vous inspire : allez-y. Vous semblez bien assez coriace pour lui survivre, c'est évident.
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Lun 13 Fév - 20:00
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Ashryn - Laethlion - III
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L’humaine toisait les Hybrides, une pointe de curiosité dans le regard. Il était rare qu’elle s’attarde à la table de purs inconnus, ou tout du moins qu’elle y reste bien longtemps. Elle fit la grimace, pendant une fraction de seconde. S’énervait-elle toute seule de se concentrer sur autre chose que ses propres affaires ? Ses muscles se détendirent, lentement. Il n’y avait rien de mauvais à prendre du « bon temps », même si elle ignorait les critères que l’on donnait à ce genre de situations. Avalant doucement le contenu de son verre, elle continua à tapoter nerveusement le sol, prête à bondir à la première secousse. Les combats devenaient monnaie courante et, sans jeux de mots, cela l’arrangeait dans la plupart des cas. Mais là, elle n’avait tout simplement pas envie de se salir les mains, le quota avait été atteint plus tôt dans la semaine. Sans broncher, elle écouta les deux animaux déblatérer sur leur ville natale, presque intéressée par ces terres où elle n’avait jamais posé les pieds. Elisabeth se contenta de boire leurs paroles comme argent comptant, avant de poursuivre à son tour, les yeux dans le vide, portée par ses songes aussi superficiels puissent-ils être.

« Le commerce paraît fort fructueux dans nos terres, c’est un fait indéniable. ». La réalité, elle l'ignorait. Pendant une seconde, elle hésita à les désigner de chanceux, d’ainsi pouvoir voyager où le vent les emmenait. Mais à bien y réfléchir, ils se retrouvaient autant dans un étau qu’elle : se rendre là où la bourse ne suivait pas était un risque considérable. Les Humains marchandaient des armes à ne plus parvenir à les compter, aussi cela leur permettait de vivre en plus de l’exploitation agricole. Ils n’étaient pas à plaindre, et si Elisabeth avait réellement désiré une vie tranquille, elle aurait pu s’enfermer dans une chaumière et cultiver ses champs. Eleshyë… Elle ne connaissait aucun elfe, encore moins leur cité. Cette discussion commençait à devenir difficile à suivre, et les mots s’enchaînaient sans se ressembler. Les phrases s’assemblaient, sans faire plus de sens à ses oreilles. [color=#660000« J’ignore ce que les Démons peuvent bien avoir à vendre. »[/color]. Puis elle laissa échapper un minuscule sourire. « La sécurité avant tout, certes… ». Cela en disait long sur son train de vie. Les souterrains interdits, la forteresse maudite... Inconsciente, peu prudente, presque suicidaire, elle avait plusieurs fois failli ne jamais en revenir. Mais tournait-on le dos à de bonnes affaires si facilement ? Les deux hommes en face d’elle cachaient bien leurs jeux, ou préféraient être bien au chaud dans leurs cocons plutôt que se risquer le poil dehors.

Le brouhaha sembla s’apaiser, et un soupir de soulagement s’échappa des lèvres de la demoiselle. Elle s’épuisait déjà à faire face à sa misanthropie en ce moment même, rajouter des personnes l’aurait arrêtée en plein élan. Aux mots qui sonnèrent comme une flatterie dans sa tête, l’Humaine ne put s’empêcher une nouvelle fois de sourire, acquiesçant doucement. Elle baissait sa garde, et ce n’était jamais bon signe, mais pourquoi rester sur la défensive ? Retirant sa main de son pommeau discrètement, Elisabeth souffla. « Il n’y a rien de mal à être accroché à sa terre natale. ». Elle craqua les os de son cou. « Je suis moi-même originaire de la périphérie de la Terre des Rescapés. Plus vers la Sylve aux Soupirs, qui est bien plus calme que l’on pourrait l’imaginer. ». Là où les vampires rôdaient, et ou seule Elyza avait le fin mot sur les escapades dans la nature. A cette seule évocation, sa tête se mit à la faire souffrir. La posant sur sa paume, elle poursuivit tant bien que mal. Pourtant, Elisabeth était loin d’être patriote, mais comprenait que certains restent là où la vie leur fut donnée. C’était un réconfort, aussi minime soit-il, de se retrouver entouré des siens. Tous redoutaient la différence, l’inconnu, elle la première. Mais le frisson et l’adrénaline prenaient aisément le dessus.

Et elle fit preuve d’une honnêteté cassant avec toute l’aura morbide qu’elle dégageait. « Je n’aurais rien à y faire. ». Elle croisa les bras, tentant d’amoindrir ses maux intérieurs. « Vous avez une raison de voyager. De découvrir le monde. C’est même un bénéfice certain, à vous entendre. ». Et son regard s’assombrit. « Tant que rien ne m’y appelle, je n’ai pas de raison de m’enfuir à l’autre bout du monde. ». Et autant dire que les contrats pour le continent diapré ne tombaient pas du ciel. Beaucoup préféraient encore régler leurs différends en se déchirant, ce qui n’était pas une mauvaise solution non plus. Au moins, elle ne voyait pas les Hybrides comme des couards prêts à mettre des pièces en jeu pour se débarrasser d’un nuisible. Mais elle n’était pas naïve pour autant : dans le lot, il devait bien y avoir des lâches... Elle ne doutait pas de sa force, encore moins de ses convictions. « Vous n’êtes pas non plus sans savoir que se balader de continents en continents est loin d’être chose aisée, financièrement j’entends. ». Elisabeth vivait correctement, et ne cherchait pas à s’embrouiller dans des dépenses inutiles. Cependant, l’idée que son frère puisse se trouver en des terres qu’elle évitait la ferait peut-être changer d’avis sur la question. « Quelle capitale avez-vous déjà visité ? Ou même traversé. ». Pour une fois, elle rit doucement. « Et parmi ces dernières, laquelle a le plus attiré votre attention ? En bien ou en mal, j’entends. ». Elle replaça sa chevelure rapidement, une mèche lui tombant en plein milieu du visage, tâchée de sang séché. « Autant me documenter, si je ne puis m’y rendre en personne. ». S’ils venaient à lâcher quelques informations, notamment sur les endroits mal famés ou elle serait susceptible de trouver des contrats, elle allait les glaner tranquillement. Faire la conversation devait avoir du bon, autant sur le fond que sur la forme. Mieux, cela commençait presque à l’amuser…



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Jeu 9 Mar - 14:45
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